Bien venu(e)

Des chemins à partager, pour accepter la réalité plus belle que tous nos rêves.
Lundi 1 août 2005

32 - « Debout et à l’ordre »      

 un pas pour la liberté du GADLU

 

 

 

 

 

 

D

 

 

ans chaque mot il y a un oiseau aux ailes repliées qui attend le souffle du lecteur pour s’envoler. Aussi avons nous voulu explorer une pensée inspirée de textes qui ont proposé une interprétation gnostique des commencements, et à partir d’eux, entreprendre une démarche analogique qui nous a amenées jusqu’au temple maçonnique. Il n’y a de notre part aucune intention catéchisante, ce n’est pas un enseignement, c’est seulement une manière de permettre à un oiseau de s’envoler et de nous accrocher à lui dans son envol.

 

 

L’espace est vécu différemment selon la manière dont il est investi. Chaque culture, chaque société découpe dans le monde certaines portions de l’espace pour en faire des aires occupées de manière différentes en les instituant de significations.

 

Le lieu est un espace dans lequel on rajoute un récit, un lieu est un lieu d’identité narrative. De même, notre histoire, nos vies avec leurs péripéties, le récit de notre vie nous fondent dans  notre identité.

 

 

Le grec et l’hébreu n’ont pas la même façon de définir l’identité ; les récits fondateurs sont différents. Nous dirions leurs mythes, leur mutos (ce qui unit comme dans un mystère) indiquent des catégories existentielles opposées.

 

Nous nous servirons de deux exemples pour montrer, comment, un peuple trouve son identité.

 

Héphaïstos (Vulcain) forgea entre autre les chaînes qui liaient Prométhée au sommet du mont Caucase; il fabriqua de même la foudre de Zeus et les flèches d'Artémis et d'Apollon.

 

 

Il était né d'Héra et de Zeus, et ce fut à Héphaïstos que revint la tâche de fendre le crâne de Zeus avec une hache pour permettre à la déesse Athéna de s'échapper. Il était laid, si laid que sa mère le jeta sur terre, il en devint définitivement boiteux.

 

 

Plus tard, il tomba amoureux d'Athéna. Sa chair en frémissait en l’approchant, il bandait si fort l’arc de son sexe que lorsque Athéna  le repoussa violemment,  la flèche semencielle tomba  et pénétra la terre. Les spartes (sperme) en naquirent. Ce récit fonde donc le lieu de l’identité grecque comme un surgissement de la terre, un rattachement géographique.

 

 

Abraham naquit à Ur en Mésopotamie. Le lieu de sa naissance n’est pas le lieu de son destin. Lekh lekha dit D. à Avram, ce qui signifie : va vers toi. Et il quitta Ur. Ce récit fonde l’identité comme un arrachement à la Terre. Savoir mourir comme Moïse devant la terre promise, en sachant que l’important n’est pas tant d’y entrer que d’avoir marché vers elle avec un peuple à qui elle est destinée.

 

 

Voyager : « aller - vers », c’est s’orienter dans un mouvement, c’est faire prévaloir le sens (celui de la direction ou celui des significations).

 

 

La promesse faite pour cette Terre, c’est le sens d’un monde-à-l’autre dédié ; c’est une destination éthique pour que l’homme puisse s’y accomplir.

 

 

Le mot ivrit, lhébreu est construit sur la racine IVR comme avor (le passage), avera (la rupture), avera (la transgression), ouvar (la transmission) et  donc il est dans sa signification étymologique l’être de l’arrachement, de la rupture, du passage.

 

 

L’enracinement grec et l’arrachement hébraïque !

 

 

 

 

Pour poursuivre, je voudrais vous faire un bref rappel de ce que qu’est la guématrie. Pour la kabbale, les lettres sont équivalentes à des nombres selon des règles précises. Ainsi aux 9 premières lettres de l’alphabet hébreu sont attribués les 9 premiers chiffres, aux 9 suivantes les dizaines et les quatre dernières les centaines. Cela permet par un jeu des chiffres et des lettres de trouver des congruences sémantiques entre des mots écrits avec des lettres dont la somme mathématique est la même. Ainsi le mot « mère » qui s’écrit em (aleph, mem) vaut 41 et le mot « père » qui se prononce av et s’écrit aleph, beth, vaut 3. Ce qui est intéressant, c’est que le mot « enfant » , yeled, s’écrivant, yod, lamed, daleth, équivaut par la somme de ses lettres 10+30+4 =44. La mère ET le père, ensemble,  sont comme l’enfant !!!!

 

 

 

 

Avec Abellio je dirai qu’il ne s'agit pas que de simples relations arithmétiques formelles. Il y a un sens métaphysique qui les justifie. Les nombres sont des nœuds qualitatifs, des pôles de structuration du réel.

 

 

 

 

Un autre aspect de la différence retiendra notre attention.

 

 

Les commencements de la pensée grecque, recueillis par Hésiode dans la Théogonie et les Travaux et les jours, relatent un genre de processus de vie dont on ne saurait oublier la violence native, d’abord entre les divinités primordiales, Ouranos, Géa, Kronos, Zeus, puis entre dieux et demi-dieux : Zeus et Prométhée, puis entre les dieux et les hommes, l’oracle divin et Œdipe, Sophocle et Eschyle prolongent Hésiode. La théologie de la Grèce antique apparaît dans un cercle de violence s’augurant par un refus (celui d’Ouranos qui n’accepte pas les naissances des générations issues de son accouplement avec Géa) et qui se poursuit par un acte de rétorsion (la castration d’Ouranos par Kronos à l’instigation de Géa), vengeance et rétorsion reproduites à leur tour par la malédiction qu’appelle le « père » sur le parricide, malédiction à l’accomplissement de laquelle le fils de ce dernier est voué. Itération des cercles et de cycles de la puissance stérile qui freine l’émergence de la conscience en confinant l’écoulement du temps dans des histoires de méfiance, de défiance, des engrenages de pouvoir et de la peur.

 

 

 

 

Les commencements bibliques énumèrent les générations primitives, où s’alternent de père en fils des personnages qui incarnent successivement le Bien et le Mal. L’hérédité n’est pas, ici, une reproduction itérative.

