C'est comme si ta voix m'était rendue plus nette par l'absence, comme si elle émanait du silence et de l'invisible et venait, dans la dilatation des bruits de la nuit, m'entourer avant de rejoindre son silence et son invisible. Le silence. L'absence. le paradoxal c'est que le silence n'est pas ton absence et ton absence n'est pas ton silence mais le milieu dans lequel ils se déploient et qui leur donne leur relief : moi. J'écoute tes "écoute ! ", alors écoute moi "vivre c'est défendre une forme". Chaque mot doit être une condensation maximale de l'être, de sa vérité, chaque timbre, chaque intentionnalité, chaque intensité a sa fonction, de sorte que l'on ne devrait jamais pouvoir remplacer un mot, un timbre, une intensité par d'autres sans que tout ne prenne un autre sens. Ainsi en est-il du temps et comme je le disais, une minute ne remplacera jamais une autre minute. Le non-dit, le non-fait, je les considère et je les traite de la même façon qu'une parole ou un acte parmi d'autres et non comme une absence de paroles ou d'acte. je suis dans une quête d'une pureté effrayante dont seule la communion intime peut me permettre d'entrevoir le sentiment de l'absolu. ce moment où le moi se dilate aux dimensions de l'autre, et se laisse envahir par le nous, comme un reflet terrestre de l'écho de l'éternité.
Tu sembles confus, comme si tu ne voyais, n'entendais pas de la même façon mes battements de sang, tout ce que j'ai d'innocent, mes prières et mon désir infini d'infini et de toi.
Un jour perdu, éperdu
Chaque découverte se solde immédiatement par un enfouissement du double du trésor mis à jour. Les visions courent et reviennent - elles sont fugaces - il est si dangereux de rester dans un lieu de splendeurs.
Que signifie le point voyelle HOLEM ? Il est répondu : c'est l'âme et son nom est Holem (rêveur) ; si tu lui obéis, tu guériras ton corps dans le temps à venir. Mais si tu te révoltes conte elle, tu tomberas malade et elle aussi.
"chaque rêve est dans le domaine du HOLEM" Ex 28, 19
Comment coïncider avec ma propre décision, en évacuant le superflu, en créant mon propre espace où l'énergie devient visible à l'état pur sous forme d'amour. mais il y a le cadre strict de ton "exploitation de situation" où doit se limiter la dynamique du tout amour. Cette nécessité me construit autre ; je suis à la porte. Je suis devant ou derrière daleth*, venant du nord ou du sud, du mal ou du bien ? "Ceci se compare à un roi qui avait un trône. Tantôt il le soulevait pour le prendre dans ses bras et tantôt le mettait sur sa tête. Pourquoi cela ? Parce que le trône était beau et c'était dommage de s'asseoir dessus."
Tu es mon lien, de plus en plus resserré entre ma vie et moi. A chaque rencontre son mouvement rompt avec ce qui précède pour aller plus loin. Emanciper les jours de leur convention, de leurs anciennes fonctions, renaître à ce que nous sommes, je m'y emploie. Tu es ultime, je le veux : pour pouvoir t'aimer exactement et ne plus vouloir rien d'autre que toi au milieu de moi. Tu déferles et je suis renversée, tu déverses ton souvenir comme une coulure de couleurs, tu m'obstines et je veux aller jusqu'au bout de cette sensation même si je ne sais pas où cela peut mener; à moins qu'il n'y ait plus rien à faire surgir d'un virtuel je/tu. Reste-t-il autre chose à reconnaître, à re-co-naître ? Ne reste-t-il qu'à nous répéter ? Où est ce point d'harmonie toujours menacé, au bord de la discordance, entre l'espoir et le regret au nord ou au sud ?
Je suis intacte; mon véritable matériau, le désir d'aimer est intact et tu glisses sur ce désir. Ton visage qui illuminent mes mains qui le retiennent, ton regard diasporique où se glissent le tremblement et la douceur de la compassion, tes lèvres qui métamorphosent mes baisers en temps édéniques. Je regarde mes souvenirs et nous sommes enlacés, immobiles et surpris d'être mêlés, d'être l'autre sans plus savoir comment reprendre corps dans la réalité sans le corps de l'autre, une sorte d'ivresse d bonheur secret, quelque chose qui ne cesse de me rattraper, de me tourmenter en m'accomplissant de bien-être. Soupir! La ferveur a des contre points, des réductions d'intervalles, des reversions de mélodie et se délice et puis le cœur s'agite et se saccade plus fort. Tu es là. J'ai senti ton souffle sur ma nuque. Juste un mot pour reposer et m'adonner à mon rôle de mère
Toi, toi, ô toi, que ne suis-je que moi !
