Bien venu(e)

Des chemins à partager, pour accepter la réalité plus belle que tous nos rêves.
Lundi 1 août 2005

4 - Les Gants Blancs

 

 

 

 

 

O

 

 

n peut caractériser  une société traditionnelle par le fait que tous les individus de cette société s'y insèrent en une hiérarchie sociale harmonieuse qui permet de s'accomplir pleinement et de donner carrière aussi bien à l'exercice efficace d'un métier qu’à une réalisation spirituelle effective.

 

 

La F \M\est une société traditionnelle, elle a conservé ces deux aspects du perfectionnement et certains de ses rituels et symboles manifestent l'origine du métier de bâtisseur en même temps que les valeurs spirituelles sur lesquelles elle repose. Les gants sont un de ces symboles à la fois professionnels et gnostiques.

 

 

Dans l'histoire du costume, les gants sont, dans un premier temps, considérés comme symbole de déférence, de soumission, de loyauté en particulier. Dès les premiers temps du christianisme, il est d’usage de se déganter devant un supérieur. C'est une exigence que l’on retrouve tout au long des siècles : les juges royaux demeurent mains nues dans l’exercice de leurs fonctions, et on ôte ses gants pour entrer dans les Grandes et Petites Écuries du Roi-Soleil ; aujourd’hui encore, un homme se dégante pour serrer la main d’une femme. Se déganter est un acte de respect et on peut considérer que c'est sur ce registre que le F\M\ se dégante pour prêter ses serments.

 

 

C’est en acte de soumission que le gant est offert au roi, au Moyen âge, par ses villes vassales. Lors des cérémonies rituelles du couronnement en France, l’archevêque, en bénissant et en présentant une paire de gants au souverain, lui assure, par ce geste, possession de son domaine et loyauté de ses sujets.

 

 

En Occident, c’est vers le VIIe siècle que les gants deviennent des accessoires de luxe et donc de mode.

 

 

Les comptes d’Isabeau de Bavière mentionnent en 1408 des gants « brodés tout autour », Montaigne ne s’en serait pas plus passé que de sa chemise et Catherine de Médicis les offre en cadeau très apprécié aux dames de la cour ; ils sont alors en soie ou en cuir, si fins qu’ils peuvent être roulés dans une coque de noix, usage qui persistera encore au XIXe siècle, en Angleterre surtout, où la noix est pendue ostensiblement à la taille pour bien marquer la faveur royale. Henri III et ses mignons les affectionnent, pour la nuit, imprégnés de musc, ambre gris, civette et benjoin.

 

 

Laissons là les fioritures de l'histoire et revenons à nos gants blancs.

 

 

 

 

La première pensée qu'il me vient est que les gants blancs sont des masques de main.

 

 

Le directeur de la prison de la Force où était enfermé  Lacenaire en 1835 dit de son pensionnaire: «  ses actes comme sa personne étaient en contradiction perpétuelle, il était charitable et assassin, il aimait le sang et ses traits n'exprimaient que la douceur. Il n'était repoussant que par ses mains qu'il avait laides et difformes. C'est par là que j'avais deviné Lacenaire. Ainsi ce tigre cachait-il ses griffes sous ses gants. »

 

 

Que cachons nous sous nos gants ? Et bien je dirai que nous ne cachons pas, mais que nous essayons de dominer, comme avec la bavette remontée du tablier, nos pulsions les plus ténébreuses pour les tourner en lumière.

 

 

La tragédie antique masquait de blanc les acteurs. Cela permettait, outre l'identification cathartique aux personnages, la possibilité de laisser surgir le tragique c'est à dire de doubler les significations et les situations qui se rapportent à l'homme; mais à quel homme ? Ni à vous, ni à moi non plus, mais à l'homme en général, mais à une image de l'homme au centre de l'univers dramatique et c'est ce que l'on peut appeler une philosophie. Derrière le masque, qu'elle qu'en soit sa couleur, l'attitude ne réussit pourtant jamais à se dissimuler. Le blanc ne saurait suffire pour faire d'une main repliée dans son poing une main tendue. Eloge de la Caresse ! La main s'ouvre, déploie ses doigts vers le dehors. Mais lorsqu'elle atteint et rencontre le monde, objet ou sujet, chose ou être humain, les doigts ne se referment pas en un main-tenant, elles restent tendues, ouvertes. Ainsi la main se fait caresse. La caresse, comme je l'ai souvent évoqué sur la planche à tracer, s'oppose à la violence de la griffe. La caresse est un concept ou plutôt un anti-concept qu'Emmanuel Lévinas introduit en philosophie en 1947 dans son essai Le temps et l'autre. Ecoutons le: "La caresse est un mode d'être du sujet, où le sujet, le contact d'un autre va au-delà de ce contact. Le contact, en tant que sensation, fait partie de la lumière". On peut dire avec le philosophe Ouaknin que la caresse découvre une intention, une modalité de l'être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder ou connaître. La caresse n'est pas un savoir mais une expérience, une rencontre, la caresse n'est pas connaissance de l'être mais son respect.

 

 

La main gantée de blanc c'est une main qui ne peut être que caresse.

 

 

La réflexion sur les fonctions du rituel a été profondément marquée par Durkheim, qui, utilisant des variables à la fois psychologiques et sociologiques (les «sentiments collectifs»), y a vu des expressions symboliques de l’unité d’une société et de ses valeurs fondamentales, expressions par lesquelles les individus se représentent la société dont ils sont membres.

 

 

Remarquons que dans le clergé seuls les évêques, archevêques et papes portent des gants et seul le pape les porte blancs.

