La joie est le passage d’un état d’être à un autre état d’être. Il me semble que le désintérêt et l’ennui que ta personnalité a sur moi en ce moment sont un des symptômes d’un tel changement. Pour accroître ma vie, je veux du mieux-être, je refuse la stagnation. Cela suppose de briser le cercle, surtout le tien, celui dont tu étais le centre. Vivre c’est naître à chaque instant, la vieillesse c’est l’acceptation d’un état de fait, je veux l’aventure de la joie, pouvoir en danser, pouvoir en perler, pouvoir la montrer
Je vis, j’existe.
La guérison de la souffrance où tu m’enfermais, c’est la régénérescence de mon entrain- de naître.
Je me délecte de tes inter-dits, ils me replient encore un peu, mais ils m’obligent à me déployer hors de ton atteinte.
"L’homme-question est l’homme qui a compris que la vie consiste à transformer le destin en Histoire, puisant dans la liberté d’inventer l’invention de
Dans ce sens toujours le même sens qui ne faisait ma vie qu’à partir de toi, je vais rechercher la multiplicité des sens possibles. Je quitte cette toile d’araignée, toute puissante, infantile et tyrannique qui m’obligeait à ne vivre que la culpabilité de ton infidélité. Mais où était l’amour ?
Dans ce manque que tu ne remplis plus, il y a peut-être mon sabath.
J’ai même cesser de lire. J’ai peur de trouver des mots qui font saigner, des signes d’un monde qui se refuserait à ma folie. Je n’écris pas même, je veux penser à toi. Je ne peux pas ne pas penser à toi et cela est si violent que j’en ai des vertiges. Ouvrir les yeux m’évanouit. Je suis sur mon "rocher d’amour". J’y suis revenue comme vers un talisman, j’ai remis mon pull suaire pour raviver mon deuil et attendre malgré tout que tu rappelles, que tu te rappelles au point de ne pas avoir le courage de ne pas téléphoner.
Désespérée de l’oubli qui vient déjà, être morte en toi et cependant vivante que de toi comme si je m’en obligeait.
Que fais-tu maintenant ? Où seras-tu ce soir, demain cette nuit ? Hier à cette heure tu m’appelais, hier, avant, déjà autrefois, il y a presque longtemps, le passé s’éloigne, repoussé vers les souvenirs mutilés d’avenir. Il n’y a plus d’attentes autorisées et ce sang si épais qu’il fait mal à chaque battement de cil, qui voudrait encore un peu tant qu’à finir, encore un peu ; avant plus rien.
Plus rien ! On ne saurait l’imaginer. C’est comme si on préférait des coquilles d’œuf plutôt que des coquilles St Jacques façon Pradeau, comme si l’eau venait à manquer, comme si je renaissais intouchable en Indes, comme si le con qui me drague depuis une demi-heure pouvait se métamorphoser en Elie, comme si D. n’existait pas.
Moi sans toi c’est indécent. Dis moi encore l’inconsolable ! raconte moi comment ce fut nous deux, évoque moi, pour nourrir ma douleur, tout ce qui valait cette peine. Ne t’arrête pas tout de suite de souffrir, tu effacerais tes propres mots d’amour d’alors. Je voudrais mille morts de chagrin pour que chacune te souvienne des mille joies, des mille plaisirs. Je voudrais que tu saches dans quel précipice je suis parce qu’avec toi ce fut l’acmé. Je n’ai pas un soupir de regret de la turbulence où je suis, où je me suis mise, elle me dit combien je t’aime encore. Dans le crépitement des mimosas, ces fleurs acides et suaves, bruyantes de leur multitude, un peu sottes de ne valoir qu’avec d’autres, incapables de solitude à moins de n’être qu’un point jaune, dans leur sociabilité, je retrouve cette branche que tu m’as apportée, rameau que l’on pose en franc-maçonnerie sur les cercueils. Etre parmi les autres , même mourir, cela je n’en ai pas envie, je ne suis plus parmi nous.
Sais-tu que nous avons tout le reste et le reste est immense. Alors commençons à le découvrir, il nous reste si peu de temps. C’est dans le reste que je vais te chercher. Les cieux attendront.