 

 

Le dieu de Thora aurait pu, lui aussi, s’estimer outragé, défié, profané dans le cas de Sodome et Gomorrhe et détruire, sans un mot, les auteurs de l’outrage ou les condamner à d’interminables souffrances. Or la tradition hébraïque nous livre un Dieu de justice, non par l’exercice d’une vengeance mais par l’engagement d’un procès. Dès lors, l’histoire n’est pas comme chez les Grecs, déterminée dans l’airain d’un décret. Elle se construit dans une interlocution dialogale d’où  procède, du même mouvement, une mutation des structures de la psyché, puisque ce Dieu cherche un protagoniste, un interlocuteur.

 

La violence grecque et la justice hébraïque.

 

Par quoi l’homme a-t-il la possibilité de se dépasser ?

 

Ce sera l’arrachement et la justice.

 

En hébreu le mot cham qui veut dire là-bas, ainsi que le mot chem qui veut dire le nom, ce par quoi on identifie un être, ont la même valeur guématrique de 340 (chin = 300 et mem 40).. L’identité serait ainsi « un là-bas », lieu de l’invention de soi. Il se trouve que le mot sepher (le livre) a également une valeur guématrique de 340 (samer 60, phé 80, resh 200). Et ce que bruissent les ailes des oiseaux, c’est que le livre est aussi le lieu de l’identité hébraïque.

 

Pour les juifs, la Thora , le Livre, est le lieu où Dieu est manifesté. Pourquoi ?

 

Les cinq livres de la Thora sont le nom du Saint, béni soit-il, selon l’expression de Ezra ben Salomon rapporté par Guershem Scholem.

 

On retrouve un tel symbolisme chez Dante. En Paradis XXXIII, il sommo poeta utilise le symbole du livre pour évoquer la Forme de toutes choses, laquelle est, dans l’Intellect divin, la similitude globale de la création : « En son fond (de la lumière divine) je vis que s’intériorisait, lié par l’amour, en un volume, ce qui par l’univers s’effeuille »

 

Mais de quel Dieu parlons-nous ?

 

Ecoutons ce texte du Zohar.

 

Sache qu'avant que ne soient émanés les émanés et que les créatures ne soient créées, une lumière supérieure simple remplissait toute la réalité. Il n'y avait aucune place libre, sous l'aspect d'un air vide et d'un creux, mais tout était rempli de cette lumière infinie simple; elle n'avait ni début ni fin; tout était lumière, une, simple, homogène d'une homogénéité une, et c'est ce que l'on appelle la Lumière de l'Infini (Or En Sof). Lorsque monta à sa volonté simple de créer les mondes et d’émaner les émanés pour manifester la perfection de ses actions, de ses noms et de ses attributs, ce qui était la cause de la création des mondes, alors, il se contracta lui-même, l'Infini, en son point central, vraiment au milieu; et il contracta cette lumière, qui s'éloigna sur les côtés, autour du point central. Il resta alors : une place vide, de l'air, un creux vide, de ce point central vraiment...  Cette contraction, c’est le tsimtsoum du En Sof, avancé par le rabbi Isaac Louria au XVIe siècle ; ce serait pour lui le processus primordial qui est à l'origine des mondes.

 

Une parenthèse : Mais pour que la création puisse s’expanser, que l’infini ne la submerge pas dans un mouvement inverse, une délimitation en même temps fut installée. Depuis, une force maintient séparée la dualité en l’unité. Cette énergie ne serait-elle pas cette énergie noire, proposée actuellement par le commissariat à l’énergie atomique dans leurs dernières recherches astrophysiques, et qui, comme l’écrit Michel Cassé, fait naître «un état de grâce, d'élévation, où l'envol l'emporte sur la chute, une antigravitation» !

 

La doctrine hermétiste propose en son premier principe d'enseignement ce qu’est l'unité.

 

On en trouve la preuve et l'énoncé dans la Table d'Émeraude. « Toutes les choses sont et proviennent d'Un, par la médiation d'Un. Toutes les choses sont nées de cette chose unique... Son symbole est le cercle un qui s'achève en soi-même ». Le serpent qui se mord la queue (ourobouros), exprime l'univers à «  Un le Tout ».

 

Cela pourrait être représenté par le point d’un cercle. R en serait  le rayon qui en hébreu se dit kav et vaut en guématrie 102 (qoph 100 et beth 2).  Pi est alors "une force", un nombre, le rapport de forces maintenant séparées les deux parties de l’unité. Il n’est pas lui même la séparation, mais la force par laquelle il y a séparation. C’est la dualité. Dualité issue de la séparation de l’unité en elle-même. Séparation entre vide et plein, fini et infini,... Dualité séparée, mais toujours en une même unité que l’on peut exprimer par le périmètre d’un cercle de rayon 1 et qui se lit 1 Pi 2. Paccioli, avec la divine proportion exprimera au début du 15ème siècle la même idée de mathématisation de la création, du père générant de son énergie au sein de son Unité, avec le formule 1=P+P2

 

 

Lors de la Création du monde, Dieu a en quelque sorte restreint sa lumière, c'est le Tsimtsoum, et, dans le vide formé par ce retrait, il laissa un Rechimou, une "empreinte", une rémanence, ce Rechimou est la trace de Lumière restante.

 

 

Dans un second temps, Dieu envoie dans ce réceptacle (Rechimou) un fil de lumière, un kav, qui, dans son développement, va constituer dix cercles.

 

 

Les 10 Séphiroth sont à la fois ces 10 réceptacles-cercles et la lumière émanée par le tsimtsoum, elles sont la limite de la lumière divine mais en même temps la révèlent. Chaque monde a sa capacité propre de réception et de dévoilement de cette lumière. Et cela est un plérome, une représentation imaginale de la manifestation et on l’appelle l’arbre de vie. Le plérome, cette recombinaison fractale de l’Unité, est un inter-monde entre le Un et le monde matériel. C’est un réseau qui se propage comme un delta de fleuve ayant accumulé l’eau des rivières et des courants, portant des noms différents qui l’ont rejoint. Après son tsimtsoum, on ne l’appela plus Dieu mais le créateur, le grand architecte de l’univers, le  gadlu.

 

 

Il est dit : La Thora est un arbre de vie. Le Livre est ainsi la limite de la lumière originelle mais en même temps sa révélation. Il est la finitude de l’Infini.

 

 

Et cela est indiqué par la première lettre des commencements, béréchit, le Beth ב. Sa forme, qui se montre de gauche à droite, nous dit que  pour la création, ce qui est avant, au-dessus et en dessous restera inaccessible et séparé, et que nous ne devons que regarder ce qui est devant (l’hébreu se lit de gauche à droite) : Posons comme hypothèse que la Thora écrite est la finitude du GADLU. Le mystère Dieu est inaccessible, le Gadlu n’en est qu’une de ses formes imaginales.

