Bien venu(e)

Des chemins à partager, pour accepter la réalité plus belle que tous nos rêves.
Lundi 1 août 2005

7 - Je limite

 

 

 

V

 

enir vers la F \Maç\, revenir vers soi-même pour advenir aux autres est fondamentalement une démarche initiante. Elle peut naître de l’expérience de la fugacité du monde, du vide. Une telle expérience peut éveiller une espérance d’homme. Lorsque l’esprit humain trouve la force d’une orientation nouvelle comme celle de la F \, ce qui était voué à la perte devient une source de force et d’action. Naître en F\Maç\, cependant, n’est pas un point d’arrivée. C’est un point de départ, comme l’ombre d’un bâton planté en plein midi qui initialise la construction d’un temple, un début où rien n’est acquis d’avance ni pour toujours.

 

Je pourrais même dire que cela comporte des étapes, des stations dont on retrouverait un exemple dans le cheminement abrahamique de Ur jusqu'à Canaan. Ce cheminement comporte des  épreuves qui sont à vivre dans le rapport à l’environnement et dans le rapport à soi-même.

 

A Ur, Abraham s’arrache d’un monde où tout est compté, pesé, mesuré : l’arrachement 1ère étape. Pour cela il a besoin de se recueillir. Dans ce recueillement qui est absence au monde extérieur, il y a la descente pour écouter la voix qui parle au dedans, alors il y a l’accueil, l’hospitalité. En se retirant de l’extériorité profane, on lui donne un  abri. Le recueillement est la 2ème étape. Puis Abraham apprend à vivre en témoignant dans l’absence comme si c’était de la présence. Il est le témoin qui soutient un événement qui s’est passé et ne se voit plus. A chaque migration, à chaque épreuve, il garde confiance et avance comme une étoile dans un monde qui s’éteint. La persévérance est la 3ème étape. Et puis arrive l’enfant et le sacrifice à consentir.

 

Il est appelé à briser son narcissisme, son égocentrisme et à renoncer à la tentation d’adorer un Dieu qui ne serait que la projection de ses désirs et de ses attentes. C’est à travers l’épreuve sacrificielle le passage où l’homme apprend à se détacher de lui-même pour s’ouvrir réellement à la transcendance. L’alliance est la 4ème étape.

 

Ces chemins des commencements initiatiques sont expérience d’autrui, accomplissement de sa propre transcendance et non pas confort narcissique du repliement sur soi.

 

 

Il y a ce même paradoxe de la F \M\, commencée dans la solitude de l’individu avec le connais-toi toi-même dans la descente de la colonne B\, dans l’intimité d’une expérience secrète et personnelle, elle se découvre, un jour, authentique-expérience-collective et devient ouverture sur la société. C’est à ce moment-là que se joue l’enjeu historique qu’elle porte en elle. En effet, il ne s’agit pas d’un changement qualitatif (une nouvelle association), mais d’un réel saut qualitatif à travers lequel une nouvelle logique se met en place et qui exige de ceux qui viennent à elle, de ne plus se comporter comme s’ils étaient toujours dans leur intimité, mais au contraire de prendre conscience de l’effet social de leur démarche et des implications qu’elle prend pour la collectivité.

 

 C’est la dimension « politique » de l’esprit de la F \M\qui est en question ici ; c'est à dire sa capacité à vivre dans la cité et à s’y développer, sa capacité à être un modèle d’éthique et d’action. Aujourd’hui avec le cocooning, c’est plutôt le repli sur soi qui semble triompher, qui écarte plutôt qu’il n’accueille.

 

Ce serait une grave erreur d’appréciation que de voir dans les rites  de la Tradition une occasion de pouvoir, de conservation ou de confirmation d’un statu quo ante plutôt que de voir des obligations de créativité, des efforts, des structurations d’imaginaires et d’inventions. La F \M\ n’encourage pas la jouissance solitaire d’une situation mais l’exigence envers soi.

 

Le concept de Tradition est utilisé parfois pour asseoir une autorité et intimer le silence à ceux qui apportent avec eux l’élan créatif. La F \M\ prend tout son sens si elle crée un monde nouveau, si elle s’ouvre au XXIe siècle et non pas au XVIIIe , fut-il celui des lumières, si elle témoigne encore de la créativité de la parole pour l’humanité.

 

Pour cela il faut agir, créer, construire, écrire, dire, aider, et non pas se reposer. Les F.M. n’aspirent pas au repos. Il s’agit de continuer l’histoire. C’est en affrontant les défis de la fin du XXe que s’affirme l’esprit de la F \M\ , non pas en se repliant dans un royaume imaginaire d’illustrissimes et de purs symboles si merveilleux !

 

Quelle que soit la critique de la modernité, quoi que l’on fasse, nous sommes des hommes et des femmes modernes.

 

 Le choix de la F \M\ n’est pas le refus des autres philosophies au profit d’une pensée dogmatique, c’est-à-dire qui chercherait à imposer ses propres valeurs maç\, c’est au contraire une vigueur nouvelle de la pensée, de l’intellectualité aussi qui puise ses sources dans l’universel et la liberté. Ce qui fait la centralité de la pensée maç\, ce sont ses marges ; c’est la capacité de ceux qui y adhèrent de la faire entendre et comprendre à ses marges au monde profane. Que la parole maç\ devienne audible à son environnement, c’est cela son rayonnement. Une lumière ne rayonne que parce qu’elle parvient à l’obscurité et passe par l’obscurité pour se communiquer. L’universalité de la pensée maç\ c’est aussi son ouverture au monde, à tout le monde.