 

 

Les gants blancs lissent notre identité commune et nous devenons comme semblables aux groupes de personnes qui mettent aussi des gants blancs rituels.

 

 

Ce gant blanc était l'attribut des tailleurs de pierre dans la tradition du rite de Salomon. Il signifiait que celui qui le portait était innocent de tout crime. Respect du compagnon pour la vie!

 

 

 

 

 

 

Mais comment un app\ pourrait être coupable de ce qu'il ne peut pas même approcher ? Faut-il alors n'évoquer pour le blanc des gants que les qualités profanes de pureté, de rectitude dans les actions, de respect de la parole donnée?

 

 

D'un point de vue initiatique nous savons que le blanc, étant la synthèse des couleurs de l'arc en ciel, évoque la lumière spirituelle. Le blanc, couleur initiatique, devient la couleur de la grâce de la transfiguration qui éblouit, éveillant l'entendement. Aux premiers temps du christianisme le baptême se nommait illumination. Et c'était après qu'il eut prononcé ses vœux que le nouveau chrétien, né à la vie véritable, endossait, selon les termes du  Pseudo-Denys, des habits d'une éclatante blancheur, car, ajoute l'Aréopagite, échappant par une ferme et divine constance aux attaques des passions et aspirant avec ardeur à l'unité, ce qu'il avait de déréglé entre dans l'ordre, ce qu'il avait de défectueux s'embellit et il resplendit de toute la lumière d'une pure et sainte vie. Ne sourions pas trop car cela peut aussi s'appeler le perfectionnement de l'être, mais c'est la perfection qui reste à définir.

 

 

Le rituel est à considérer comme une sorte de code linguistique qui permet de découvrir, au-delà de la signification littérale des actes et croyances, leur signification « plus profonde»: les rituels sont des «énoncés symboliques sur l’ordre social », sur les valeurs fondamentales d’une société, des énoncés non analysables en termes rationnels, car ils se mesurent d’après d’autres standards et appartiennent à des registres cognitifs différents.

 

 

Les saint-cyriens en tenue d'apparat portent des gants blancs, symboles du savoir-vivre qui est savoir mourir, symboles d’une certaine société où honneur et panache sont inséparables.

 

 

Dans la tradition compagnonnique, le compagnon fini recevait avec ses gants de travail une autre paire de gants blancs, surnommée la clandestine parce qu'il la remettait à la femme de son choix qui n'était justement pas toujours sa femme légitime! La F \M\ masculine reprendra cette tradition dès l'initiation. Combien de mères, d'épouses, de sœurs ou d'amante reçurent cette manifestation d'Amour. Goethe en offrant à Mme de Staël cette seconde paire de gants en dira : C'est la seule chose qu'un homme puisse n'offrir qu'une fois dans sa vie.

 

 

La F \M\ se gante de blanc, pour toutes ces raisons peut-être et  pour que les mains, en palpant ce qui est extérieur, captent, par leurs prédispositions d'antennes, la lumière de nos loges bleues.

 

 

Les gants liturgiques, et les nôtres puisqu'ils appartiennent aux rituels, ces gants furent toujours à doigtiers distincts et non des mitaines. Chaque doigt relevant d'une symbolique planétaire particulière se devait en effet de conserver son indépendance pour laisser agir son rayonnement propre, son énergie et pour mémoire je vous rappellerai : Vénus en pouce, Jupiter en index, Saturne pour le médium, le Soleil avec l'annulaire et Mercure, le petit messager, à l'auriculaire.

 

 

Permettez moi une remarque sur la possibilité de pouvoir opposer le pouce à chacun des autres doigts. Voyez ! Le pouce aligné avec le reste de la main donne au salut une connotation qui vaut tout aussi bien, je devrais dire aussi mal,  celle où le pouce disparaît dans la paume.

 

 

Le pouce à l'équerre nous préserve de la forme des totalitarismes.

 

 

 

 

Je retourne ma main, comme un miroir, j'y vois dans les doigts écartés, les cinq points de l'étoile flamboyante dans la lumière indéfinissable de l'électrum des anciens.

 

 

Léonard de Vinci a placé à l'entrée de son labyrinthe un gant de Notre Dame surnommé aussi églantine, fleur blanche à 5 éperons. Cette plante est connue des herboristes pour la guérison des maux d'yeux et pour l'amplification de la vision qu'elle procure. Quand le toucher devient délicatesse et tact, alors la vue devient vision et intuition, l'ouïe permet l'entendement de la voie intérieure, le goût l'appréciation des valeurs spirituelles et l'odorat unit l'intelligence au savoir.

 

 

 

 

Mettre des gants blancs, c'est glisser sa main dans un athanor qui alchimise l'homme en être fraternel. Etre frère c'est avoir la même origine, être fraternel, c'est considérer toute vie comme équivalente d'une autre. C'est dépasser ses différences pour ne retenir que ce qui nous est commun ou partageable, c'est accepter l'autre pour lui-même, c'est ne pas vouloir, par une sur-conscience diminuer l'autre pour se grandir. Avec mes gants blancs, je demeure moi-même, l'autre me complète mais, à ses mains si semblables aux miennes, je n'oublie pas qu'il est aussi un peu de moi.

 

 

Parce que ganté de blanc, le F\M\n'est ni pouvoir ni violence mais fraternité; parce qu'il n'est pas fusion mais relation, il se dégage d'une assemblée de F\M\une impression d'apaisement et de sérénité. On ne peut manquer d'associer les gants blancs avec le niveau du 1er surv\ dans l'analogie de leur symbolique. Le gant, le niveau nous invitent à inventer une reliance avec les autres.