Quelques faits, quelques lectures plus tard;
Antonia S.Byatt dit : "Je suis persuadée que les mots sont plus vifs que les vivants. Eux, au moins, ont le pouvoir de ressusciter les mondes anciens, oubliés ou perdus. Je crois aussi que l'imagination est une forme suprême de la connaissance. Les mots sont des faits qu'il faut traiter avec précision et respect ; oui, je crois à la vie du langage."
C'est avec les mots que je rétrécis le temps, ce temps qui me ronge, qui m'habite, du dedans et à l'intérieur duquel je suis pourtant. Je suis à quelques heures de toi et cela me semble encore plus loin que l'espace qui nous sépare. Pourtant quand tu es à Lyon, ce n'est pas que je sois plus près, tu es à la portée du temps, à moins longtemps, pour nous retrouver. Je suis dans l'hésitation de l'espace entre ton absence et ton retour. Tu me manques. Il me manques surtout les mots pour le percevoir complètement mais je le sens physiquement. Cela m'imprègne et je respire ce besoin de toi au rythme même de la lumière, à sa palpitation qui abolit ma vie et ses jours, entre aurore et obscurités, dévorés par le temps où tu n'es pas avec moi. Irrémédiable et viscérale passion. Les heures qui m'ont engourdie, insensible et résignée, j'attends. Je suis dans une sorte de radicale et définitive absence d'intérêt en dehors de toi. Je me contente d'attendre, de nourrir cette attente, patiemment, suspendue avec le vertige que tu imagines, au-dessus d'un vide. Je voudrai écrire lorsque je suis avec toi, pour que mes mots soient moins nostalgiques, moins mélancoliques, pour que les mots soient plus vifs que les vivants…
Je voudrai écrire, avec toi pour me tenir la plume, dans ton regard, pour oublier de ne retenir que la souffrance, fut-elle délicieuse.
Au ruisseau de ta source, encore ce mot qui suspend le tissage du linceul
L'un/seule.
9 h 1/4 lundi
Absorbée par la vacuité, dans la germination de tant de souvenirs. Je suis au bord de l'enlacement à ton corps nu, peau contre peau, sang battant, salive et souffle mêlés dans les éclats de chair dénudée sous le parfum qui met le feu au visage et tiédit l'âme. c'est une fièvre de baisers, charnelle et notre élan nous emporte jusqu'à mon royaume clandestin. Ivresse et vertige, caresse et morsure, brasier renversant les lits-tempête se propagent dans la nuit des lundi jusqu'au matin encore assombri du sommeil de la ville. Je m'enlace à nos images, il a une sorte de suffocation. Comme si à l'écho des gémissements, des spasmes des corps, se superposaient celui du souffle abrégé, de l'air happé , aspiré par brèves bouffées, celle de ton enfance asthmatique. Dans l'orgasme, un immaîtrisable envers de remords ou d'angoisse ne parvient pas à s'expulser. je t'aime à me dissoudre dans l'illusion de ton amour. Tu m'auras persuadée de cela au moins. Ton sexe est le trophée de ta persuasion !
Affection : quel mot si juste pour toi. Il dit l'amour, la tendresse mais il dit aussi la maladie, la pathologie. Veux-tu vraiment que je me soigne auprès d'un psychothérapeute ?
9 h 30, je viens de vérifier, le téléphone n'est pas en dérangement, alors je faire un café. Je ne sais plus où rester, que faire : ou bien lâcher la plume, c'est à dire cesser de te restituer ou bien continuer à vivre la contingence de l'absence. Je deviens folle. Je le sens. Pourquoi toi ? pourquoi maintenant ?
à tout de suite -------
Ne me laisse pas
Regarde, il y a quelque chose de pathétique, d'héroïque à ne pas vouloir m'adapter à autre chose qu'à nous.
Est-ce que je commencerai à mendier ?