 

 

Imaginons alors le Gadlu vivant la solitude du lapin compressé au fond du chapeau d’un prestidigitateur. Comment lui rendre sa liberté, sa dimension infinie ?

 

 

Par l’interprétation ! Par l’étude!

 

 

En refusant la prise du Texte au sens littéral, il y a aussi du même coup, le refus de mettre la main sur le divin. Il faut s’éloigner, il faut de la distance pour que le rapport ne soit pas idolâtre. Il faut déterrer la Bible pour en faire un arbre de liberté. Le premier souci de l’enseignement biblique n’est pas celui de l’existence de Dieu, d’un théisme par rapport à un athéisme, mais plutôt la lutte contre l’idolâtrie. Je revendique " l’athéisme métaphysique " dont parle le philosophe Lévinas, dans “Totalité et infini” : une forme de relation à Dieu qui n’est ni la voie mystique dans laquelle l’homme " monte " tellement vers Dieu qu’il s’annule dans le "Grand tout", ni l’idolâtrie qui fait tellement " descendre " Dieu dans le monde des hommes que celui-ci devient une idole. Je propose une relation qui maintient une distance entre Dieu et l’Homme. Le Texte et l’interprétation des Textes, sont justement le tiers grâce auquel on évite collusion et confusion. Tous les maîtres de la pensée juive,  depuis les prophètes jusqu’aux maîtres contemporains, ont compris cela. Pour éviter ce piège de prendre la Thora écrite comme apparence de la Présence , l’illusion de la possession du sens, la tradition hébraïque a introduit la notion de niveaux de signification que l’on distingue par quatre noms : Pchat (sens littéral), Rémèz (sens allusif), Drach (sens sollicité), Sod (sens caché). Les initiales de ces 4 mots donnent  le mot Pardès qui signifie « verger » ou « paradis » !

 

 

Comme l’écrit Néher : le temps grec, en tant que dimension métaphysique, ne peut rien enfanter ; il ne peut que se refléter en des images parfaitement semblables, alors que le temps hébreu  se recrée par des enfantements en des avenirs imprévisibles. Le temps hébreu ne se recommence pas comme le temps grec, il engendre. Le Pseudo-Denys les compare à des voiles sacrés à travers lesquels luit le rayon divin. Plus on y puise, moins on les épuise. Grégoire de Nysse insiste lui aussi: "Il ne faut absolument pas s'arrêter à la lettre, mais passer à la contemplation immatérielle suivant ce qui est écrit : la lettre tue mais l'esprit vivifie". Comme l’écrit Carlos Castaneda dans  Le Feu du dedans : "Le mystère de la conscience est ténébreux. Les êtres humains exhalent l'odeur de ce mystère, de choses qui sont inexplicables. Nous considérer nous-mêmes autrement est une folie. Par conséquent, un guerrier ne rabaisse pas le mystère de l'homme en tentant de le rationaliser. »

 

 

L'esprit n'est plus séparé de la lettre; il est caché en elle. Si dans l'Ancien Israël, le pontife portait deux tuniques, c'était pour signifier aux générations futures cette double acception de la Thora , selon la lettre et selon l'esprit. L'intelligence spirituelle vient ôter le voile de la lettre, ou le voile qu'est la lettre, afin d'en dégager l'esprit. Elle découvre l'esprit comme le soleil sous la nuée, comme la moelle sous l'écorce, comme le grain sous la paille.

 

 

L’interprétation n’est pas seulement perception, elle est constitutive de sens ; et nous le savons  bien ici, puisque nous disons que tout est symbole.

 

 

Les anciens Pères assimilent les Ecritures à la robe, aux mille couleurs, tissée d'or, portée par la fiancée royale.

 

 

D’emblée, le concept de liberté s’impose. " Si je suis à l’image de ce Dieu de libération, commente Ouaknin, je dois moi aussi produire de la liberté. Comment ? Par l’interprétation des textes, qui, loin d’être seulement une opération intellectuelle, permet justement d’inventer son histoire, de sortir de l’enfermement d’un destin, de ce qui est écrit. " Ce commandement est donc une invitation à être novateur dans l’action, à inventer de nouvelles formes de vie, de nouvelles formes de pensée, notamment en abolissant les préjugés. " Il faut avoir la liberté d’inventer pour inventer la liberté ", écrit Paul Ricœur.

 

 

Le Livre ne sera donc pas un recueil, un manuel. Il n’est  pas un lieu de rassemblement de signes. Il n’est pas un système. Le livre sera le lieu de l’impossible simultanéité du sens. Le livre sera toujours le « livre à venir ». Il nous introduit dans un temps qui ajoute du nouveau à l’être, de l’absolument nouveau comme l’écrit Lévinas dans « Totalité et infini ». Ce changement par lequel on devient autre, cette manière de se renouveler, de triompher du temps malgré la succession du temps, pour ne pas être entraîné vers la disparition, c’est peut-être l’aptitude à comprendre ce qui nous donne la vie, l’actualisation permanente d’une Immanence transcendante. C’est pourquoi, c’est la lecture qui fait autorité, plus que l’écriture.

 

 

Le voile enlevé au Texte qui contient le Gadlu, par une incessante altérité, en lui rendant sa transcendance, ouvrira l’intelligibilité à tous les autres textes.

 

 

 

 

En français, dérivé du latin, « altération » est très proche de « altérité » ; alors le changement, le mouvement de l’être vers quoi doit-il tendre ? Vers l’autre bruissent les mots.

 

 

Quel autre ?

 

 

 

 

Il est écrit : mitsvot che ben adam la makom qui veut dire les bons actes de l'homme envers Dieu ; et pourtant  le sens de makom se traduit par « lieu », le Temple.

 

 

Il est écrit aussi : mitsvot che ben adam la havero ce qui veut dire les bons actes de l'homme envers son prochain. Dans ces deux phrases, trop semblables pour ne pas être rapprochées, sont écrites les deux dimensions de l’être, la verticalité et l’horizontalité de ses relations au monde.

 

 

Qu’est ce que le lieu où se pratiquent les bons actes ? Nous pouvons répondre à partir de ces deux phrases : un temple et le prochain.

 

 

Comment vivre cette spiritualité au quotidien ?