La nuit est devenue mon château et tu en es le suzerain. De tourelles en souvenirs, je glisse ton ombre sur mon corps et tu progresses sur ma peau. Je veux me sentir brûler à ma propre soumission, j’ai l’orgueil sauvage de l’esclave qui joui de l’émotion du maître.
Je me souviens. Tu fus mon maître Rien de moi sans toi, rien d toi… je ne puis finir la phrase. Il n’y a pas d miroir pour la symétrie mais l’absence et elle absorbe comme du noir le crénelage de mes alentours. Quelle peut-être l’espérance de ce qui est vécu sur une terre étrangère. Ni chez moi, ni chez toi, l’accueil est éphémère, volé, effacé, il ne reste que les espaces intérieurs, confinés et cependant sublimes de promission.
Nous avons partagé l’éblouissement, cela devrait me suffire n’est-ce pas ?
Mais l’image du miroir s’éloigne et réfléchit plus que jamais toutes tes fuites : mes humiliations.
Tu m’as appris à être sans crainte. J’avais cru pouvoir être telle que j’étais dans mon corps, dans nos corps à cœur, dans mes mots que je n’avais entendus prononcer comme ils le furent pour toi et j’écoutais les tiens qui, même lorsqu’ils disaient ton amour me semblaient inédits, nouveaux, de la vie pure et nouvelle. Nous étions si beaux emmêlés dans nos attentes, dans nos salives, dans nos liqueurs de cattlaya.
Mais je n’ai jamais pu m’abreuver au rassasiement. A chaque fois, il fallait nettoyer, me faire disparaître, m’éloigner de tout ce que ta femme pouvait soupçonner. Je crois qu’il n’y a pas eu de commencement à nous deux. Je ne t’ai évité qu’un inceste sur ta propre fille et cela je l’ai compris, trop tard, quand tu m’as raconté son désir de toi qu’elle t’avait confié et qui t’avait tant ému…
J’ai failli devenir rauque, grave, pénible, lourde par ignorance!
L’œuvre de mort ricane mais j’ai de la chance. J’aurais pu être avec des hommes pour le pouvoir ou pour de l’argent. Je les ai fréquentés pour mon plaisir. Mais tous mes détours, toutes mes erreurs, toutes mes attentes m’ont conduite vers toi et le monde était achevé pour moi quand je t’ai rencontré. Là tout azurait pu s’arrêter.
Pourquoi t’avoir trouvé que pour te refuser. Je pratique l’esquive quand arrive enfin ce que j’espérais, depuis mon baiser d’adolescente. J’avais besoin de toi, mais tu ne savais pas me rassurer. Tu as failli à chaque appel. Il y a les rôles de l’intimité et puis les cache-cache et la duplicité et ma mort rituel, cauchemar au grand jour du quotidien. Tu m’as immolée à la condition familiale. La vie sans toi n’est pas une vie, mais la vie avec toi est un vie sans toi. Alors il me faut devenir aveugle pour ne plus rien voir où tu ne sois. Il me faut apprendre, comme une mal-née, à vivre seulement pour attendre de mourir. Tu m’as lassée de toutes les tentatives de bonheur. Je redeviens aiguë et sauvage, je percerai chaque silence, chaque source d’émotion, chaque sanglot du triomphe de l’ombre et de l’oubli. je ne dormirai plus dans ce temps de promenade où nous avons rêvé ensemble au-delà des bornes de la parole et du silence.
Te choisir donnait à mon existence toute sa singularité, te choisir c’était te donner ma préférence, en tout cas l’échanger contre la tienne. marché de dupe ! Jamais plus je ne pourrai me griser du sentiment de maîtriser mon destin.
Si tu n’as pu me faire tout le bien que je souhaitais, ne crois pas cependant que tu m’en ferais tout le mal en me rejetant à corps perdu vers la frénésie de la chair. Il y a plus de lubricité à se réserver qu’à se donner. Je me refuse à voler la vie, je n’en veux que son envol et rouler dans l’azur avec la joie des autres. Je voulais transformer ta vie en ciel et je me suis retrouvée traversant l’enfer dans tous les "en-attendant" où tu m’obligeais à me cacher.
Surtout ne pas gémir, ne pas se rétrécir, réinventer le plaisir de vivre, continuer à sourire et surtout retrouver la joyeuseté à tout.