Aimer : Tu aimes nos nuits, fête de la chair, dans cet appartement où tu es hôte de passage, un étranger, à n'être là que pour une nuit de plaisir, dissimulée, clandestine, une parenthèse voluptueuse et après ta vie officielle peut recommencer. Et surtout, ne rien demander d'autre que de s'abandonner à nos étreintes protégées, gratuites, à cette pure jouissance de l'instant; qui puise dans cette fuite même une enivrante sensation de liberté ? De ce temps si secret, tu pourras toujours te refaire une virginité de fidélité. En es-tu dupe toi-même au point que je crois que pour toi c'est la première fois…. Et même ne pourrais-tu m'en persuader ?!
"Lorsque vous aurez pleinement reconnu que la nature de votre esprit est identique à celle de votre maître, le maître et vous ne pouvez plus jamais être séparés car le maître est un avec la nature de votre esprit, continuellement présent en tant que tel. Avec le maître la distance n'existe pas. La vie et la mort existent dans l'esprit et nulle part ailleurs.
Parmi les nombreux aspects de l'esprit, deux se distinguent particulièrement. Le premier est l'esprit ordinaire : SEM. Sem est l'esprit discursif, dualiste, l'esprit qui "pense, qui ne peut fonctionner qu'en relation avec un point de référence extérieur projeté par lui et faussement perçu. C'est l'esprit qui intrigue, désire manipule, qui s'enflamme de colère, crée des vagues d'émotions et de pensées négatives et s'y complaît. C'est l'esprit qui doit, sans relâche, se justifier , consolider son existence et en prouver la validité en fragmentant l'expérience, en la conceptualisant et en la solidifiant.
Inconstant et fluctuant !
En Sem, tous mes rêves, mes attentes, mes questions qui veulent tout savoir, donner du sens, qui te demandent d'en donner, mes récits, mes actes, mon angoisse et toi, encore toi. En Sem; l'insignifiant, les évènements absurdes, contingents dans un monde incapable .Ta main sur mon épaule ou pas, tes "madame", tes mensonges protecteurs, nos aurores fin de nuit et non aubes de jours, nos séparations stupides, tout ce que je ne supporte pas, même tes mufleries.
Et il y a aussi le deuxième aspect qui est la nature même de l'esprit, son essence la plus secrète qui n'est absolument jamais affectée par le changement ou la mort. C'est Rigpa ; on ne peut que l'entre-apercevoir et de chacun de ses aperçus émane une certaine lumière de compréhension de sens, de liberté. C'est la conscience claire, pure, originelle, à la fois intelligence, discernement, rayonnement et réveil constant.
En Rigpa, il y a toi.
Je me baigne au milieu des signes. Tu es un frôlement interminable de mon être. Nous vivons ensemble les mêmes instants, le même temps, le même espace et nous ne ressentons pas la même chose. Si tu m'aimes, je t'aime. Si je t'aime, tu m'aimes. Qu'est-ce qui est ainsi dit ? C'est quoi le contraire ?
Salles sous Bois , salle sans toit, sale sans toi.
Tu m'a emmenée avec toi à New-York. Je suis ici et je nous livre à l'explosion baroque du rêve.
Je regarde tout et plus encore, pour te faire partager ma vue, ma vie. Les circonstances extérieures te paraissent hostiles, tu mens pour m’en protéger et pourtant les coïncidences, les faits anodins, insignifiants sont plus forts, plus dangereux car susceptibles de tout retourner. Tu es en tout, pas seulement dans ton corps-désir, topisme de ta jouissance. Tu es l’hypertrophie des éléments annexes où je t’invente, dans ces riens, ces "tout" qui finissent par me recouvrir et engloutir. Je nous livre à toutes les extensions, les digressions, les ramifications. Explosion baroque qui nous rêve ! Il n’y a pas un grain, pas un caillou, pas une fleur, pas une senteur, pas une nuance d’air, pas une couleur, pas une sensation, émotion, refrain, parole, regard qui échappe à cette composition où je ne te reçois en écho, en contrepoints, en variation, en résonance, en présence, sans oublier en dissonances, car il n’y a pas que des accords de fusion totale n’est-ce pas ?