 

 

 

 

Il s'agit de vivre une fraternité organique fondée sur les vérités humaines, de fonder une communauté qui ne repose plus sur le combat pour le pouvoir ni sur la volonté de primer mais sur la joie d'être et l'exaltation des modalités généreuses de l'être. Dès lors que Walt Disney entrera en F\M\, le personnage Mickey sera complété avec des gants blancs qui lui assureront une définitive image de gentillesse.

 

 

 Se recouvrir la chair par des gants de spiritualité c'est affirmer vouloir à la fois se protéger et protéger les autres des influences néfastes, que ce soit celles de notre nature ou celles des énergies et matières manipulées lors de cérémonies rituelles.

 

 

C'est aussi utiliser un objet pour fixer  la conscience sur les exigences de "chair spirituelle" comprises par son interprétation symbolique.

 

 

Connaître, c'est participer de l'objet connu, dit Corbin.

 

 

Le port des gants est le message apparent du passage du F\M\ à un autre plan d'être. Alors, faut-il permettre, par courtoisie, pour le confort de mieux tourner ses pages, faut-il permettre aux F\et S\qui se présentent au plateau de l'Orat\ de quitter leurs gants au moment où ils s'expriment sur la planche qui trace les plans du chantier sur lequel se bâtit le temple ? Est ce qu'ils seraient autorisés à quitter leur tablier pour des raison de confort ?

 

 

 

 

Pour nous c'est justement le temps des symboles et nous ne saurions accorder de quitter ce qui nous protège tous et qui nous indique ainsi la voie de la matière spirituelle.

 

 

 

 

Et c'est dans la chaîne d'union, parce qu'en enlaçant nos mains, nous ouvrons aussi nos cœurs, que se quittera l'objet de la conscience, symbole intériorisé par l'égrégore et qui  est devenu vivant dans la chair qui est le soufre, qui retient et fixe enfin l'esprit qui est le mercure. L'athanor n'est plus utile, le F\M\ est devenu pierre philosophale.

 

 

par Solange SUDARSKIS publié dans : planches maçonniques
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Lundi 1 août 2005

24 - Accueillonnage

 

 

L

 

 

e silence est un langage, et comme tout langage, il rayonne de notre présence au monde. Il est l’entrée en contact avec l’autre, l’inconnu, et cela se fait en langues différentes : en langue maternelle, historique, vernaculaire, littéraire ou chimique ou alchimique, scientifique ou religieuse, en symboles aussi, bien sûr.

 

 

Il s’agit de trouver le médium structuré qui permet la relation entre le dit et le sens, sans altération de la totalité du réel. Il s’agit d’entendre quelques fragments du frémissement de l’univers, livre infini qui se réécrit sans cesse en langues plurielles et invite au passage d’une langue à l’autre pour se laisser déchiffrer.

 

 

Dans la bible, il est une affirmation sous-jacente : un des aspects de la création est que le monde est créé par le langage : D . dit que la lumière soit, et la lumière fut.

 

 

C’est affirmer que le langage contient une énergie créatrice et qu’il est au commencement.

 

 

Il resterait dans les mots une valeur sémantique germinale.

 

 

Le mot prononcé est la matrice qui nous fait accéder au monde de la chair et de l’existence.

 

 

Votre cérémonie d’augmentation de salaire est, pour vous, le temps du passage du silence à celle de votre parole, et c’est donc un temps où le M\ s’arrête parfois de parler afin que la parole du comp\ puisse exister face à la loge. Souvenez-vous que la parole fait sortir les choses de leur potentiel vers leur existence.  Aussi que votre parole ne soit pas mé-disante, disant le mal. Mon F\, ma S\, que votre parole ne prenne pas place à la place de la parole de l’autre. N’envahis pas avec ta parole l’histoire d’un autre, n’impose pas de réponse, ce serait lui confisquer à l’autre sa part d’être, sa part à la vérité de ce qui lui arrive, ce serait lui enlever sa liberté de construire sa propre histoire.

 

 

Le silence se veut Amour, la parole serait cet amour devenu pensée. Quand l’acte de parole est le plus doué de sens, le plus riche de signification réalisée, il s’efforce d’abréger autant que possible, même d’annuler, la distance entre signifiant et signifié. Il s’efforce de rendre substantif chaque aspect de la forme.

 

 

Cette fusion est totale dans les codes symboliques des mathématiques et de la musique. C’est pourquoi vous utiliserez la géométrie comme rayonnement de l’esprit humain.

 

 

La parole poétique est une parole aimante. Elle invente, dans le temps de la dire et dans celui de l’entendre, une communauté invisible, une fraternité silencieuse. Cela vous le saviez déjà et vous nous l’avez exprimé dans vos travaux d’app\, vous nous avez, dans vos silences murmurer quelques paroles de F\M\ qui avaient la consistance de cette sédimentation de vos vécus fraternels.

 

 

Ma S\B., devant le pavé mosaïque, tu as retenu comme premiers enseignements l’humilité, l’approche fraternelle et surtout l’espoir. Ce sont ces formes là que tu veux donner à ta pierre taillée. Ici sur le chantier tu l’as préparée. Tu as commencé de l’assembler avec celles déjà déposées dans le temple de l’humanité.