 

La F.\M \ est une communauté de témoignage de ce qui est inscrit au cœur du meilleur de l’humain. Elle s’abrite dans son unité cachée; mais au dehors les ténèbres attendent cette lueur de l’aube où la présence est imminente, attendue, espérée; et nous sommes tous comptables de la lumière à donner pour l’avoir reçue.

 

Poursuivons au dehors l’œuvre commencée dans ce temple.

 

 

Seulement, voilà : que signifie cette 1ère personne du pluriel de l’injonction « poursuivons » : VOUS, mes F\et mes S\et MOI ?  Le vén\\ qui prononce la phrase ? Ou bien NOUS tous ensemble ? Je, Nous ? C’est passer par le tissage d’un singulier à une communauté et il me semble qu’un projet  à visage humain, un pro-je maç\ réaliserait pour tous ensemble une des bases possibles sur laquelle s’érige les temples maç\

 

La reliance de l’Arbre de Liberté ne pourrait-elle pas se continuer, s’exister au dehors ?

 

Si notre Gd\ Exp\ fait promesse pour une chaîne d’union, il le fait, comme il l’avait évoqué dans une de ses planches, es qualité pour l’unité du groupe, pour la loge en tant que telle. Et pour moi, cette promesse permet d’interpréter la 1ère personne du pluriel comme un NOUS. Alors je propose ma réponse : de cette consigne, faisons une conscience ! Que notre resp\ loge entreprenne un projet. Choisissons le intellectuel, social ou à l’égard de quelqu’un; en France ou à l’autre bout du monde, là où  nous attend l'urgence.

 

Fixons les objectifs, les modalités matérielles et morales, et que l’Arbre de Liberté soit aussi un arbre de vie souché sur le rêve de la réalité.

 

C’est la vertu de l’hospitalité au sein du recueillement que je nous propose pour sceller, tous ensemble, notre alliance avec l’humain ; en somme pour habiter cette région cruciale de l’âme, où la fraternité s’oppose au mal absolu.

 

 

par Solange SUDARSKIS publié dans : planches maçonniques
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Lundi 1 août 2005

6 - Le myste et le poste à galène

 

 

 

 

U

 

ne S\ m'a offert ce lundi une carte postale, reproduisant le tableau «  La Lecture  » de Fantin-Latour, où l'on voit deux femmes, vêtues de noir, assises dans un salon, dont l'une, brune, fait la lecture à l'autre, blonde.

 

Mais c'est l'illustration même du myste et du poste à galène lui dis-je! Elle me désigne alors la femme silencieuse et me dit: c'est elle l'app\ qui écoute, là est le M\ parce qu'elle enseigne en lisant. Et je lui répondis: Peut-être pas, le M\ doit aussi être à l'écoute de l'app\, on ne peut dire qui enseigne l'autre.

 

 

Ne pas cueillir le fruit qui veut mûrir encore,

 

Ecouter en patience.

 

Le M\ est parfois un guide pour l'app\

 

J'ai cheminé ainsi, quelque peu, avec l'app\ M.A. et de nos voyages au cœur des choses, je vous rapporte quelques feuillets de mon carnet.

 

 

C'était un jour de plein été. Il avait plu. Malgré l'averse tumultueuse, elle était venue et maintenant, sur le pas de porte, trempée, elle me regardait avec cet étonnement qui lui ouvre les yeux de ce sourire attentif qu'elle a chaque fois qu'elle me parle.

 

Salut, petit myste deviendra grand, pourvu que maître lui prête attention.

 

Tu n'étais pas obligée de te mouiller à ce point pour revivre ton initiation par l'eau, tu sais chez nous, on est délicat, le bout du doigt suffit. Tu t'en souviens ?

 

Elle entra dans mon après-midi avec son incessant questionnement et nous installa sans préambule dans nos échanges aussi avidement que d'habitude.

 

Cela suffit-il vraiment ? De toi à moi, alors cela voudrait dire qu'il ne s'agit pas d'une épreuve mais d'une ablution. On est loin d'épreuves dans l'eau à n'en plus pouvoir, d'immersion totale, de courants qui emportent jusqu'aux métaux, voire même dans le cas d'un petit bain de minuit en Afrique d'une traversée de rivière au milieu des crocodiles ou des piranhas. D'autres initiations imposent pourtant cette vérité de l'élément eau.

 

Ainsi Gérard de Nerval, dans le voyage en Orient, narre l'épreuve de l'eau lors de l'initiation d'Isis.

 

Au-delà se trouvait une rivière qu'il fallait traverser à la nage. A peine, le néophyte avait-il atteint le milieu, qu'une immense agitation des eaux, déterminée par le mouvement de 2 gigantesques, l'arrêtait et le repoussait. Au moment où ses forces allaient s'épuiser, il voyait paraître devant lui une échelle de fer qui semblait devoir le tirer du danger de périr dans l'eau. Ceci était la 3ème épreuve.

 

A mesure que l'initié posait un pied sur un échelon, celui qu'il venait de quitter se détachait et tombait dans le fleuve. Cette situation pénible se doublait d'un vent violent qui faisait trembler l'échelle et le patient à la fois.

 

Le danger et le bien-être, la paix et l'effroi, l'inconnu face auquel on se mesure nous sont donc épargnés. Est-ce à un ramollissement de nos mœurs que je dois d'être indemne ?