Parfois, il faut bien que tes enfantillages s’expriment. Emanciper les dissonances ! Non seulement comme une tentation, plutôt comme une nécessité pour pouvoir vérifier : Tu dis, tu veux, tu espères et tu prononces "Tu es à moi, à moi." Et maintenant je pense. Parfois, si je laisse ma vie dérivée vers toi, cela devient vertigineux. C’est accéder à un autre monde, invisible, au-delà du sensible –comme si une dimension supplémentaire s’était ouverte dans cette vie enveloppée par l’Immensité et L’Eternité, et moi, me haussant par la seule force bouleversante de cet amour palpitant, surgi à un point précis de ma vie et m’emportant cependant vers un nouveau possible. Alors, des mensonges, pourquoi faire dans cette densité ?
Même la nuit semble cesser de tomber; je suis restée dans un pays perdu où les maisons ont des toits de tuiles roses que l’on pourrait toucher de la main. Je suis au milieu de cascades de terrasses ; ici, pas une ligne qui ne prolifère, s’enroule, ondule, rebondit, resplendit. Un cyprès répond à un rosier, une courbe de rue dialogue, dans un autre plan, avec l’arrondi d’une tourette. Ici, il y a de l’homme, chantant, sentant la lumière, la simplicité des herbes sauvages, odorantes et soignantes. Là-bas, où tu es, il y a le vertige que d’autres hommes ont réussi à créer et c’est dans prisons pour œuvres, que tu iras visiter, que se trouvent le ruissellement des chairs, des visages, des paysages, des ornements évoquant la nature d’ici où il y a le bruissement du temps, les odeurs du vivant et là-bas, tu vas caresser des yeux des huiles à
Je dis : tu es ma terre. Je le redis, je le réécris et dans le Lévitique, il est écrit cet épisode où D. interdit à son peuple de disposer à sa guise de la terre qu’Il possède" car la terre m’appartient et vous n’êtes pour Moi que des étrangers et des hôtes". Il y a donc suspicion de s’installer en terre étrangère et pourtant, en te rencontrant, j’ai su que j’étais arrivée chez moi, comme si, maintenant, je ne pouvais être ailleurs. Mais c’est comme si D. nous montrait qu’il n’y a rien de plus important que cette conscience de la difficulté à trouver la bonne distance envers toi qui est toujours susceptible de te retirer, de t’éclipser, de nous abandonner.
Notre élection réciproque doit donc, régulièrement et pratiquement à chaque rencontre, être éprouvée, remise en cause et réitérée, rejouée, réinventée. J’apprends à me trouver, envers et contre tout, contre toi, à l’envers du malheur, envers notre vérité, dans un état d’instabilité, d’inquiétude, d’incertitude, d’anxiété de nous découvrir dans l’enfer de la crise, de l’assoupissement. Je suis Amour, nostalgie et tristesse, vivante de cette réalité si fragile : nous nous aimons. Cela s’arrête à l’énoncé qui n’est ni une norme, ni une vérité figée et définitive, mais plutôt l’œuvre à faire et à refaire, le matériau d’une interprétation sans fin, pouvant à chaque nouvelle sensation être nuancée, complétée, contredite, étendue, bousculée, développée, transposée ; une vérité qui ne demeure vivante qu’à condition d’être sans cesse et infiniment réinventée.
Que faire de tes mensonges dans ma quête de Nous ?
Des cailloux, des galets, des pierres de voussoir, de faîte, des riens. De ta réponse dépend ta propre authenticité.
Dans le fond, je trouve cela plutôt brutal dans nos relations. Brutales comme les rues de New-York; toute cette énergie agressive, le hurlement, le crissement des voitures. Cette façon américaine d’aboyer plutôt que de murmurer comme ici au coin du feu. Et puis, ces trouées de lumière, où elle devient presque artificielle, rejetée par des gratte-ciel trop démesurés pour moi. L’horizon repoussé, un monde tracé au cordeau tant horizontal que vertical et le ciel sans droit de cité s’engouffre dans le tumulte de buildings. Je vois ce déferlement hémorragique de clarté se percutant sur le macadam dans un remake de création du monde, façon Gustave Doré. Et la lumière fut. Elle fut électricité et violence.
J’essaye de m’imaginer dans ce contraste entre cette force du dehors et celle de ma passion à l’intérieur. il me semble qu’il me serait impossible de m’y déplacer. Je préfère que tu me manques, croire ainsi avoir trouver en toi tout ce qui me manquait, non plutôt, tout ce qui répond à mes attentes, enfin remplie de ce qui me complète et t’attendre en France, dans ma douce France qui nous réunira.