 

 

Toi, mon F\G.N., cette humanité lu l’as rêvée, fondée sur la tolérance, tu nous as dit: « La tolérance a créé les sociétés les plus humaines qui aient jamais existé, fondées sur les valeurs de la paix, de l’harmonie, de la liberté et de la solidarité ; mais, avec lucidité tu as rajouté, en maintenant le principe de tolérance à l’égard des pays gouvernés par la terreur, on aboutit à détruire toutes ces valeurs »

 

 

Ma S\B., tu les as entrouvertes ces portes de l’horreur, mais tu retiens celles du devenir ; rappelle toi : «  j’ai accédé par quelques marches de pierres usées à de nombreuses portes. Coupée du bruit, du monde, une des dernières portes s’est ouverte sur le renouveau, le dépassement. Au fond de mon âme, j’ai trouvé une grande force soutenue par la fraternité et la beauté du temps symbolique. »

 

 

Ces paroles, j’aurais pu les mélanger à celles de chacun de vous trois. Vos âmes se penchent sur les mêmes attentes d’idéal et de perfectionnement de vous-mêmes.

 

 

Et pourtant, votre nouveau grade vous exposera à une violence potentielle. Violenter la foi des uns et des autres est une entreprise marquée par la mort. La tolérance, c’est une non-violence spirituelle totale. Elle est le seul climat sous lequel travaillent les F\et les S\qui aspirent à devenir M\ maç\ Il faut beaucoup de peine pour être F\M\, un non-violent dans sa famille, dans son entourage et dans le monde, pour préserver la justice en subissant l’injustice, pour pratiquer la compréhension en étant payé d’ingratitude, pour œuvrer sans désemparer au bien de ceux qui montrent de la haine. N’est-ce pas F\ Kipling ?

 

 

Les outils qui vous sont proposés sont nos actes. Ils sont à considérer du point de vue de leur usage au cœur de nos épreuves du réel.

 

 

En passant de la perpendiculaire au niveau, vous quittez le 2 de la dualité, celui des oppositions, pour découvrir le 2 de la multiplication. Ce n’est plus 2 points qui s’opposent, c’est le Un qui se développe. Ce n’est plus une ligne en tant que succession de points qui vous fait avancer, c’est un plan que vous avez tracé par le pas du compagnon, esquisse de la construction à élever. Votre écart est un élargissement de l’espace.

 

 

En culture algébraïque le nom se dit chem s’écrit chin, mèm, avec shin =300 et mèm = 40. Pour atteindre le nom (des choses ou de vous-mêmes, le nom qui fait exister) il faut parcourir 260 en guématrie différentielle. 260 s’écrit samekh, rech (200 + 60) et peut se lire sar qui signifie écart, révolte, détournement.

 

 

Le cœur du nom qui fait exister la chose c’est l’aptitude à la rencontre, la capacité d’ouverture à l’événement. Pour se détourner, il faut être, en entendant toute la valeur de verbe exister, ex-istere, sortir de… C’est dire que le grade de comp\ vous propose, aussi, le détour comme catégorie de pensée, de comportements.

 

 

Le plan qui vous oriente vers cette construction de vous-mêmes, vous permettra de sortir du déterminisme des chemins tracés pour rejoindre Vénus, placée dans la pointe basse droite de l’étoile du pentagramme.

 

 

Et, c’est avec des bagages que vous vous êtes dirigés vers elle. Protégez-vous avec eux et en particulier avec la règle. Le compagnonnage, en tant que fraternité de groupe, en tant qu’acceptation de l’ordre et donc d’une règle, nous protège de l’effacement de l’harmonie des hommes entre eux, au seul profit des libertés individuelles potentiellement diaboliques parce que divisant.

 

 

L’éveil à la clarté de votre étoile ne vous fera pas pénétrer plus près du noyau des choses, plus près de la vérité, puisque inaccessible. Mais, en découvrant les lois de la relation, qu’elles soient géométriques ou fraternelles, vous pénétrerez, non dans le cœur de l’univers, mais dans le cœur de votre propre être. En rencontrant l’horizontale, vous accomplirez votre verticale.

 

 

Après le détour dans la verticalité, le détour vers l’autre dans l’horizontalité fera que Jakin révélera  Boaz.

 

 

L’étoile est belle quand elle laisse deviner l’infini dont elle s’entoure. Le mystère du ciel est dans la lumière imperceptible qui nous vient d’une étoile.

 

 

L’étoile flamboyante recompose pour nous la lumière de ce mystère, lumière éclatée dans le prisme du monde profane.

 

 

Le travail du comp\ en est son énergie qui la fait resplendir.

 

 


par Solange SUDARSKIS publié dans : planches maçonniques
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Lundi 1 août 2005

27 - La dernière tentation d’Hiram

 

 

 

Pauvres fous! Serez-vous ingénus au point de croire que nous vous enseignons ouvertement le plus grand et le plus important des secrets. Je vous assure que celui qui voudra expliquer selon le sens ordinaire et littéral des mots ce qu'écrivent les philosophes hermétiques, il se trouvera pris dans les méandres d'un labyrinthe d'où il ne pourra s'enfuir.

 

Artéphuis( début du XVIIe siècle)

 

 

A

 

 cet instant, alors que la lumière du jour venait de prendre cette couleur blanche du plein midi, l'homme se tenait dans le silence du chantier déserté. Les ouvriers, épuisés par la chaleur et tant d'années de labeur, avaient regagné des lieux ombragés. Le temple était achevé                         .
Il était flamboyant et l'homme, dans la solitude, se regardait comme dans un miroir, en un face à face avec l'œuvre accomplie, érigée dans la sueur et la connaissance de ses bâtisseurs.                    