 

 

Par l’humilité, la générosité et le refus de l’égoïsme. Dans le judaïsme, est pur tout ce qui a trait à la générosité pour l’autre, est impur tout ce qui est en rapport avec l’enfermement sur soi et la mort. Le mot " clef ", selon moi, c’est la bonté. Pas le « bien », qui n’est qu’un mot, mais la bonté, au sens de " petit geste ". Car c’est là qu’est le véritable amour : dans les petits gestes. Les actes de Bonté s'adressent pour les vivants et pour les morts.

 

 

Tsedek : la justice. Tsedaka : la charité.

 

 

La tsedaka équivaut à tous les commandements de la Thora ; à elle seule, elle les contient tous.

 

 

Elle consiste à être touché de n'importe quelle douleur éprouvée par quelqu'un ; à lui offrir quelque chose de son avoir, et quelque chose de soi.

 

 

Ne jamais faire comme si l'on n'était pas concerné par cette souffrance, que l'on fait spontanément sienne.

 

 

Aux côtés de celui qui a besoin d'un appui ; d'une manière inconditionnelle.

 

 

Non en vertu d'une loi, de principes, ou d'un avantage que l'on peut retirer de cette bonté.

 

 

Ne pas se servir de sa force ; ne pas accabler celui qui macère dans son échec.

 

 

Ni par sa beauté, ni par son envergure, ni par sa sainteté.

 

 

Ni par son génie.

 

 

Ne pas montrer à quel point on a raison ; s'abstenir de méchamment triompher.

 

 

Si tu es vraiment juste, tu ne fais pas de mal ; tu ne te sers pas de ton mérite, de ton savoir, pour montrer l'insignifiance de l'autre, qui ne mérite que dédain et mépris.

 

 

Même si Dieu t'a choisi, ne sois pas méchant envers celui qui ne l'a pas été.

 

 

Même si tes actes sont ceux de la générosité, ne stigmatise pas sévèrement et cruellement celui qui n'agit que suivant son intérêt.

 

 

Mais si tu choisis le chemin de la tsedaka, tous les commandements de ta Thora en découlent.

 

 

Elle ne consiste pas seulement à donner une pièce au mendiant ; mais une partie de toi, toi qui sais ce qu'est un être vivant, avec tous ses besoins.

 

 

 

 

La kabbale est une véritable révolution, elle n'est pas seulement une philosophie, "amour de la sagesse", mais elle ouvre la voie à la "sagesse de l'amour"! 

 

 

Nos Sages nous enseignent que sauver un homme équivaut à sauver l'humanité entière.

 

 

 

 

Voilà pour le prochain. Quant au temple, voyons en quoi il permet à l’être d’advenir.

 

 

Lorsque les hébreux reçurent les tables de la Loi , ils construisirent sur les indications de la révélation, dans le désert, un temple mobile pour accueillir les 10 commandements qu’ils placèrent dans l’Arche d’Alliance sur laquelle nous reviendrons. Ils utilisèrent des poteaux en cèdre du Liban pour soutenir une toile qui démarquait l’espace sacré. Le temple ainsi érigé fut le dévoilement de la sainteté dans la dimension d’un lieu. En effet, le Midrash raconte que Yaakov avait, par inspiration prophétique, vu qu’un jour sa descendance sortirait d’Egypte et qu’elle serait amenée à construire un Sanctuaire dans le désert.

 

 

C’est pourquoi, lorsqu’il fut contraint à descendre en Egypte à cause de la famine, il apporta avec lui de la terre d’Israël des plants de Chittim qu’il fit planter à Goshen.

 

 

Ainsi, tout au long de l’exil, les enfants d’Israël ont entretenu ces arbres qui étaient devenus le symbole de leur espérance.

 

 

Le poteau, le pilier qui marque le lieu, se dit en hébreu amoud et ce qui est parlant c’est que ce mot a la même racine aleph, mem, daleth (45) que les mots « debout »(omed), « adam »,  ce que l’on appelle le « coeur de la prière quotidienne » (amida), et le « pourquoi » (madoua). Homo erectus ! Il a bien fallu qu’il se redresse pour échapper à l’étant zoologique. Etre debout, devenir un homme, c’est aussi s’interroger, et questionner c’est comme être au cœur de la prière. A l’entrée du temple de Jérusalem, les piliers Jakin et Boaz furent fondus par Hiram et placés à cet endroit pour que tout homme, qui y entrait, réintègre en lui cette orientation : la verticalité (amoud) mais surtout le questionnement (madoua). Le temple est le lieu où l’homme doit être debout, c'est-à-dire parlant et questionnant. Le debout et à l'ordre, ouverture sur la parole, est alors le surgissement du temple qui s'érige comme lieu où l'on peut être debout, prêt à avancer vers soi-même.

 

 

 

 

Le dialogue demeure le moment crucial afin de surmonter les désaccords et d'instaurer la compréhension à la fois comme participation et partage. Chacun doit s'adresser à l'autre et recevoir ses propos par et à travers "une écoute poétique" de ce qu'il dit :    " Tout vrai dialogue implique donc qu'on s'incline devant l'autre, qu'on accorde à son point de vue une réelle importance et qu'on pénètre dans son esprit pour comprendre non l'individu, mais ce qu'il dit. Ce qu'il nous faut saisir, c'est la validité essentielle de son opinion pour qu'il puisse y avoir entre lui et nous entente sur ce dont il est question ". Le succès du dialogue entre les individus à propos de l'objet de préoccupation est conditionné par le principe de la finitude, selon lequel les individus doivent accepter les limites de ce qu'ils savent et que le savoir est une connaissance partagée. Comprendre, c'est parvenir à un consensus (compréhension entente), c'est faire intégrer la vérité de l'objet dans notre monde et éclairer le sens qu'il a pour nous. Il s'agit en somme d'étendre le champ de la compréhension comme apprentissage et d’inscrire la vie et ses préoccupations dans une perspective et un "horizon" plus large. L'herméneutique de Dilthey (philosophe des sciences sociales du 19ème siècle) est une philosophie de la vie articulée sur la logique des expériences vécues. La compréhension de soi et d'autrui s'inscrit dans le foisonnement inépuisable hic et nunc de l'expérience. Dilthey renverse la conception hégélienne de l’Esprit pour désigner non pas ces expériences spéculatives qui s'acheminent vers un savoir absolu, mais des expériences vécues qui s'enracinent dans le monde de la vie: l'art, la philosophie, la religion, la logique et les sciences ne sont pas des formes de savoir fondues dans un savoir absolu et clos, mais des expériences vitales et des manifestations de la pensée historique.