 

Notre rapport aux éléments, à l'eau comme à l'air, au feu, à la terre, lors de l'initiation est de nature spéculative. Cela nous donne la possibilité de nous éviter les vraies confrontations entre nous, nous-mêmes et le cosmos. On parle, on bavarde, on raconte, on se raconte. On ouvre aujourd'hui le transistor sur radio- énergie sans pour autant se revivifier. Autrefois il y avait un risque réel à se brancher sur certaines stations "Ici Londres". Je ne te parle même pas du temps où Abraham ou Moïse se connectaient directement avec radio-Adonaï. Les bienheureux ! Pour eux comme pour leurs amis du moment, de tels contacts étaient bouleversants et chaque fois il y avait un avant et un après la parole entendue. Entre le bruit et le message, il y a ta conscience à l'écoute qui en fait la différence. Cela dit, l'ablution du bout des doigts n'est pas pour me gêner. On peut toujours agir après s'être interrogé sur une signification symbolique.

 

Demande à notre F\G. avec sa spéléologie, à ceux qui font du raft, ceux qui s'abreuvent d'un peu d'eau dans le désert.                  
D'ailleurs je préfère notre rite à celui du baptême…l'ablution du bout des doigts, cela signifie aussi ta corporéité et cela dit que les mains, en palpant ce qui est extérieur au corps, captent par leur prédisposition la souillure, mais aussi la purification. Elles sont comme des antennes.

 

Les tremper dans l'eau, c'est faire reconnaître à l'impétrant son désir de pureté, sa volonté de pureté en venant vers la F \M, mais aussi la nécessité de cette pureté.

 

Encore faudrait-il définir ce mot. Regarde !  Je pose mes mains sur les tiennes. Suis-je souillée ou purifiée par ce contact et toi?

 

Je dirai en tout cas que c'est bon, que je me sens attachée par un lien d'affection, le problème n'est pas la pureté mais l'élan vers ce qui me paraît   être le bien.

 

Au fait, après mon initiation, le soir même, en salle humide, j'ai vu des décors maç\ à vendre sur lesquels sont brodés des lettres et des symboles. J'interrogeais une S\ ou un F\sur la signification du M\ et du B\ et sur les autres figures géométriques que l'on retrouve sur les tabliers des M\ en loge. On me dit alors: ce n'est pas de ton grade ! Je me suis sentie exclue par ce silence abrupt sur une question qui, a priori, ne semblait pas inopportune, dans la mesure où cela m'est donné à voir. Que veulent dire M\B\ ?

 

Puisque tu sembles connaître le voyage en orient de Nerval, cela t'est totalement développé dans les nuits du Ramazan. Mais tu n'as pu associer les explications avec ces lettres, car tu ne sais encore à quelle circonstance exacte elles se réfèrent. C'est le problème de la dissimulation du sens. Le langage voilé t'est annoncé dès le début de ton initiation: Ici tout est symbole. Paraboles, allégories, mythes, rites, figures, cérémonies sont donnés ouvertement à lire mais surtout à déchiffrer.

 

Supposons que je te donne ma lecture d'un mystère, avec ma respiration, ma tonalité, mon histoire. Ce que je te donne à comprendre, c'est mon interprétation, donc c'est moi que je te donne à interpréter. Exit l'objet de ta question, bonjour, à travers le plaisir de montrer que l'on en sait un peu plus, l'égotisme ! Allons plus loin. Supposons que je puisse te donner une explication purifiée de moi-même, sans que je m'y projette, que crois-tu que tu obtiendrais ? Une coïncidence du signifié et du signifiant, du mot et du sens. Non mon myste ! Car les mystères enfouis ne sont pas dissimulés derrière un petit cache-secret. Il y a entre eux et nous les voiles de notre être qui créent une opacité qui nous est propre. En somme à chacun sa myopie sur la vérité à travers les lunettes de sa réalité.

 

Le même mystère, vu par chacune de nous deux, c'est comme un jardin suspendu, en dessous, au milieu, au-dessus duquel on se  promènerait. Chaque terrasse, pour qui se déplacerait, par effet de perspective, offre certaine images, mais revue de la terrasse supérieure procure de nouvelles révélations, de sens parfois opposé, et chaque degré du même jardin parle ainsi plusieurs langues différentes au même moment. Moi je ne puis te transmettre que ce qui s'exprime et ce que je vois ici te maintenant. Mais tu prennes un risque, celui de ne voir le jardin que d'un point de vue. Ce serait dommage que je rétrécisse ton monde, le monde à un petit taillis.

 

Et maintenant voici ma réponse à ta question.

 

Que dirais-tu à un profane qui te demanderait de lui expliquer ce que signifie le B\ qui est sur l'une de nos Col\, te le montrant sur une gravure allégorique, comme on en faisait autour de 1789 ?

 

Je lui répondrai bonbon, Bernachon (chocolatier lyonnais), bijou, baba au rhum, bichon, bonjour, bisous, tout plein de mots très doux et très sucrés. Ce serait tout de même dire, sans le lui dire, mon plaisir d'être un app\ F\M\

 

Tu vois comme c'est simple. Tu as répondu à ta propre question.

 

Avec sa gourmandise de comprendre elle insista.

 

Explique moi alors comment chercher où avancer vers ce que veulent dire M\B\ placés sur les tablier des M\

 

Et parce qu'une question ne doit pas rester sans réponse, mais parce qu'une question doit aussi être un questionnement, je tentai une autre approche.