 


Voilà dix ans, déjà, que l'homme avait quitté son pays, le royaume de Tyr, pour venir, ici, sur cette colline, à la demande du roi Salomon, élever un sanctuaire dédié au dieu des hébreux.

 

Le silence inhabituel disait l'achèvement des travaux. L'espace sacré était enfin délimité. L'homme avança doucement et pénétra une dernière fois jusqu'au Nartex.

 

Entre les 2 colonnes, qu'il avait fondues dans l'airain pour attester de la hiérogamie du ciel et de la terre, il s'arrêta, se retourna, laissant le parvis du saint des saints derrière lui, dominant la cité qu'un pur rayon de soleil éclairait.

 

Jérusalem semblait appartenir au ciel.

 

Sa souffrance d'être exilé avait disparu depuis longtemps. Une paix indicible l'habitait aujourd'hui. En participant à la création du temple, il; était entré en communion spirituelle avec le peuple d'Israël. L'œuvre, en sacralisant une pensée et ses gestes, lui avait permis de se fusionner avec l'univers et dans cette réunification cosmique de trouver la communion avec la lumière. C'est un des messages qu'il avait inscrit dans ses colonnes.                         .
L'homme décida, soudain, dans sa méditation de rentrer préparer son retour à Tyr. Un désir de fermer un cercle, de revenir au point initial pour se ressourcer afin de poursuivre.

 

Serait-ce encore possible ? Le début est  il toujours à la même place ? Cercle ou spirale, le temps et mon cheminement me laisseront-ils retrouver ce que j’ai quitté?

 

Une hâte juvénile le poussa à accélérer ses pas. Il descendit vers une des sorties de l'enceinte.

 

Mais oui je pars. Je rentre. ce que j’ai achevé ici, je le rebâtirai ailleurs. A Saba peut-être où de nouveaux chantiers s’ouvrent et le message reçu de l’Egypte, inscrit ici, sera révélé là-bas aussi !Par les bâtisseurs, le parole doit se répandre. Allons !

 

Avec une énergie revivifiée par ses projets, l'homme se dirigea vers la sortie la plus proche, à la porte du midi. Son visage luisait de cette sagesse qui pour certains, à l'âge mûr, témoigne d'un passé actif au cours duquel les expériences sont intériorisées. La sensualité de ses traits montraient sa générosité, son pas ferme et vif sa détermination. Grande et svelte, sa silhouette attestait une vie saine dont les seuls excès ne sont que ceux de la pensée. Malgré ses années, une grande force, qu'on devinait inaltérable,lui donnait cette beauté souveraine, faite d'une harmonie délicate où se mêlent l'intelligence, la mansuétude, la spiritualité, la droiture. Le regard de l'homme imposait le respect: C'était celui d'un maître, du M\ d'œuvre du Temple et il s'appelait Hiram Abi, ce qui veut dire Hiram le père.

 

Soudain jaillit une ombre sur le sol

 

C’est certainement un ouvrier, puisqu’ils ont seuls accès à ce lieu ! Mais que peut-il faire à cette heure trop ardente ? Pourquoi ne se repose-t-il pas comme les autres ?

 

Dissimulé du feu solaire dans les replis de son long vêtement de laine, un comp\ du chantier se plaça entre l'issue sud et Hiram, comme pour lui interdire l'accès. Dans sa main la règle graduée. Hiram reconnut Séterkin, le maç\ aussi appelé Phanor, à la face de lion.

 

Que la paix soit avec toi. Puis-je t’aider en quoi que ce soit ? Cherches-tu quelque chose ?

 

Maître, répondit l'homme, cela fait 5 ans que je travaille ici. Nous étions un groupe uni de comp\ mais tu as choisi un petit nombre d'entre nous pour les distinguer. Pourtant, nous oeuvrions tous ensemble sur le même ouvrage. Aujourd'hui, ils ont la tête ceinte d'un couvre-chef particulier qui les désigne comme nos maîtres. Je sais que tu leur as transmis un mot de passe grâce auquel ils ont accès au pouvoir de diriger. Je ne veux attendre plus longtemps pour bénéficier moi aussi de la marque de leur supériorité. Donne moi ce mot de passe pour que j'use, moi aussi, de privilèges.

 

Enfant ! Quelle impudence, pensa Hiram amusé mais déçu par cette vindicte, Dommage ! Un bâtisseur ! Il veut faire comme tant d'autres, là-bas, dehors. Il veut dominer. Il a cédé à la tentation de l’identité dans l’orgueil et de la suffisance. Son impatience est un échec de l’enseignement qui lui fut donné. L’ardeur est parfois juste mais il faut d’infinies préparations, d’infinies précautions pour mener à bien une vie d’homme, création même de la création. Nul ne peut accéder à une connaissance qu’il ne soupçonne même pas. Autrement c’est avilir la voie de ceux qui font l’effort d’y avancer. Sa vanité veut précipiter le temps de l’éveil et sa quête est déviée. N’a-t-il pas compris le secret de la règle qu’il tient ? C’est une graduation des  12  heures du jour. Une conscience du temps. Mais sans le compas il n’a plus d'ajustement sur la mesure, sur le  raisonnablement connaissable.