 

 

Les chéroubims, mâle et femelle, placés sur l’Arche d’Alliance, se font face, et dans leur posture semblent s’interroger l’un l’autre.

 

 

 

 

Et  ce que Freud a génialement introduit en psychanalyse c’est le couché-écoute-debout. La mise sur le divan, pour le temps de la parole écoutée par l’analysant, suivie du relèvement de l’analysé, c’est l’être restauré dans sa verticalité après l’horizontalité où l’écoute a redonné une dimension, une consistance vécue dans l’altérité, une réparation du manque de l’autre.

 

 

 

 

En clair et pour résumer :

 

 

 

 

L’identité hébraïque c’est l’arrachement qui indique un « là-bas », lequel équivaut au Livre. Le Livre est vivant par l’interprétation, il incarne alors la loi universelle de justice et de bonté.

 

 

 

 

En pratiquant l’éthique, l’homme est debout, prêt au mouvement vers l’autre, à la fois horizontalement vers le prochain et verticalement vers le gadlu.

 

 

 

 

 

 

Ainsi le rite de la posture du « debout et à l’ordre » peut être considéré comme la concrétisation de la mémoire qui invite à l’accomplissement de la transcendance. Et cet accomplissement opèrera, de proche en proche, la libération du gadlu.

 

 

 

 

Il faut choisir, certes. Peut-être faire un pari ridicule. Dieu a choisi, mais il attend éternellement que nous lui redonnions sa liberté avec la nôtre. Si l’on ne veut pas du choix, qu’on ait au moins le courage ou l’impudence, ou tout simplement la sincérité, de ne plus parler d’être, mais du néant, un néant qui n’aurait alors avec le Dieu vivant que le privilège de l’éternité.

 

 

par Solange SUDARSKIS publié dans : planches maçonniques
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Lundi 1 août 2005

12- Accueillation

 

 

 

M

 

 

on F\, ma S\, l’aube n’appartient pas à la F \M\, car nous travaillons de midi à minuit, et pourtant, c’est dans un commencement  de lumière que nous vous avons accueillis.      

 

Désirer l’initiation comme vous l’avez fait est un premier pas vers plus de lumière. Elle est à conquérir. Vous avez entendu les chaînes qui gardent la porte du Temple, nous les avons, ce soir, enlevées pour vous ! Elles sont un gardien du seuil comme d’autres qui ont pour nom dragon ou illusions ou manque de volonté. La prochaine fois il faudra trouver le moyen d’entrer, de passer la porte par vous-même. L’humilité en est la vraie clef. C’est pourquoi l’initiation ne nous est pas donnée. Elle est  une quête à travers les épreuves qui s’imposent à nous.

 

La tradition de la cérémonie d’initiation de l’apprenti considère que les trois voyages que vous avez effectués sont 3 épreuves que vous avez traversées et desquelles vous avez triomphé.

 

J’en ajouterai une 4ème : l’épreuve du miroir. En Egypte, le miroir s’appelle l’ouvreur de visage. Car c’est bien de toi qu’il s’agit mon F\, ma S\ 

 

Il faut un regard de courage pour se remettre en question. Ce n’est pas la complaisance que le miroir te propose. Mais pour un esprit qui réfléchit, il y a dans ton miroir ta parcelle de lumière. Qu’elle soit une épée de lumière pour les combats à mener et tout particulièrement celui contre toi-même et cette arme resplendira dans ton questionnement du monde avec les symboles qui en sont le langage.

 

Les symboles nous délivrent des messages. Ils sont des ponts entre notre réalité vécue et celle de l’univers, des ponts de compréhension, des ponts de sensibilité. Ils nous permettent de prendre contact avec ce que l’intelligence, dans sa finitude, ne peut pas comprendre. Ils sont des catégories de pensées, ils sont indicateurs de comportement. Les symboles souvent associés aux mythes nous disent la voracité, la maternité, la haine, l’amour, la peur, la solitude et même le meurtre, ils nous disent aussi l’équilibre, l’harmonie, le mystère. Ils nous montrent l’homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, et avec le cosmos.

 

 

 Ici tout est Symbole. La F \M\ nous propose avec des symboles de pacifier, de fraterniser tous nos rapports d’être. Il faudra en découvrir la méthode. Le second Surv\notre S\ V. sera votre guide particulier pour vous conduire vers cette fraternité initiatique.

 

 

Aujourd’hui, vous avez consenti à changer de peau ; vous avez accepté d’abandonner dans la caverne des gestations, la vie connue pour plonger dans l’invisible de la lumière maç\; il vous faut intégrer cette transformation.

 

Le travail initiatique se développe de grade en grade, avec des degrés spécifiquement liés à des sensibilités différentes et à la faculté complexe de vivre sur plusieurs niveaux en même temps.

 

Devenir sensible à sa vie quotidienne et vouloir la modifier consciemment en trouvant une tonalité du cœur, n’est pas simplement une pensée philosophique, mais un réel travail spirituel demandant un effort et une volonté active pour sacrifier quelque chose, pour renoncer à des modalités du moi afin de se créer autre et d’agir sur le monde. Chaque acte, chaque émotion, chaque pensée, en fonction de sa modalité, de sa tonalité sature le monde de sa substance, de sa nature de bien ou de mal et affecte l’ordre de ce monde. Si notre Temple est orienté, c’est pour nous orienter. Nos irremplaçables tenues et leur égrégore disposent favorablement l’esprit et orientent le cœur vers la sagesse, la force, la beauté et surtout vers la fraternité.

 

 

Le temple maç\ fait de nous des F\, des S\.  Etre frère c’est avoir la même  ascendance, donc avoir la même origine.

 

Etre fraternel, c’est considérer toute vie comme équivalente d’une autre, quelle que soit sa valeur. C’est dépasser les différences pour ne retenir que ce qui nous est commun. C’est accepter l’autre  pour lui-même. C’est ne pas vouloir par une sur-conscience diminuer l’autre pour se grandir. Si les hommes doivent se comprendre, ils doivent se reconnaître, et pour se reconnaître, il faut qu’ils se rencontrent sans se mutiler, sans s’appauvrir, sans se renoncer. Il faut cesser d’être œdipien, pour pouvoir devenir fraternel. C’est à dire qu’il faut renoncer à tuer le père en sortant d’un système de hiérarchie profane, hiérarchie des êtres, hiérarchie des cultures, pour retrouver en l’autre quelle que soit son histoire, notre propre altérité.