 

Selon les rituels, on prononce les mots correspondant à ces initiales de manière différente mais cela évoque de toute façon le sens même du passage à la maîtrise, c'est à dire que ces lettres indiquent les voies mystérieuses par lesquelles l'homme peut s'alchimiser en initié. En tant qu'app\, il apprend à naître, en tant que comp\, il apprend à vivre et en tant que M\ il apprend à mourir. Avoues cela n'aurait aucun sens que je te montre ces voies aujourd'hui. C'est comme si tu vivais ta cérémonie d'initiation en ma seule présence. Je ne puis faire office de loge. Il faut 7 M\ pour qu'elle soit juste et parfaite.

 

 

A moi seule, je ne puis te guider vers tout ce que tu dois attendre de vivre dans nos ateliers, surtout à travers le rituel et le temple tout entier.

 

 

En attendant, cherche la signification ontologique de la croix, l'énigme des hexagrammes di Yi-king, la cosmogonie hébraïque cachée dans l'arbre des séphiroth et d'autres chemins encore de connaissance. Les gnoses ont une convergence qui va dans le même sens que les  lettres M\B\

 

Je lui indiquai alors quelques ouvrages, ardus certes, mais qui avaient fait palpiter un peu plus fort le cœur de ma pierre. Mais surtout je lui évoquais mes rencontres avec des êtres très forts et très libres.

 

Qu'ont-ils en commun ? Ce qu'ils ont en commun, c'est qu'ils me semblent ouverts sur un monde plus infini que le mien. Ils sont capables de voyager, entre blanc et noir sur le fil bleu, comme dans un espace illimité. Ils m'ont donné des clefs, mais je ne peux te raconter quelles portes je tente d'ouvrir avec elles. C'est encore trop intime, pas suffisamment mûri, pour que je puisse te restituer quoique que ce soit. Mais, cela travaille en moi, agit, m'agite vers ce que je sens confusément comme une très grande force de plus de sérénité, de moins de contingences, de plus de vérité de moi-même.

 

Je me tus quelques instants pour me mesurer à l'aulne de mes ignorances, de mes incapacités, sentant bien que le véritable apprentissage était encore à venir. Je me justifiai à haute voix.

 

Trop de social, trop de psychologique, trop d'égarements et de sollicitations du quotidien. Je crois qu'il y a des castes qui nous emprisonnent dans leur propre logique, comme des corporations psycho-socio-économico-intellectuelles. Tu vois, c'est facile d'être hypocrite, c'est plus difficile de jouer les existentialistes, enfin je veux dire d'être vraiment libre. Il faut tant de courage, tant d'effort. La liberté, cela se mérite probablement; même si on n'a pas tous le même prix à payer pour l'actualiser à chaque instant de sa vie.

 

 

Comme à chaque fois que je l'obligeais par mes questions ou mes réponses, qui n'en étaient pas, à répondre à ses questionnements, je sentis en ma jeune amie se revivifier son impatiente curiosité et son plaisir de se sentir avancer vers un exhaussement de sa pensée. En mon for intérieur, je la remerciais de m'enseigner à mon tour.

 

Elle m'offrait, au niveau de ses interrogations critiques, un sens de la diversité et de la relativité, une difficulté et une précarité qui m'obligeaient à me chercher moi-même au-delà des réponses et de trouver pour nous deux une convergence supérieure.

 

Si je te dis, poursuivais-je: on ne mesure les hommes qu'après leur mort, cela peut vouloir dire que l'on ne prend les mesures pour le cercueil que sur les cadavres. Mais cela peut prendre, bien évidemment, d'autres significations. A nous de les inventer au sens de devenir, trouver, créer. C'est une interprétation par rapport à toi, par rapport à la nécessité de tes questions. C'est cela le symbolisme: la création d'un monde, le tien, au-dessus du monde et où tout est symbole mais qui découvre ta réalité profonde. Le symbole ne doit pas être recherché seulement dans sa signification; il doit l'être dans son pouvoir.

 

Le symbole informatif, le symbole inspirateur, le symbole intercesseur, le symbole magique et l'objet de manipulation, le symbole articulant les significations, le symbole participatif, le symbole inspiré, le symbole questionnant. Dire qu'en loge, tout est symbole, c'est affirmer que la liberté de pensée accordée à chacun est le fondement de l'Ordre Maçonnique et que cette relativisation résolue du sens  conduit forcément à la tolérance.

 

Le symbolisme te permet de travailler à ta mesure pour aller vers ta liberté irréductible, celle dont les jugements, la conscience d'être, la vertu se situe au-delà de la multitude des conditionnements.

 

Devenir ce que l'on est. C'est ainsi que les ésotéristes parlent. Mais on ne devient ce que l'on est qu'en étant ce que l'on devient. Autrement dit, tu es une actualisation constante de toi-même. Une liberté qui se refuse ou qui agit, un devenir en germe de lui-même, un effort dans cet engagement vis à vis de toi seule, une persistance de cet effort. Cet engagement, que tu as voulu maç\, implique un certain nombre d'exigences et il n'est pas sans risque.  Car se faire F\M\, c'est se mettre en questions.

 

 

C'est en fait s'interroger pour voir les choses autrement qu'on les avait vues, c'est essayer de vivre autrement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. Il te faut pouvoir renoncer au réconfort de l'opinion, au soutien de l'imitation, au secours de l'approbation.