 

La règle sans le compas, c’est l’imagination exaltée qui poursuit jusqu’à l’infini ses propres envies, en dehors de toute réalité. Son aspiration au pouvoir est une ambition castrante pour la manifestation des modalités généreuses de l’être. Vouloir primer sur les autres, c’est renier l’esprit de fraternité qui est instituée dans cette communauté de bâtisseurs. Il croît encore à une hiérarchie de pouvoirs. Elle n’est que degré de connaissance. Ce sont les devoirs qui sont les véritables sources des droits. C’est dans la différence des devoirs qu’est la distinction des groupes. Par ailleurs…

 

 

Avec bonté, Hiram tenta d'expliquer au comp\ son impossibilité, par ailleurs, de lui communiquer le mot du M\

 

A moi seul je ne puis t'accorder cette faveur.

 

Le comp\ insiste, paralysé dans sa compréhension par son ambition.

 

Insensé, ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu, ni qu’il doit se demander. Travaille, persévère et tu seras récompensé.

 

Séterkin, le maç\ s'emporte, menace. Le maître demeure calme mais inflexible. Alors la main se lève et frappe, visant à la gorge. Mais, déviée, la règle atteint Hiram à l'épaule droite sur la clavicule, qui sous le choc de la surprise et l'onde de cette violence, chancelle et met le genou droit à terre.

 

Je ne veux pas l’affronter avec la force. La force ne peut changer un état d’esprit. Laissons là.

 

Hiram se relève et s'éloigne pour éviter un combat. Préoccupé par cet incident, endolori, il se dirige vers une autre sortie à la porte de l'occident.

 

Mais le comp\ n'était pas seul. Un complice attendait devant la 2ème issue. Comprenant l'échec de son acolyte, il se montre d'emblée menaçant, figé comme un bouc prêt à foncer: A moi tu dois donner le mot de passe. Je suis Otefut appelé aussi Amron, le charpentier. Tu es un mauvais chef. Tu as créé des hiérarchies entre tes ouvriers. Le salaire des M\ est plus élevé que le mien, je les envie. Je suis aussi instruit qu'eux, je veux obtenir la même rémunération. Parle et prononce le mot des M\ pour que je touche mon salaire en chambre du milieu.

 

Hiram comprend qu'il y a conjuration. Une inquiétude nouvelle ne le décourage pourtant pas. Il explique avec fermeté en voyant le levier dans la main de l'homme.

 

Puisque ton nom Amron veut dire parler, révéler, sache que la parole sans l’action n’est rien. La discipline que tu as consentie à la communauté des charpentiers ne s’accommode ni de la sottise satisfaite ni de la vanité.

 

Il est aberrant que ceux qui entendent travailler avec une équerre se soucient de prestige et de faveurs personnelles.

 

C’est renoncer à l’essence même de la solidarité des bâtisseurs. C’est désobéir à la norme. Ton équerre t’indique que tu ne peux bâtir que sur ce qui est juste, animé par l’esprit d’équité. Le levier que tu tiens, c’est ta volonté qui s’imposera si elle prend un point d’appui sur un dévouement absolu à une cause élevée, noble et généreuse. Tourner les règlements, être le plus malin, plus exigeant, vouloir sans mériter meilleur salaire, c’est condamner la vertu de l’ordre instauré entre les différents groupes de travailleurs. Le secret que tu demandes, il est dans la paix intérieure, dans une réponse que tu te feras à toi-même et qui met toute chose à sa place et tout homme où il peut soutenir l’édifice. Passion, ambition, vanité, déraison t’éloignent de cette voie sur laquelle tu t’étais engagé. Nul ne peut la parcourir à ta place et le mot du M\ se trouve plus loin sur ton chemin. Persévère, travaille, cherche et tu trouveras.

 

Mais Otéfut n'entend rien, d'un geste fanatique il frappe avec le levier qui atteint la nuque du M\

 

Un outil lui aussi !

 

Le coup est fulgurant, douloureux.

 

Construire, détruire avec le même objet ! Sublimation et perversion se présentent de la même façon. J’avais raison. Mes colonnes ne le démentent pas. Pervertir l’usage du levier retire tous les fruits de l’enseignement. Cet homme est redevenu profane.

 

Hiram cherche maintenant à échapper à ce qui se referme sur lui. Ces comp\ impatients et exigeants sont devenus les gardiens d'une ouverture close à jamais.

 

A la porte de l'orient, ultime issue qui permet d'éviter d'entraîner ses agresseurs vers le kodech kodechim(le Saint des Saints) le M\ se heurte à Habirama le mineur, appelé aussi Méthoushaël, de son autre nom Hoben. La voie du comp\ est stridente comme celle d'un serpent. Hiram mesure d'instinct toute la haine de l'homme. En voyant le maillet qu'il tient dans sa main, il esquisse un sourire malgré la recrudescence de sa souffrance aux deux points d'impact des outils.

 

Le symbole du Maître! Ah s’il avait voulu diriger sa pensée vers l’intelligence, la persévérance, la conscience morale, mais son nom, celui qui tue le père, me dit très clairement ce qui va advenir.

 

Hiram ne doute pas que l'homme cherchera à l'atteindre avec l'outil transformé en arme. Il n'a pas peur. Mais il sait que la mort de l'esprit qu'il lit dans les yeux de son agresseur, c'est sa mort: Donne moi le mot des M\! Tu ne peux plus t'échapper, et sans attendre, Habirama frappe, avec la masse, le M\ au front d'une atteinte mortelle.