 

C’est peut-être ce que signifie aussi être « enfant de la veuve » comme nous le disons en F\M\ Ne plus avoir de père nous met provisoirement à l’abri de telles tentations ou pulsions homicides, prédatrices.

 

Ici nous est offerte la connaissance de certains aspects de la vie universelle, cachée par les ténèbres, c'est à dire par les penchants de l’ego, les peurs, les envies, l’animalité, l’ignorance. Souvent les sages parlent d’une sagesse raisonnable, mais il faut un peu de folie pour penser le sacré.

 

En effet, le sacré ne peut s’exprimer qu’à travers des êtres qui parlent et agissent avec un monde multidimensionnel. Toute idée de  sagesse qui dérange nos conceptions du monde profane mérite l’attention de l’initié qui veut réellement se rapprocher du secret de l‘univers.

 

Il n’est pas question en F\M\d’élaborer un univers clos, dans lequel l’initié serait enfermé. L’univers franc-maçonnique est celui du pluralisme confiant. Cet univers est représenté symboliquement, c’est donc par une indication, une suggestion qu’il se rend intelligible. Il importe à chacun de le découvrir et de le construire avec sa propre liberté.

 

Osez accomplir le voyage de l’indifférence vers la fraternité, du raisonnable vers la folie, du savoir vers la connaissance, du plaisir vers la joie, de vous à vous-mêmes.

 

La F \M\s’offre à vous ce jour, comme un arbre fleuri. Elle vous propose d’accueillir tout ce qui est. Il y a une nourriture vivante à recueillir  ses fruits qui sont nos œuvres. Ne laissez pas pourrir cet arbre. Pour cela il vous faudra cultiver avec Sagesse, Force et Beauté le questionnement incessant et renouvelé du monde car comme l’écrit le Philosophe : « La tradition est la plus belle des libertés pour la génération qui l’assume avec la conscience claire de sa signification, mais elle est aussi l’esclavage le plus misérable pour celui qui en recueille l’héritage par simple paresse d’esprit. »

 

Tente, mon F\, ma S\, de célébrer l’union de toutes les formes de Vie : " Connaître le monde dans ses différentes manifestations, ses couleurs, c’est une connaissance du soir. Le connaître dans son unité c’est une connaissance du matin " nous dit Christian Jacq. Que le jour enchaîne ses alternances de lumière et ne s’achève pas pour vous.

 

La lumière n’est pas offerte facilement ; elle viendra progressivement, lentement et puis à force de progresser, elle sera la paix, cet inestimable salaire pour les épreuves infligées par la vie. 

 

 Lors de l’érection de tout édifice majestueux ou grandiose, il est coutumier de poser la première pierre ou pierre de fondation au Nord-est du bâtiment.

 

 

Mon F\, ma S\,  ta présence sur ta col\ au nord-est de la loge augmente les dimensions de notre Temple de fraternité.

 

 

Tous ensemble, faisons rayonner notre temple, pour qu’il féconde un peu plus l’humain qui est dans l’homme.

 

par Solange SUDARSKIS publié dans : planches maçonniques
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Lundi 1 août 2005

9 - Le fruit de l’Arbre de Liberté

 

 

 

 

D

 

épister les parcelles de vérité qui sont intelligibles à l’esprit humain, devenir des espions du mystère, voir, toucher, vivre dans sa présence, plonger où il est le plus profond, le plus doux, le plus central, le plus transcendant, dans le ruissellement des énergies nous emmenant sur un autre plan de vie.

 

Et si c’était nous qui créions l’univers et actualisions le mystère ? Grande serait notre responsabilité, et « choisir », dans les renoncements que cela implique, choisir serait faire prendre des risques à l’avenir de notre devenir collectif.

 

Sur la planche à tracer, lieu de notre quête de l’esprit à partir de la matière, j’ai tenté de parcourir une fois encore « l’arbre de liberté » dans le sens (en direction) de « déterrer la bible ».

 

La Bible parle dans Gen29 de deux arbres dans le Paradis : « Elohim fait germer de la glèbe tout arbre convoitable pour la vue et bien à manger. L’arbre de vie, au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal »

 

Dans les exégèses mystiques, l’arbre de vie est aussi désigné par l’arbre de liberté.

 

Ces deux arbres représentent deux sphères différentes du domaine divin : l’arbre de vie fut très longtemps identifié avec la Thora écrite, l’autre arbre, celui de la connaissance du bien et du mal, avec la Thora orale. Ainsi, il serait une organisation mystique de la Thora qui permet de la considérer comme vivante, puisque comparée à des arbres. La Thora écrite, comme l’entend l’usage ésotérique de la langue, dans les sources talmudiques, n’est que le texte du Pentateuque. La Thora orale, elle, désigne tout le reste, ce qui est présenté par les spécialistes de l’Ecriture et les sages : c’est la tradition explicative. La Thora orale représente, en somme, la tradition du peuple israélite ; elle est le complément et la concrétisation nécessaire de la Thora écrite. La Thora écrite est comprise comme un symbole de la partie dispensatrice de la Divinité et la Thora orale est considérée comme un symbole de la partie réceptive. La totalité de la révélation n’est donnée que dans la totalité de l’unité Thora écrite + Thora orale.

 

L’organisme ardent de la Thora qui brûlait en feu noir sur feu blanc devant D. est à comprendre ainsi : le feu blanc est la Thora écrite dans laquelle la forme des lettres n’est pas encore visible, mais qui reçoit cette forme des consonnes ou des points- voyelles que grâce à la puissance du feu noir, qui est la Thora orale. Ce feu noir est comme l’encre sur le parchemin.

 

Donc, c’est dans l’accomplissement que s’écrit aussi la Thora. Ainsi l’arbre de la connaissance du bien et du mal identifie la Thora dans son existence historique, dans sa relation avec les choix faits par l’humanité de manger ou de ne pas manger, de faire ou de ne pas faire. C’est pourquoi l’arbre de la connaissance c’est aussi l’arbre des restrictions, des défenses, des limitations ; tandis que l’arbre de vie est l’arbre de liberté dans lequel la dualité du bonheur et du malheur, du bien et du mal, n’était pas encore visible, mais dans lequel tout était tourné vers l’unité de la vie divine, qui n’était encore atteinte par aucune restriction, ni par la puissance de la mort ou par tous les autres aspects de la vie qui apparurent seulement après la consommation de cet arbre, consommation considérée comme le pêché originel !