 

Cet appareil doit cesser d'être suffisant pour le F\M\ L'initiation maç\, c'est l'apprentissage de l'autonomie, c'est l'appel de la liberté auquel ta vie toute entière sera la réponse. Tu t'es engagée pour prouver ta liberté, cette lente conquête de toi-même, par toi. C'est aussi cela devenir F\M\

 

Je sentis son désarroi devant l'amplitude de l'effort demandé; je n'étais pas moi-même un exemple. La légèreté de son être avait mal, la mienne un peu moins par manque de modestie sans doute. Ô ma petite S\ courage, tu te repris vite, sautant sur des mots dont tu ne soupçonnais pas encore la puissance.

 

Puisque la mort acceptera tous les gestes de vivre, le premier cadeau que je lui consens, je le lui ai déjà fait. Je suis morte avec plaisir sous le bandeau-linceul, mais je vais gaver la mort jusqu'à l'écoeurer de mes re-naissances incessantes, jusqu'à n'être que l'image de l'instant face à l'éternité.

 

Elle était, tout soudain, devenu grave. Ses propres mots lui résonnaient comme des symboles vivants. Je sentais en elle que les bonbons et autres friandises de sa col\ n'étaient plus qu'espiègleries vite dépassées. Elle avait envie de se forger une réflexion pour se tracer son chemin vers plus d'intensité et de présence à elle-même.

 

La maç\, quand tu en parles, c'est comme cela que je l'espérais. C'est à dire, c'est comme des mystères que je savais exister, que j'avais oubliés et que je sentais comme devant les découvrir ou redécouvrir.

 

Les symboles que je connaissais étaient ceux de la psychanalyse. Ils me paraissent tout à la fois semblables et différents de ceux de la maç\ Ceux de l'analyse sont réparateurs, ils servent à réparer, à reprendre des choses d'un passé personnel pour pouvoir vivre avec soi-même. Ceux de la maç\sont moins nombrilistes, plus tournés vers les autres, dans lesquels je me reconnais, ils ne sont pas seulement tournés sur notre propre histoire (pas toujours propre  justement).  Mais ils vont bien ensemble.

 

La F \Maç\ est une espèce de science où l'on va à l'essentiel, que l'on aurait débarrassé de l'inutile et qui aboutirait à cette pureté d'une pierre taillée. C'est comme si je voulais me débarrasser, dans une phrase des adjectifs, des adverbes,, des articles pour n'avoir plus que le verbe. Pas commode de communiquer après cela, et pourtant, le copte égyptien avait dû procéder ainsi, cela ne l'a pas empêché de transmettre des explications du monde; mais c'est vrai que l'on ne sait pas encore les interpréter. Les symboles, c'est un concentré de choses essentielles, ils sont à tout le monde, mais on ne peut les prendre qu'avec sa vérité.

 

Et puis la Maç \, par les outils qu'elle m'apprend à utiliser, c'est une école du comportement. Par exemple : je ne supporte pas le mépris que certains ont pour les autres, n'importe quel autre. L'agressivité, qui était ma réponse habituelle pour dénoncer ce genre de situation, ne me satisfait plus. Je ressens ce besoin de tolérance comme nouvelle réponse de ma propre liberté maîtrisée, tolérance qui sait être ferme, sans concession, mais argumentée du poids de ma propre consistance. Mon attente est une espérance.

 

 Lorsque je questionne, je n'aime rien tant que de recevoir des réponses qui cheminent en moi. Alors dis moi…

 

Il y eut une joie profonde  de nous partager et de nous renouer autour de nos échanges de questions. Nous avons ainsi paré le temps de la fleur de nos âmes tout le reste de l'après-midi. Longtemps après la nuit tombée, quand elle me quitta, à minuit, nous étions encore enveloppées des fils tissés dans notre soritude. En se refermant, la porte fit ce bruit qui fait un fruit qui tombe de l'arbre. Sa graine porte en lui l'espoir de devenir à son tour un arbre.

 

 

Ah au fait! La galène, dans les postes à galène, c'est un métalloïde qui a comme propriétés de redresser des courants ondulatoires de haute fréquence, captés par l'antenne de réception, pour les rendre audibles.

 

par Solange SUDARSKIS publié dans : planches maçonniques
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Lundi 1 août 2005

13- Exigence pour une unité

 

 

 

 

C

 

’est une évidence, l’absence d’un membre de l’atelier coupe l’espace du chantier en deux. Ici et ailleurs. Cependant, les membres de l’atelier absents à la tenue, peuvent  dire leur  présence en pensée malgré tout, par le témoignage du F\ou de la S \ qui rapporte  leurs excuses en loge. Ne pas s’excuser, c’est faire prévaloir, sur le chantier, la prégnance des fantasmes d’abandon, c’est introduire la séparation, la coupure non seulement entre le groupe et l’absent, mais par là même au cœur du groupe. Ne pas respecter le groupe en tant qu’unité, c’est ne pas se respecter soi-même comme appartenant à ce groupe. La responsabilité est un choix et donc une liberté.

 

Travailler en loge fonde le F\M\ dans sa liberté d’être F\M\

 

Ne pas transmettre ses excuses sous forme d’obole ou de parole, c’est abandonner le chantier dont la linéarité est celle de l’enchaînement des tenues d’obligation.

 

Mais l’absent sera en manque, car il y a une  formation que la tenue en loge peut donner au F\M\ et qu’il ne peut trouver ailleurs. Quels en sont les aspects ?