Même le soleil qui ne compte plus et pourtant d’un revers de la main, je détourne ma vie, pffittt…..
Peu importe Tout sera à nouveau exactement.
Comme le nom imprononçable de D., il y a un autre mot qui ne se prononce pas, non pas par interdiction mais par impossibilité. De même que le mystère-dieu ne peut se réduire à un mot qui le définirait, de même le mot de la jouissance ne s’épuise pas dans une définition. La jouissance, cette énergie de l’inconscient ne peut se coaguler d’un dit qui par sa fixité annulerait la dimension de ce qui est à dire. Le mot de substitution de l’UN est Adonaï, la porte du moi, celui de l’Autre, Chakhov*, ce mot prétend aussi à être ce qui est en relation avec les 22 lettres*, avec la parole potentielle, avec un dire infini, non pas parole dite mais à dire..
Mon désir n’est pas dans mes lettres, dans tout ce que je t’es déjà dit, même s’il y fut, il est dans ce qui n’est pas encore écrit, pas encore dit.
Quand furent comptés les hébreux, pendant l’Exode, chacun dut donner un demi-sicle d’argent. Avec le prix du dénombrement on construisit le michkané dont les socles en argent furent fabriqués avec une partie de la masse du métal. L’argent, kessef, c’est aussi du désir dans lequel se fondent les adné, la porte du moi où D. fait effraction dans son nom de substitution : libido, ergo sum. Les colonnes, amoud (aleph, mem, daleth), qui soutinrent les voiles de l’écrin de l’Arche d’Alliance, faites avec le complément de l’argent du compte, c’est la fête commémorative, c’est une mémoire collective, c’est madona (mem, aleph, daleth), le "pourquoi ?", le questionnement.
Alors c’est aussi mes pleurs qui sont des questions adressées à la douleur, sanglotés au souvenir de la shékhina , qui en rejoignant sa michkané était parmi nous, en nous, en moi.
Le don d’un demi-sicle, ce désir d’être, d’être existant la tête relevée comme cela fut demandé de procéder, ce demi-sicle nous propose d’être debout, humain, unique, de compter pour, de refuser l’indifférence, capable de construire le questionnement qui brise le définitif du destin pour ouvrir l’infinitif de l’existence souchée sur le désir reconnu comme tel, jusque dans son impossible à dire ou du moins dans son interminable à dire*.
Ma parole est interrogeante de ton désir. C’est un vide préalable, véritable face à face qui ne vise aucune affirmation, tremblante de l’incertitude de la réponse. Désistée de moi-même pour laisser place à l’authenticité de tes prores questions, pour entendre au-delà de mon attente, ce qui est advenu, à-venir de toi. Je ne suis plus une réponse en toi, je ne réponds pas à ta place sur mon questionnement, je ne vole pas ta parole, je n’impose pas une réponse à mon désir, je n’envahis pas avec ma parole ton histoire, j’écoute donc ton silence.
J’ai voulu me rassurer en m’échouant dans une répétition de l’identique tant je ne pouvais m’abreuver de ce qui me semblait si délicieux. J’oubliais que le nom-dieu, Achem, c’est un nom-question qui défait l’âme et l’ouvre à un autrement-être incessant, sans repos. "Le nom-question est un mot extraordinaire, le seul qui n’éteigne ni n’absorbe son d ire mais qui ne peut rester simple mot"*.
Le mot désir interroge D. : Kessef Madona (Adonaï). L’homme-question est un dieu déployé, en devenir !
Alors dis moi ?
Ne me refuse pas d le dire, ne me fais pas violence de stériliser et de figer notre passé. Nous avons fait, nous faisons choix de certaines significations forgées par nos vécus et elles vivent de façon différente en chacun de nous ? Il n’y a dans notre histoire ni commencement, ni fin par rapport à la vie qui est une linéarité dont les tenants et les aboutissements sont en devenir, nous en sommes toujours à son milieu. Il y a, dans notre histoire, des souvenirs, qui s’articulant dans le temps, construisent de la reconnaissance d’événements faits d’attente, de passages, de rencontres.
Comprendre notre histoire, toutes ses histoires, c’est comprendre pourquoi les articulations de notre vie ont suivi ce temps là et pas un autre. "La maladie est une situation prison qui s’explique en deux adverbes : uniquement et toujours.