 

On retrouve cette idée d’unité brisée et le dualisme de ces deux arbres avec les deux groupes de Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï. D’après une vieille idée talmudique, le poison du serpent, qui avait contaminé l’humanité à partir d’Eve, avait perdu ses pouvoirs avec la révélation du Sinaï. Les cabalistes écrivent que les premières Tables, qui avaient été données avant le pêché du veau d’or n’ont été lues que par Moïse et provenaient de l’arbre de Vie.

 

Les secondes Tables qui furent données après que les premières furent brisées, provenaient, elles, de l’arbre de la connaissance.

 

Ainsi les premières Tables, contenant une révélation de la Thora , correspondraient à l’état originel des hommes, lorsqu’ils se laissaient guider par le principe de l’unité incorporé dans l’arbre de vie. Cette Thora eut été plus spirituelle, transmise pour un monde dans lequel révélation et rédemption coïncideraient, dans lequel le pouvoir de la mort n’avait pas besoin d’être maîtrisé par des défenses et des restrictions.

 

Le Mystère eut été intégralement révélé. Le feu blanc serait devenu visible.

 

Mais on connaît la colère terrifiante du bègue, Moïse le bélier, devant l’idolâtrie du veau d’or !

 

On casse, on brûle, on tue (Ex 33.28) Les Benéi Lévi font selon la parole de Moïse, Il tombe du peuple, en ce jour, 3000 hommes environ.

 

Mais on regrette, on se repent malgré la nuque dure ; alors on recommence, on s’éloigne, on s’isole et on remonte, car il s’agit de s’élever et on retranscrit (Ex 34.28) Et il est là avec Adonaï, 40 jours et 40 nuits. IL écrit sur les Tables les paroles du pacte, dix paroles sur les nouvelles tables. La Thora paraît dans son vêtement historique. Certes elle a encore des niveaux cachés de mystère infini, mais la lumière n’est visible qu’à travers le bien, alors que le mal doit être combattu et limité par les commandements, des interdictions que l’on pense être des contrepoids au mal. La Thora est alors la coquille dure, inévitable dans un monde où règnent les forces du mal. Mais dans l’accomplissement l’homme est capable de briser cette coquille extérieure et de pénétrer jusqu’au noyau, jusqu’à l’arbre de liberté.

 

Tout particulièrement pour notre F\G., je dirai à propos de ces deux Thora :

 

Lorsqu’il est dit dans le cantique (4.11) : Le miel et le lait sont sous la langue, cela peut vouloir dire que le langage dissimule puis révèle l’infinie douceur et l’infinie valeur nutritive de la pensée spirituelle. Le miel et le lait étant des métaphores de la Thora écrite et de la Thora orale.

 

Cette pensée est pleinement humaine mais aussi pleine de  D. lorsqu’elle en respecte la Discrétion et fait de sa Loi une nourriture ; le lait est appelé h’eleb parce qu’il vient du leb (cœur) ; il est mêlé au miel, né des allées et venues, du suc des fleurs mélangé au suc d’autres fleurs, par un tisserand de douceur, l’abeille qu’on appelle en hébreu débora, celle qui tisse le dabar, la parole qui irrigue la pensée vers les cieux des cieux.

 

Dans le Zohar, le livre de la Splendeur , texte fondamental de la pensée juive, Moïse de Léon écrit : Car on appelle la Thora l’arbre de Vie… La Thora a une tête, un corps, un cœur, une bouche et d’autres membres de la même façon qu’Israël.

 

C’est à partir de cet anthropomorphisme de la Thora considérée comme un organisme vivant, de cette organisation mystique de la Thora où le nom de D. est incorporé (puisqu’il est dit que la Thora est tissée avec le nom) c’est à partir de cela que je me demande : comment rencontrer la transcendance ?

 

En allant vers Elle?

 

En La faisant venir vers nous?

 

En La faisant exister en L’actualisant?

 

Et je me pose ces questions comme les néoplatoniciens qui voyaient déjà, dans la similitude d’aspect (ou isomorphisme) la traduction d’une relation ontologique (science de l’être) essentielle grâce à laquelle il est possible de penser que l’objet matériel d’un rite puisse agir sur une composante déterminée de la structure du plérome divin (de l’arbre de Vie) en vertu du principe philosophique de ressemblance et d’identité.

 

Mais avant, je voudrai essayer de vous évoquer le monde des attributs de la manifestation divine : Le plérome est décrit en langage symbolique, car la perception directe, et nous le comprenons, n’est pas accessible à l’esprit humain.

 

Comme 10 paroles, 10 séphiroth, 10 splendeurs organisent les attributs de la manifestation en un archétype spécifique. La structure est comme un modèle sur lequel se fonde tout ce qui est manifesté. On nomme cette structure Image de D., mais on la connaît davantage sous le nom d’arbre de vie, de plérome. Le flux qui manifeste les 10 séphiroth peut-être visualisé comme un éclair de lumière zigzaguant d’une position centrale (Equilibre) vers la droite (Expansion et masculine) et vers la gauche (contrainte et féminine). La structure fait apparaître ainsi 3 colonnes verticales du diagramme de l’arbre de vie, connues sous le nom de Piliers.

 

Les séphiroths se définissent au départ comme les attributs du divin mais on peut aussi les comprendre en terme d’expériences humaines.  Les cabbalistes parlent d’attributs et de sphères de lumière, mais dans le même contexte, ils parlent aussi de noms divins et de lettres ; ces lettres avec lesquelles les noms divins sont formés. On peut alors dire que le monde secret est un langage; un monde de noms divins qui se développent selon leur propre essence. Attention ! Les lettres et les noms ne sont pas seulement des moyens conventionnels de communication. Ils sont le mystère. Chacun représente une concentration d’énergie et exprime une plénitude de sens qu’il est absolument impossible de traduire. L’unification du plérome est le nom sacré : le grand nom, l’imprononçable, le tétragramme n'en étant qu'une des formes.

 

Dans Isaïe 43.7 il est écrit : Ne frémis pas, oui je suis avec toi, chaque être appelé par  mon nom ; car je l’ai créé pour ma Gloire, Je l’ai formé ; oui je l’ai fait.

 

Ces quatre niveaux exprimés par les verbes appeler, créer, former et faire existent au sein de l’arbre de vie. Ils correspondent symboliquement à racine, tronc, branche et fruit. On les perçoit également dans les quatre stades de la manifestation à partir de la  source  du tout, du Un.