 

Il m’apparaît  que la spécificité du travail maçonnique est ce vécu si particulier de la mise en résonance de l’être avec les rituels pratiqués par la loge, quand elle est réunie en tenue.

 

Les rituels tendent à être l’agent grâce auquel la nature profonde de chacun peut être éveillée et stimulée à un degré tel que le maçon pourra accomplir son grade et gagner cette impulsion supplémentaire, cet élan qui le porteront à travers ses épreuves, en le rendant capable de progresser de point en point, de colonne en colonne, à l’intérieur d’un temple de lumière, suivant une progression précise et ordonnée et qui lui permettront de réaliser cette progression dans le monde profane vis à vis des épreuves que le maçon y rencontrerait.

 

Chaque degré parle un symbolisme dont la parole, les mots, les rituels sont des clés qui devraient inspirer le maçon. Ces rythmes du vocable ou des gestuels produisent des effets. Hors du rituel point d’effet.

 

·      Le rituel rend une loge capable de s’unifier et d’effectuer ainsi un travail d’ensemble en tant que corps unique fonctionnant d’une manière cohérente. Les coups de maillet répétés, non seulement délimitent dans notre mental l’espace sacralisé, mais surtout réunissent les battements de nos cœurs, en les réinitialisant, par le bruit, sur la même pulsation, nos sursauts en témoignent. L’absent ne peut partager cela.

 

·      Chaque mot, chaque acte, chaque mouvement et chaque représentation imagée de la vérité focalise toutes les pensées  des maçons rassemblés en une convergence qui fait unité.. Il faut donc une conscience aiguisée de la symbolique du rituel pour accomplir ces attitudes comme une méditation de groupe. Privilégions au niveau de l’entrée en F\M\ ceux et celles qui nous semblent capables de répondre, après un enseignement d’app\, à cette exigence.

 

 

Chaque degré propose un mystère de signes secrets supposé protéger le F\M\ à chacun de ses grades. De quoi les mots et attouchements protègent-ils ?

 

Au 1er degré, l’impétrant est dépouillé symboliquement de ses métaux. Par là, il est protégé des risques possibles résultant du contact avec les forces électriques qui peuvent être déchargées par l’application de l’épée de l’initiateur.

 

L’initiateur, dans son sens le plus vrai, est en rapport avec les forces et l’énergie, avec la manifestation, entre autres, des phénomènes électriques, lesquels phénomènes résultent de l’interaction de la dualité des forces de l’univers ; entre l’énergie statique et l’énergie dynamique, entre l’esprit et la matière, entre la vie et la forme, interaction au sein de l’unité qu’elle manifeste justement  par cette dualité.

 

·      La cosmologie nous le dit : en tant que singularité initiale, le Big Bang serait une limite absolue à la compréhension de l’univers, puisque les lois de la physique ne sont plus valables, ni même les concepts les plus élémentaires de l’espace-temps. Les mythes racontent cette brisure de la durée grâce à laquelle commence le temps. La réalité est une structure habitée par les nombres, les proportions et les analogies. Ainsi elle se présente à l’homme et à son esprit pour y être déchiffrée.

 

·      La nature nous le dit : en effet, aujourd’hui, au niveau le plus microscopique de la connaissance scientifique, selon le principe d’incertitude d’Heisenberg, dans la particule, le savant ne peut plus distinguer ce qui est matière de ce qui est énergie.

 

·      Le rituel d’initiation, comme tout le rituel, nous le dit aussi :

 

Le profane courbé à l’entrée du temple, prêt à traverser la matrice de la Loge-mère , est prêt à redevenir l’être spirituel primordial. Cet être courbé représente pour certaines traditions, la chute de l’esprit dans la matière, pour d’autres traditions, ce symbole représente le divorce de l’Esprit d’avec la Matière , son retour à sa source primordiale dans laquelle l’impétrant s’immerge. Dans les 2 cas il s’agit toujours du Un manifesté en matière et énergie. ici tout est Un parce que tout est symbole. Si le  signe distingue et donc sépare, le symbole, lui, permet la convergence en réunissant ce qui est épars. Comme l’écrit René Guénon dans « Symboles de la science sacrée » : le complémentarisme n’est que l’apparence extérieure en tant qu’opposition ; mais au-delà du domaine où s’affirment les oppositions, elles doivent, comme tous les contraires, se rejoindre et s’unir d’une certaine façon.

 

Pour en revenir aux effets des énergies, dans les initiations antiques, c’est des dangers de contacts non préparés avec le feu éveilleur, purificateur et illuminateur que les signes protégeaient l’initié, tandis que les mots de passe assuraient la sécurité des  intrus « non-préparés ».

 

 Le feu ou esprit ou énergie était alors déchargé par le moyen de mots exacts qui étaient des mots de pouvoir. La bonne prononciation du phonème ou orthoépie permet ou non de traverser le passage gardé. La cantillation est, dans toutes les traditions initiatiques, un des outils de création d’environnements favorables, ou de mise en relation avec la transcendance. La prise de parole, en tenue, devrait en tenir compte

 

Mais, aujourd’hui, l’humanité, mauvais compagnon, n’a plus qu’une parole substituée, dont le pouvoir est très visiblement dénaturé.

 

Cependant, en loge, la parole prononcée essaiera d’appeler la sagesse, la force et la beauté à se manifester dans le temple, produisant sur les pierres vivantes, qui l’édifient, des effets, des changements spécifiques et nécessaires.