J’aime les arabesques, les fleurs dans les champs, les collines douces à grimper dans l’échange de sourires sans gravité. J’ai envie d’arabesques, de fleurs dans les champs, de…
Que tu me manques pour les partager !
Sur ton visage-temple il y a cette couleur que l’on ne rencontre qu’à la troisième minute de l’aurore et j’entends ta voix comme une peau.
Je ne me reconnais pas dans les lieux familiers, je ne reconnais que les traces que tu as laissées, tes réflexions sur la lampe, le réveil figé à 6h15, les rouges encore rouges et cette deuxième taie, au-delà de la forme qui fixe notre intimité.
Je suis dans ton exil et un im-présent au reste des hommes, un ex-île, ex-ils. Je suis une particule séparatiste et ensembliste (de tous nos souvenirs trouvés ça et là, comme des vêtements jetés à terre et qui témoignent du dévêtement, du dénuement où je suis de toi). Je ne veux pas être dans ton exil parce que tu es ma terre que je porte avec moi, et tu me portes aussi et nous sommes d’appel en appel, de pensées en pensées sur le chemin du retour. Je suis l’archive vivace, la mémoire tangible de ce que nous sommes.
Les kéroubim* ne gardent pas la porte du paradis pour nous interdire d’y rentrer mais pour l’empêcher de se refermer, en nous attendant d’être ensemble devant eux.
Non pas exil mais étrangement dans l temps de l’espoir qui sourit pourtant.
Caïn dit à D. :"grande est ma transgression au regard de ce que je puis porter."
Abraham dit à D. : "ma mission est trop lourde pour que je la porte."
S. dit à J. : "notre amour est un gouffre, aides-moi à le porter".
Les kéroubim ont quitté la porte du paradis, ils ont mouvement pour se préposer au-dessus de l’Arche où sont disposés les Tables de Loi. Cela veut-ils dire qu’il nous faut y trouver là et seulement là la paix édénique (et tu sais bien ce que cela signifierait) ?
Je me fais mal avec le Bien. Le ciel est si large jusque là-bas. Je ne le voudrai, pourtant, pas plus grand qu’un taleth pour nous envelopper comme à un jour de Rochachana*.
"Je ferais tout ce que tu veux" me disais-tu ! On n’a jamais fait, avec autant de duplicité, l’aveu d’un égoïsme orgiaque. Oui ! Connaissant le dévouement que j’ai pour toi, tu présumais, avec raison, que je ne pouvais choisir que ce qui va dans le sens de ton désir, de tes plaisirs, évacuant, s’il le faut, mon propre élan puisque forcément, ce n’est que de ton plaisir, de ton repos que peut surgir le mien.
Me demander de tout choisir c’est me demander de toujours te choisir et ne jamais me laisser exprimer quoi que ce soit de mes rêves sinon ceux de l’accomplissement, par prévenance de tous tes souhaits, sans que tu aies à les formuler.
Alors je dis : choisis à ton tour, fais ce que tu veux, tes décisions seront ce qu’elles seront. J’y suis d’avance résolue. Ce que tu veux, ce sera très bien : je me soumets au bonheur que tu veux pour moi.
Rassure toi, je ne crois plus cela possible, aussi je ne le dis pas même. Voilà mon silence comme ultime don d’amour. Prends cette offrande après avoir lu les pages qui suivent. Il n’y aura plus de signature parce que lorsqu’il n’y a plus de désirs à partir de toi, je n’existe plus.
Ton silence m’a permis de te réfléchir. Il est silence de toi et me dit :"Comment ai-je pu ma persuader que j’aurai pu avoir besoin de toi ?"
Dis monsieur c’est quoi l’ombre* ? Dis monsieur, j’ai envie d’un café mais j’ai fait vœu de n’en pas boire sans toi ! Dis monsieur, pourquoi notre histoire ne peut ressembler à mon bonheur ? Dis monsieur, pourquoi il fait si triste à chaque fois d ma vie, pourquoi es-tu complice de mes malheurs ? Dis monsieur pourquoi veux-tu que je me meurs ?