 

Le premier niveau, associé avec le feu, est le plus proche du sommet de l’arbre, il représente la volonté pure (l’appel divin). Le deuxième, associé à l’air, est le symbole d’intellect (de la création divine). Le troisième niveau, associé à l’eau, est conçu comme l’expression de l’émotion sous ses formes changeantes (la formation divine). Le quatrième, associé à la terre, parle d’action, de faire, d’exécution pratique (le faire divin).

 

Chaque niveau inclut les qualités et les activités du niveau supérieur de sorte qu’en descendant le long de l’arbre, les lois sont plus nombreuses, la structure plus complexe et tout est plus éloigné de la source.

 

Retenons que le mythe de l’unité divine est inscrit comme suprême concentration dans un symbole infini, dans lequel toutes les images et tous les noms font allusion au moyen par lequel D. se communique à travers les niveaux de sens différents. Le mystique qui s’y penche est entraîné vers des significations intérieures de plus en plus profondes de la connaissance

 

Comme le dit Pierre Teilhard de Chardin : là surtout, l’Energie créatrice nous attend, sûrement prête à nous transformer au-delà de tout ce que l’œil humain a jamais vu, ni son oreille entendu. Qui peut dire ce que D. ferait de nous, si nous osions, sur sa parole, suivre jusqu’au bout ses conseils et nous livrer à la providence ? Pour l’amour de l’univers, jetons nous sans trembler dans le creuset du monde à venir !

 

Appeler, créer, faire et maintenant c’est du faire dont il va être question, de notre faire, de nos actions, de l’accomplissement d’un acte concret à partir duquel on va essayer de refaire pour former, créer, appeler, de retrouver la racine qui est en haut, en partant d’une cime qui serait en bas.

 

Le rituel en tant que « faire » doit permettre une compréhension ou une actualisation de la transcendance dans un acte humain qui reçoit dans le monde de l’arbre de vie sa valeur mystique.

 

 

 Est-ce qu’un acte sacré peut être mis en scène pour, non seulement représenter le mystère, mais en même temps l’exciter, le faire exister ? De manière efficiente, existe-t-il un rituel qui instaurerait, restaurerait, conserverait, amplifierait, voire attirerait la Transcendance  ?

 

Dans la cabbale, celui qui accomplit la mizwa (il en y a 365 + 248= 613 à pratiquer par jour !) fait toujours quelque chose de double.

 

Il présente son être transcendant mais en même temps il conduit à cet être un influx de puissance, et celui qui agit ainsi donne pour ainsi dire l’existence à une parcelle de D. lui-même (si l’on peut s’exprimer ainsi)                               .  
Alors le rituel comme accomplissement cosmique ! Autrement dit, un acte ouvrirait sur une perspective sur l’infini. Le rituel exercé dans un rite doit être ainsi vu comme l’image corporelle finie de quelque chose qui existe en soi dans le plérome des séphiroth, dans la substance mystique de l’arbre de vie. Et ce qui permet le changement de niveau du rituel traditionnel en un rituel mystique qui s’accomplit sur la scène cosmique, à travers tous les mondes, c’est l’intention qui accompagne l’acte d’accomplissement.

 

Si quelqu’un accomplit l’acte sacré sans une intention juste, alors il est comme un corps sans âme écrit Isaac Louria.

 

Il est des techniques d’accomplissement d’actes rituels avec une telle intention  dans toutes les pratiques initiatiques. Il s’agit toujours de permettre la montée des plans inférieurs jusque dans les hauteurs les plus élevées qui s’épanchent ensuite jusqu’au niveau inférieur pour les inonder d’un flux de vie ontique.

 

Très caractéristique sous ce rapport, on peut reprendre à partir du Zohar les 4 stades de la prière de la communauté ; chacun de ses stades est considéré en même temps comme un perfectionnement, une amélioration, une restauration. Qu’est-ce qui est perfectionné, restauré dans ces 4 stades ?

 

Premièrement c’est l’homme lui-même qui se purifie et se perfectionne dans l’acte sacré.

 

Deuxièmement, c’est le monde naturel de la création qui, s’il lui était donné un langage éclaterait avec l’homme en hymnes. Troisièmement, c’est le monde supérieur des ordres des anges. Quatrièmement, la restauration faite par la prière n’est pas autre chose que le nom sacré lui-même, le nom de D. dans lequel est conçu le monde séphirotique. C’est la parole perdue.

 

De cette façon, celui qui acte monte du faire jusqu’au appeler de la divinité elle-même; il range quelque chose de la création et accomplit quelque chose qui appartient à son unité parfaite.

 

Ordo ab chao ! Mais surtout, ce quelque chose resterait latent sans son accomplissement. C’est ce que l’on peut désigner par une théurgie : un rite qui crée du divin.

 

La prière, c’est quelque chose de très difficile. C’est l’expérience la plus radicale du langage en mouvement. La prière n’est pas demander. La fonction de la prière est une expérience de transcendance de soi grâce à l’existence de D. qui est essentiellement une manière de se restructurer dans sa dignité, dans sa verticalité, d’être capable de sortir du chemin déjà tracé et d’allumer la lumière pour toujours, celle du temple à 7 branches et qui est l’arbre de vie.

 

Tout ceci n’est intelligible que si l’on accorde au pouvoir de manipuler certains signes linguistiques, de les écrire, de les brandir ou de les prononcer, la capacité de modifier, en bien ou en mal, l’univers surnaturel. Le nom sacré n’est pas seulement le symbole du dieu manifesté et des séphiroth qui forment son unité pléromatique, le nom imprononçable est une sorte de code génétique, par lequel le divin peut se faire et se défaire. L’action théurgique restauratrice viserait à réparer un  défaut introduit de l’extérieur au sein de la divinité. Cela suppose qu’un certain geste ou une certaine parole puissent dépasser les limites du monde naturel et pénétrer dans des régions inaccessibles dans un continuum invisible.

 

La fonction du rituel, tel qu’il apparaît aux chercheurs de mystère, est de lier les hommes en tant que microcosme avec le grand monde ou le grand homme primordial, qu’il ait nom Dieu, Transcendance, Unité, Gadlu, Adam Kadmon. Pour moi, la place occupée par les officiers participe d’un rituel qui, en définissant une géométrie sacrée, permet cette reliance.

 

Ouvrons le Temple, entrons dans le jardin de l’Arbre de liberté.

 

 

A l’orée du monde profane et du monde sacré, entre le monde inférieur et le monde supérieur, le couvreur dans sa sphère de lumière est en Malcouth, le royaume ! Il est la transition