 

Les maçons ont toujours reconnu la parole comme génétique, comme étant la vie parce que donnant la lumière. Je te crée, constitue et te reçois F\M\

 

C’est cette parole qui accomplit l’initiation du néophyte en commencement de sa vie de F\M\ Toutes les autres paroles entendues en tenue appartiennent aussi à un rituel créatif d’une manière d’être F\M\

 

Le rituel, la parole en loge, transmettent au candidat à l’initiation l’énergie qui lui permettra de passer des ténèbres à la lumière dans le premier degré, de gravir l’escalier à vis de la connaissance vers la chambre du milieu au 2ème degré, et d’entrer dans la mort au 3ème grade

 

Un des  buts de l’humanisme est d’atteindre un esprit coopératif ou esprit de groupe et le développement de la conscience de groupe. Ainsi doit apparaître le rôle que joue l’unité dans le tout, et l’interaction de ce rôle dans de plus grandes structures. Par le rituel la maçonnerie peut apprendre cela.

 

Dans le travail maç\ et les activités de la loge, les étudiants de l’humanité peuvent voir dépeinte la nécessité pour les hommes de travailler ensemble comme frères.

 

Ils y trouvent ce que Ricoeur appelle un vivre ensemble de façon pacifiée, dans des institutions suffisamment justes. 

 

Le rituel fonde notre unanimité dans une pratique. Sans le rituel, les plus grandes divergences en matière de philosophie, pour ne pas dire politiques, voire personnelles, auraient déjà entamé l’existence de la F \M.\

 

La pensée symbolique est une pensée qui n’invente pas le monde, mais le rencontre et qui essaye de le comprendre dans son extension.

 

C’est pourquoi, c’est une grande culpabilité que de laisser se déliter un rituel. Le laxisme vis à vis du rituel, c’est permettre la division d‘une loge, c’est laisser les factions pervertir l’esprit d’unité que propose la F \M\ Il ne peut y avoir, indéniablement qu’une unité de vue sur nos commandements librement acceptés. Ces règles, vécues dans le temps sacré de midi à minuit, participent aussi à l’émergence de l’égrégore.

 

Le rituel est le lieu de rencontre de nos pluralités. Cela veut dire que nous acceptons la pluralité, l’identité de chacun, les chemins de sens pris par chacun, mais aussi, que nous reconnaissons la nécessité d’une unité de notre rassemblement braquée sur la totalité du sens, vécue dans et par le rituel.

 

Le Droit Humain est un ordre initiatique, et celui qui vient y chercher l’initiation doit pouvoir la trouver.

 

 

Le Vén\, qui conduit le rituel, et le Gd\Exp\, qui en est dépositaire, sont tout particulièrement garants de son intégrité, ce qui n’exclut pas, en la matière, la responsabilité de tous les officiers de la loge et des FF\ et SS\ qui travaillent sur les colonnes.

 

 

 Dans le symbolisme, dans la signification des outils des ouvriers, dans le mobilier et les bijoux de la loge, dans les travaux, on peut suivre ces points de repère qui montrent le chemin vers l’orient, là où la lumière comme tendance de l’unité peut être trouvée.

 

C’est pourquoi, en plagiant Charles Baudelaire, je dirai " notre Temple est une nature où, comme de longs échos, qui de loin se confondent, dans une ténébreuse et profonde Unité, vaste comme la nuit et comme la clarté, de vivants symboles se répondent " .Ils se répondent, soit dans leur complémentarité, soit dans leur pluralité ; mais toujours ils nous conduisent vers le Un.

 

Et je voudrai prendre, à travers le symbolisme, un exemple de cheminement sur mon chantier de l’extension du sens vers le Un.

 

La  porte basse, à l’occident du Temple, fait de son vis-à-vis à l’orient son correspondant.

 

Là, dans son Delta l’œil regarde la porte. Et je m’interroge : en quoi l’œil est aussi une porte ?

 

Une réponse possible se trouve dans l’alphabet primitif de l’humanité, dans sa forme protosinaïque.

 

Créé vers leXIVe siècle av. notre ère, cet alphabet utilisait, alors, des images d’objet ou de personnages, dont le nom commençait par le vocable que l’on voulait représenter. Ce premier son   servait de repère pour une lettre.. Ainsi,  Apis, permit d’écrire le son « A », et donc la tête  de taureau (qui était Apis) fut le hiéroglyphe primitif de la lettre « A ».

 

C’est ce que l’on appelle l’acrophonie (et qui fait du TGV l’acronyme du train à grande vitesse).

 

De même, l’œil servit de hiéroglyphe pour désigner la lettre « O », car en ces temps et en ces lieux, le mot qui nommait l’oeil se prononçait oyin, ce qui a d’ailleurs donné par évolution dans les diverses civilisations le ayin hébreu et le « O » de notre alphabet.

 

De ce fait le « O » a pris les sens symboliques dérivés du champ lexical de l’œil ; et aussi de tous ses contraires : Visible et invisible, apparaître et disparaître.