 

Ainsi le génie des ténèbres, qui est en chaque être, avait soulevé les passions pour tenter de ruiner l'œuvre, en jetant le trouble parmi les comp\ qui déjà initiés aux premiers secrets de l'art se regardaient comme victimes de l'injustice et de la partialité parce qu'ils n'avaient pas été reconnus comme M\

 

Ne pas tomber, ne pas perdre l'équilibre, lutter encore pour être, refuser la menace, ne plus sentir cette paralysie qui m’asphyxie, qui endort ma conscience. Je veux vivre debout. J’ai créé, protégé, aimé. Tous mes gestes de vivre m’abandonnent. Que j’ai mal ! Je suis si seul. Il suffirait de dire et on m’aiderait, me soutiendrait, me soignerait peut-être. Ah ces tourments de la trahison où tout s’inverse et de la douleur que je ne maîtrise plus. Compagnons,  qu’avez-vous fait de votre enseignement ? Vous ne savez pas ce que vous faites Vous êtes devenus chimère à tête de lion et de bouc et à la queue de serpent.

 

Mes forces me quittent, il suffirait d'un mot, ma vie pour un mot- - - - -

 

Iod - Hé - Vav - Hé, Iod - Hé - Vav - Hé, 10 , 5 , 6 , 5- - -

 

Les lettres se succèdent et tournent devant ses yeux.

 

Mot de passe, mot de Maïtre, mot-clef pour ouvrir mais aussi pour fermer, pour le passage de ma vie à la mort. C'est toute la connaissance de la doctrine ésotérique qui est contenue dans ces 4 lettres. Nommer, c'est créer, mais prononcer seul le mot, c'est ne rien dire. Et pourtant, il faut que je vive. Je suis dépositaire d'une partie de la parole qui disparaîtra si chacun des dépositaires ne transmet pas son morceau de clef. Elle n'est complète que si réunis avec le roi Salomon et le roi de Tyr, nous prononçons ensemble ce qui est imprononçable seul.

 

En ce temps, un roi était un initié au plan supérieur qui était coiffé d'une couronne ou d'une tiare et qui était capable d'enseigner suivant la voie initiatique, la voie royale.

 

Le roi de Tyr possédait tous les matériaux de bois et de métal.

 

En  lui la force. Le roi d'Israël conçut, transforma pour l'élaboration du temple. En lui la fondation. Hiram, envoyé de Tyr auprès du roi Salomon, en réalisant l'œuvre ferme le triangle en une synthèse indissociable avoir-agir-être.

 

Personne ne connaît mon secret. En tant que M\ je dois encore enseigner un autre M\ pour qu'il me remplace et pour que la chaîne ne se brise pas. Il faut que je vive ! Mais comment vivre sans dire à celui qui ne peut comprendre

 

Je n'en connais que les lettres dans leur forme, pas le phonème. Le tétragrammaton ne se prononce pas. Pas de défi à relever, pas de détermination héroïque. De toute façon, ils ne peuvent comprendre.

 

Alors pourquoi ne pas céder ? Prononcer au moins une fois pour moi-même. Faire cesser le tourment. Réunir mes forces et dire pour survivre.

 

Il essaya de respirer : AUMMM………

 

Dis, vas-y, parle, donne moi le mot insista le félon. Hiram ferme les yeux.

 

Dire et leur laisser croire que le mot suffit. NON !  C'est le mal dans ma chair qui chavire mes pensées. Il faut que le mal se taise. J'ai témoigné en faveur de la connaissance par ma vie, mon œuvre et ma sagesse. Ma mort doit témoigner aussi. Le secret doit-il être préservé au prix de la vie ? Le secret vaut-il par lui-même ? Ou plutôt par la façon dont on le vit ?  Ma mort sera garante du secret, même si elle l'efface. J'ai cherché la réponse qui terminerait mon questionnement. Cette réponse ne peut être entendue que de moi. Ce n'est pas celle de l'autre, c'est celle que je fais mienne. C'est ma foi. Je ne la trahirai pas en laissant croire à ce compagnon  autre chose.

 

Je suis même si lui a renoncé à être.

 

Sans ce défi avec l'insupportable, je n'aurai jamais su l'espérance qu'il faut avoir. Ma vie fut comme une journée bien remplie et maintenant, je puis être las. La loi de l'homme n'est pas la possession, c'est l'attente.

 

Dire serait non seulement me trahir mais trahir aussi l’enseignement donné à mes meurtriers. Je me meurs. Mais essayer, au moins une fois, de prononcer seul l’ineffable. Tenter une ultime sonorité intégrant dans l’unité, peut-être enfin trouvée, la totalité des parties.

 

 

Un nuage voilà le soleil.

 

En s'affaissant, Hiram murmura une parole qu' Habirama n'entendit pas. Elle se perdit dans la mort. L'avait-il prononcé ce mot du M\ ou bien son dernier souffle fut-il pour dire "vanité des vanités" ou bien "buttom of rose" ou tout autre mot d'un rêve désormais impossible.

 

En mourant Hiram entra dans la lumière et la parole fut perdue.

 

 

En apprenant la mort d'Hiram, Salomon fut obligé de remplacer la parole perdue par un vocable de substitution : les premiers prononcés par les M\ qui découvrirent le corps du mort scellèrent à nouveau le secret de la maîtrise; c'est ce que nous disent les rituels mac\

 

 

Voilà!

 

 

Inventer, frénétiquement inventer, sans se soucier des liaisons, jusqu'à ne plus parvenir à faire un résumé. Un simple jeu de relais, entre emblèmes, l'un qui dise l'autre, sans trêve. Décomposer le monde en une sarabande d'anagrammes en chaîne,et puis croire à l'inexprimable. N'est-ce pas la vraie lecture de la Thora  ?

 

Extrait du Pendule de Foucault: Umberto Ecco

 

 

Mais nous nous posons des questions.