Il se pencha vers elle et mêlant leurs souffles, il lui dit :"Viens, ne pars pas, ta place est à mes côtés, tu le sais bien. Si la nuit est propice, l’aube nous réveillera ensemble. Allons dormir et que nos cœurs s’assemblent dans leurs battements mêlés. Nous trouverons une solution à ton chagrin et à tes peurs. Moi aussi je t’aime, moi aussi j’ai envie de partager un peu de vie avec toi et quand je dis j’ai envie, tu dois entendre j’en ai besoin. Rassures toi, il y a forcément une solution parce que nous ne voulons de mal à personne et que notre amour est pur de
J’ai rêvé de ces mots là mais l’histoire fut celle-ci : Il mit son trench, la bousculant, se rendit vaguement compte de sa présence ; d’un geste un peu pavlovien, il effleura furtivement sa joue, machinalement, préoccupé de ces riens qui enflent sa pensée jusqu’à l’œdème du vide, ses amandes du matin qui allaient lui manquer ou ses réserves d’eau minérale qu’il va devoir refaire. Le silence était inconfortable et cependant il était bien lourdement accroché à cette bouée qui le faisait flotter dans l’instant saturé d’indifférence. Vite, vite que je puisse me retrouver seul pour me reposer de la fatigue de mes déjeuners mondains incessants où il ne faut rien gaspiller. Qu’elle résolve ses peines, seule. Je suis comme je suis et si elle sait que je préfère tordre des éponges ou défroisser du linge (pour que ma femme ait moins à repasser) pendant que je la froisse, la torture, en la renvoyant à sa solitude sera l’occasion de m’écrire encore. Et j’aime bien quand elle me lit. Si elle comprend que je n’ai que mes plaisirs à partager avec elle et bien tant mieux. C’est vrai, elle me lasse de ses exigences de vivre et d’aimer, de donner du sens à chaque instant.
Ouf ! Nous sommes arrivés ! Quel soulagement ! C’est comme une vessie trop pleine enfin idée. J’ai d’autres bains de quiétude pour me replonger dans l’encéphalogramme presque plat de la vie légitime où les frémissements sont ceux des invitations qui flattent mon goût du luxe occidental. C’est vrai que je suis le bourgeois d’Onfray. Elle s’en est rendue compte. Je ne supporte pas son mépris. Elle m’a renvoyé à ce que je suis, elle sait qui je suis. Je brise le miroir, je ne suis qu’un Dorian Gray. Vite accrochons le portrait de ma vanité sous le tain. Je ne regarde plus sa vérité ; comme je suis bien. Il me semble même que je m’endors dans ce lit enfin seul d’elle.
Crucifiée dans ce lit où elle n’est plus, crucifiée d’avoir trop aimé.
Je ne sais pas si je t’aime ou si je ne t’aime pas . Tu m’attires. Je commence le deuil de notre histoire, de tout ce qu’il y a d’infernal, de cette folie où tu étais dépositaire de mon drame, de mes souffrances, de mes espoirs, de tout ce qui me pousse vers l’abjection aussi. Nous avons été attirés l’un par l’autre mais parce que l’amour absolu est le plus impossible, c’est cette impossibilité qui me rend sauvage. Je me suis prise au jeu la première et c’est donc moi qui souffrirai le plus. Je te souris de toute cette haine féroce qui me séduit et m’incline à me donner la mort devant toi, seulement pour t’enchaîner à ma propre souffrance. Mourir pendant qu’il en est encore temps, te montrer que je n’ai rien exigé d’autre que de moi-même. Mourir comme une dernière parole, comme à un écho d’un mot que tu n’auras pas dit, mourir dans l’extrême de ton silence, disparaître à notre histoire, à moi-même.
Placer blessure contre blessure et de cet excès préparer la cicatrice en faisant jaillir un nouveau tête à tête, un nouveau corps à corps. Y aller de tout son être, palper le regard, caresser, sentir, se mixer et ruisseler les yeux dans les yeux, sexe contre sexe, poitrail contre poitrine et surtout refaire des cercles d’anneaux… Et dans ce contact réchauffer mes souvenirs jusqu’à les brûler et avec eux cette partie de moi qui n’est que nous, qui n’a plus de raison d’être, qui n’est plus depuis que tu ne me demandes pas de rester près de toi. Remplacer un destin par une destinée, une orgie par une autre, une folie par une autre. Et tant pis si je ne risque que le gouffre.
Car c’est une peau, précisément, qu’il me faut, une chair, un souffle, un sang qui batte pour effacer l’autre peau, l’autre chair, l’autre souffle, l’autre sang. Mourir dans le creux d’un homme, trouver là ma tombe, ma joie et mon agonie. Me délivrer d’une vie trop lourde, à présent, plus fine qu’un fil teinté de meurtrissure. Mourir et puis ?