 

L’œil énonce tout ce qui est de l’ordre de l’apparition et du secret. Je cite Marc Alain Ouaknin dans son remarquable livre sur le « Mystère de l’alphabet » à propos de l’œil : 

 

" Il est le passage entre l’intérieur et l’extérieur, entre les profondeurs cachées et ténébreuses de la Terre et la clarté du monde solaire " (n’est-ce pas là aussi l’évocation de la porte basse, que le temple nous propose comme correspondant à l’œil ? )

 

Et il est écrit encore sur l’œil : " C’est le point où l’être se dévoile mais en même temps se voile ; un être humain ne se montre pas entièrement, son apparition n’est à chaque fois qu’une partie de la totalité de l’apparition. "

 

N’est-ce pas dire que l’œil témoigne pour le UN dans ses aspects différenciés ? A cet instant d’apparition, ne peut-on pas évoquer une naissance initiatique ? J’abuse du symbolisme me diriez-vous ? Alors devinez, comment se prononçait en Mésopotamie à cette époque le mot qui désignait la vulve féminine représentée en cunéiforme ougarit, cette autre écriture,… par un triangle pointe en haut ! Oyin bien sûr, comme l’œil. Quand le symbolisme vient nous narrer notre histoire de l’humanité, ainsi, par petites  touches, c’est toujours pour moi un émerveillement de la complexité et de la cohérence du UN.

 

Allons plus loin sur cette idée d’unité à laquelle l’œil nous ouvre la porte.

 

Le mot Schéma qui veut dire «écoute »est construit sur cham-ayin ; « là-bas l’œil » c'est à dire « là-bas regarde ». Ecouter,  c’est regarder au-delà de la proximité des apparences.

 

Ecouter, c’est essayer de découvrir le visible et l’invisible.

 

Ainsi, la projection symbolique de la porte basse, à travers le Temple, est devenue dans le Delta, ouverture sur les « au-delà »de Soi. L’œil est une porte ouverte qui donne à voir un espace-temps,  hors de notre portée dans son unité, qui comme une vérité, demeure un « là-bas » ou un touchement d’un plus-loin-encore, une naissance de l’invisible, vers lequel, la quête conduit l’initiable.

 

Ecouter devient alors entendement.

 

Dans la conduite de la loge et les activités des officiers, celui qui cherche trouvera des éclaircissements du gouvernement du monde.

 

 Dans les objectifs éthiques et spirituels de la tradition M\, celui qui cherche trouvera cette inspiration qui le maintiendra résolument dans sa quête.

 

Le mystère de l’esprit, le mystère de la lumière, le mystère de notre recherche de la vérité et de l’expérience spirituelle ainsi que le mystère de l’immortalité et de la résurrection, doivent se révéler à leur vraie place ; et à cette place peut se trouver un maître maç\

 

Tous les maç\ ont été introduits dans le temple de la vie. Beaucoup ont pénétré dans le monde de l’étude et de l’accroissement de la connaissance. Quelques uns ont triomphé de la mort et s’emploient à superviser le travail. Celui-ci est fondé sur la liberté qui confère la pratique du contrôle de soi, sur une égalité qui reconnaît notre humanité partagée et sur une fraternité qui oriente notre attitude mentale vers la solidarité avec tous.

 

Et je dis avec le philosophe Laplantine : Le cœur est le lieu de la synthèse de nos philosophies.

 

Il n’y a pas de justice sans solidarité. Celui qui fait la justice est appelé le juge, celui qui participe à la solidarité est appelé en hébreu un tsadik, c’est-à-dire le juste, car il fait une justice d’équilibre. La solidarité n’est pas une bonté à l'égard d’un être démuni, c’est une justice compensatrice. 

 

La solidarité, c’est-à-dire être juste, est la vocation première de celui qui veut atteindre la transcendance  en recréant une unité de l’humanité, où tout autre est notre humanité partagée. Aller jusqu’aux racines de sa différence, permet d’y découvrir sa compatibilité avec l’autre ; la connaissance n’est que dans une humilité à cette perméabilité des êtres entre eux.

 

C’est l’éthique, fondée sur l’unité de l’humanité, qui permet à la métaphysique de surgir, dans l’indépendance c'est à dire dans le droit de choisir ses interdépendances.

 

 

On peut  relire la Règle 9 pour les candidats «  de  l’initiation humaine à l’initiation solaire », prescrite par Alice Bailey : Que le disciple se joigne au cercle des autres - moi- . Mais qu’une seule couleur les réunisse et que leur unité apparaisse. Ce n’est que lorsque le groupe est reconnu et discerné intuitivement que l’énergie peut-être sagement diffusée.

 

Cette unisson dans le service de l’humanité est fondée sur

 

1.    l’unité de but

 

2.    l’unité de vibration

 

3.    l’identité d’affiliation en groupe

 

4.    des liens karmiques de longue date

 

5.    la possibilité de travailler en relations harmonieuses

 

 

S’il est vrai qu’il existe des structures qui permettent probablement de constituer de tels groupes, ce qui est certain, c’est que le travail en loge maç\réunit, au grade de M\, ces conditions. Le travail en tenue solennelle consiste à assurer l’emprise de son ego sur sa personnalité de façon à ce que la relation ésotérique du groupe devienne possible sur le plan physique. L’égrégore survient par une discipline de la personnalité du F\M\, et c’est ce que le rituel lui propose, de rencontres ponctuelles en rencontres ponctuelles, et ce, jusqu'à trouver, à la lumière d’une aurore inhabituelle, le fil qui relie.

 

 

C’est un pacte de renoncement narcissique

 

en échange d’une espérance totale.

 

 

Voilà, entre autre, pourquoi je pense que nous devrions vivre, à chaque instant de nos tenues, non seulement dans l’observance des rituels mais aussi dans leur exigence, ce qui permettra à chacun de vivre sa différence.

 

 

 

 

Alors, comme l’écrivait Daniel Pons dans