J’ai été malade de toi et comme remède tu m’as renvoyé le rien, le ayin, le ani, le je.
Tu te fais de plus en plus transparent au point de n’avoir ni résistance, ni opacité, je te traverse sans te rencontrer. Tu n’es plus. Il n’y a même plus autre chose et comment ce vide pourrait être encore lieu d’une inscription pour l’avènement de quelque chose de nouveau. Quand je te demande : invente-nous, refais une relation qui puisse nous renouer, tu réponds : je n’ai pas d’imagination et j’entends : je suis incapable d’aimer.
J’ai halluciné ce que nous avons été. Je le sais maintenant. J’ai versé sur toi des absolus inachevés, des rêves si vrais et si tu rêvais c’est parce que je rêvais pour toi. Tous tes frissons n’étaient que mes frissons. Je t’ai fait des heures embaumées et ta folie n’était que la mienne.
Tu n’as jamais été aussi bau que par la magie du commencement de l'infini auquel j'ai cru que tu pourrais ressembler. Las ! la réalité mortifère n’est qu’un agacement de rien et tous les voiles d mensonges jetés sur tes troubles jeux te rendent-ils plus vrai, moins trouble. "Sois méfiant, la peur est la meilleure sécurité" pourrais-tu dire, alors méfies toi de la mort ; il te reste heureusement le temps qui passe sans grincements articulés sur l’habitude momifiante.
J’ai relu ces lettres que je te lisais au " Bonheur" pour te donner envie de moi, en germe de nous. Elles sont semblables à celles que je t’ai écrites ! Pour toi ou pour un autre, le désir, ce fut l’apprentissage incessant du présent avec la conscience aiguë qu’adulte ou adultère, adulé, c’est un –a- privatif de mon enfance, c’est l’a-mortalité, l’a-moralité, mais c’est la vie à combler d’elle-même. C’est mon regard qui cherche à se poser sur l’autre pour qu’il me renvoie un peu d’ombre afin de rafraîchir tout cet amour à donner qui me brûle et me consume.
J’ai mis en place un sevrage, une coupure pour être autre, pour espérer ressusciter d’entre les morts, diantre les mots, dis entre les maux. C’est pour une terre à promettre que je me suis détournée d’une situation close sur mon effacement dans ces jours-palimpsestes. Pour guérir j’ai fui à Samarcande, "Tu" m’y attendait déjà.
Post-face
Par delà la ressemblance qui a rassemblé des mots, des tournures, des expressions culturelles grappillées dans des lectures certainement communes, il y a effectivement identification entre ce texte et moi.
mon discours amoureux est comme pour elle :
· Mon amour, ma passion, c’est tout pour moi, c’est pour tout mon être : aspirer à s’oublier, à se perdre, à s’abîmer dans l’intensité d’un sentiment qui transcendait l’angoisse, l’inexorable réalité de la mort, de la solitude, de la séparation. Ma mère m’a allaitée jusqu’à 2 ans !
· Mon amour ne peut se manifester pleinement que lorsque j’ai le sentiment que je compte plus que quiconque. Toutes ces lettres c’est la descente et la remontée du sentiment passionnel transfiguré enfin par sa confrontation à l’absolu, à cette mort qui devient non plus le contraire de la vie mais bien le contraire de l’amour, cette mort qui emmène l’autre vers l’indifférence radicale.
· Mon amour confine au mysticisme puisé aux sources primitives et archétypales où l’objet d’amour est magnifié et sublimé en le plongeant dans l’espace-temps infini.
· Mon amour est un narcissisme qui pour me séduire moi-même comble l’autre de ce qui lui manque et je le fais surtout par crainte que le prétexte-amant ne réussisse pas à être aussi réel que mon attente d’homme. "Alors pour ne pas voir son manque de romantisme, de folie, de générosité, je me jette de la poudre aux yeux pour ne plus le voir tel qu’il est mais tel qu’il est embrasé de mon reflet".
· Mon amour est une quête impossible qui ne s’annonce que devant la mort et ne s’achève que par la mémoire solitaire d’un seul survivant.
Cette histoire reste celle d’un couple "insatisfaisant d’exigence illimitée et d’un amour humainement limité
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