 

 

Comment se fait-il que, sachant que la parole ne pouvait être que par la réunion du 3 (le roi Salomon, le roi de Tyr et Hiram), comment se fait-il qu'aucun d'entre eux n'ait pensé à transmettre sa propre connaissance à un disciple pour que la chaîne ne se brise pas en cas de disparition? Etait-ce se croire immortel ?

 

Il semble que le nouveau mot du M\ soit partagé par plus de 3 M\

 

 

Dans le rituel du Rite Ecossais Ancien Accepté, tous ceux qui assistent à l'élévation du corps sont témoins du mot secret (le gr\Exp\, les 3 M\ qui gardent le cadavre, le 2ème surv\, le 1er surv\, 7 M\ qui rendent la loge juste et parfaite et délimitent la chambre du milieu.

 

C'est dire que tous les M\ ont accès cette parole! Il y avait donc auparavant une hiérarchie implicite du fait du secret. Celui qui dirige les travaux est-il plus qu'un M\ ? Pour nous, il n'y a rien au-dessus du M\ Alors que peut  signifier que 3 seulement avaient accès à une connaissance secrète ?

 

Considérant que chez les hébreux, le grand prêtre, le Cohen Gadol, était seul détenteur de la prononciation orthoépique et totale du mot sacré qu'il vocalisait une fois par an dans le saint des saints, cela pourrait vouloir dire que la parole ne fut pas perdue et que si Salomon la substitua, c'est qu'il pensait que son M\ d'œuvre avait cédé à la pression de ses agresseurs !

 

Ainsi en passant d'un plan d'analyse (le réel) à un autre (le symbolique) et en les confondant dans le raisonnement, on finit par dire presque tout ce que l'on veut et même son contraire.

 

En tout cas, c'est ce genre d'interrogation qui s'impose à la lecture de la légende d'Hiram que nous avons revisitée.

 

Il y a plusieurs tentations d’Hiram évoquées par notre travail :

 

- Celle de retourner dans son pays pour pour-suivre une œuvre. Elle est désir.

 

- Celle que nous n’avons fait qu’effleurer, mais pas retenue, elle est celle de parler pour céder à la menace des comp\

 

- Enfin deux ultimes tentations semblent intéressantes : celle de parler pour survivre et sauver le secret qui est dans une triangulation symbolique des deux rois d’Israël et de Tyr et de Hiram qui en est la synthèse des dualismes.

 

- Celle de prononcer, à lui tout seul, la parole inter-dite. C'est là à la fois un pêché d'orgueil, peut-être, mais surtout une curiosité métaphysique de résonner au plan cosmique avec le nom de l'Ineffable.

 

 

Hiram, personnage mythique, incarne pour la F \M\un syncrétisme de ces êtres qui doivent mourir pour ressusciter, pour fonder un courant de Tradition.

 

Cet Hiram là n'a pas pu avoir l'ultime tentation de prononcer, seul, l'imprononçable. Cela n'a été qu'un artifice psychologique pour nous interroger, car Hiram en tant qu'initié, sait l'abomination que serait la compréhension littérale de la fiction mythique.

 

 

Tous les termes désignant le mystère, l'esprit, l'être, la substance, le Un, l'essence, l'alpha et l'oméga, sont des vocables chosifiant ou personnifiant.

 

Seul existe le mystère immanent à l'existence, l'organisation harmonieuse de l'univers et l'émotion humaine devant cet aspect mystérieux auquel participe tout ce qui existe réellement (êtres et choses).

 

Le nom DIEU, s'il n'est pas abusivement employé, ne signifie absolument rien d'autre que l'émotion devant l'inexplicable.

 

Le créateur et le juge du monothéisme (iod, hé, vav, hé) sont unis en un seul symbole dont la signification est le mystère de l'existence, dans lequel est inclus le mystère de la vie humaine.

 

 En conséquence le nom DIEU implique la responsabilité du choix entre le bien et le mal, ce qu'attestent les tables de la loi mosaïque. Nommer c'est faire exister. Exister signifie en latin (ex istere) être ex, expulser. L'existence est donc imaginée comme expulsée de l'harmonie infinie. L'expulsion, autant dire l'émanation à laquelle la racine du terme "exister" fait allusion n'est pas forcément une réalité, mais une image rejoignant l'image personnifiante des mythes, du symbole du créateur.                 .
Pour nous, elle n'est pas explicative. Salomon dit: l'image s'efforce d'exprimer l'incommensurable. Jérusalem, (la culture hébraïque) sera détruite, comme toute culture, lorsque l'abomination s'installera dans le Temple, lorsque le nom de Dieu sera pris pour le nom vivant.

 

 

L'abomination serait d'employer le nom sans référence aux mystères.

 

Quelle vanité pourrait être plus grande que la prétention d'une spéculation métaphysique qui non seulement voudrait prononcer le nom Dieu, mais qui, ignorant la signification symbolique, affirmerait en le prononçant la confusion entre le symbole et le mystère nommé Dieu ?

 

Les centres d'enseignement d'initiation appelés Mystères existant en Egypte, en Grèce, et chez tous les peuples de haute culture, avaient pour but de réveiller l'émotion devant le mystère de l'harmonie universelle, à laquelle l'homme, pour son bien essentiel, doit s'incorporer par voie d'auto-harmonisation ; d'où  s'ensuit le sentiment vivant de l'éthique immanente, véritable religiosité.

 

Hiram, initié, sait que cela ne se prononce pas, non parce qu'il y a interdiction, mais parce qu'il y a impossibilité.