Mes désirs m’ont entraînée vers toi, mais du temps passé qu’ai-je rapporté ? Des remords de conscience et de la dissipation d’esprit. On sort dans la joie et on revient dans la tristesse ; les plaisirs du soir attristent le matin où je rentre avec les croissants pour les enfants. Ainsi ma joie à la fin m’a blessée et elle me tue.
Notre amour était gai, troublant, joyeux, fou, mignon, charnel, vénusien, juif, séduisant, furetier, complice, jovial, prévenant, câlin, souriant, haletant de baisers, doux et ardent.
Comment est-il devenu ce rictus de mauvaises grâces ? Pour mourir encore, je reprendrai la vie si je le pouvais un 16 juillet à 11h30.
Tu m’a prise comme Héliogabale a pris cette gardienne de feu, sachant que cet acte de lui était sa mort à elle. Je t’ai forgé des pouvoirs de vie et de mort. Tu étais démesuré, aussi incroyablement grand que tous tes "je-t’aime" me le laissaient croire et voir. Tu nous a réduit à quelques heures de sommeil si nécessaires que je suis devenue de trop. As-tu oublié comment se partage la nuit quand on s’aime, dans la forme des corps coquillages mêlés à leur chair de coquillage.
Je n’ai plus de caresses que celles des souvenirs ; j’ai remis ma main dans la tienne et mon cœur a souri. O non, rien ne sourit en moi. Je fais semblant pour ne pas paraître à genoux dans le fiel, mon ombre est sèche, il n’y a plus ta voix pour me nommer "La prière ne représente qu’un sacrifice dans lequel l’homme s’offre lui-même". C’est au centre d’une parole pure que j’ai mis mes larmes, elles sont comme une prière. Que ta volonté soit faite.
J’ai cessé toutes relations avec les tutti quanti. Je les ai toujours trouvés très ennuyeux, très laids, me prenant trop de temps. Ils n’étaient nécessaires que par rapport à toi, pour te mobiliser seulement. Me voilà davantage moi-même, enfin débarrassée de toutes ces scories qui me déguisaient avec un poids devenu insupportable.
Je me suis remise au piano. Je m’enivre de voluptés harmonieuses qui se donnent à moi sans être un parasite. Je suis dénuée de l’embarras, heureuse d’être si seule.
J’ai rêvé d’une réalité devenue autre aujourd’hui. Ce n’était de l’illusion. Je sais que nous avons partagé l’incroyable blancheur de cette pierre où s’est sculpté notre amour, nous donnant à voir, jours après nuits, la forme inoubliable de notre rencontre. Tu savais faire surgir de moi, de nous, l’exactitude des gestes qui deviennent lumière, caresses, respiration.
Aujourd’hui mon bonheur dépend de ta tranche de jambon !
T’écrire pour passer de mon sensible à ton intelligible, écrire pour te nommer ou du moins pour nommer l’impossible à dire, pour que le "dit " ne rétrécisse pas ce qui est à dire ; écrire pour pourchasser des significations qui ouvriraient de nouvelles perspectives sur ce monde.
Dans ton langage est ta présence : "t’es toi quand tu parles » t’en souviens-t-il ? Les mots ne me disent ce qu’il en est que si je sais les interpréter correctement par rapport à la vérité de leur résonance mais leur pouvoir allusifs, leur puissance d’évocation m’obligent à aller plus loin et je glisse le long d’une pente qui dément le départ des sens et impose même le contraire.
Je suis dans l’an-hédonisme, malade du temps, chronopatologie d’un passé trop fort qui rend le présent insuffisant et qui me retient dans la mémoire. L’espoir n’est pas de loucher sur l’impasse d’un futur antérieur, j’aurai connu la déchirure. Il y a à portée de mes jours, l’impérieux lendemain, inconnu qui sera connu, le mouvement qui fait commencer ce qui n’est pas encore atteint, il y a là autre-chose-que-nous et c’est comme si je ne voulais pas effleurer un espace où nous ne serions pas. Ce sont ces dernières grâces que je nous accorde avant de te quitter vraiment ; cette délicatesse d me retourner, de ne pas regarder vers le vide de nous, vers demain.
Contre la plénitude des immédia
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