Bien venu(e)

Des chemins à partager, pour accepter la réalité plus belle que tous nos rêves.
Samedi 10 novembre 2007

Tout voyage demeure, au final, un détour ; et le plus important n’est peut-être pas de partir mais de revenir. Mais Qui revient après un long détour ? Qui deviens-tu, F S. après les 3 voyages de l’initiation ? Il semblerait que tu aies déjà choisi, dans le monde profane une voie, que je dirai être celle d’un chevalier.

 

La voie du guerrier, c’est l’esprit du Samouraï en Orient, la chevalerie des épopées mystique de la Perse Islamique pour le croyant, tandis qu’en Europe, la quête du Graal et l’épopée templière incarneront cet idéal. Le mythe chevaleresque allait de part et d’autre exalter les hommes au théâtre de la guerre. C'est ainsi que l'esprit chevaleresque a fini par fusionner avec la quête du Temple achevé grâce aux efforts des bâtisseurs. Il y a bien eu des tentatives de restauration de la chevalerie notamment au travers de la constitution d’une épopée chevaleresque au sein des grades maçonniques mais, comme l’avait signalé Karl Marx, on ne répète pas l’histoire sauf en faire une vaste mascarade tragi-comique !

 

 

Dans le Roi Pêcheur, la pièce de Julien Gracq,  le Graal jouit, conformément à la tradition littéraire, d’un intérêt exceptionnel de la part des personnages qui peuplent l’univers mythique. Le Graal est considéré comme un objet aux propriétés miraculeuses; voilà pourquoi c’est vers lui que convergent les désirs de tous les acteurs du mythe.

 

 

Le récipient précieux est protégé avec un soin exceptionnel dans l’espace du royaume du Roi Pêcheur, Amfortas, frappé d’une double souffrance, corporelle et spirituelle. Plusieurs indices permettent de supposer que le Graal constitue le centre d’une carte imaginaire inscrite dans un cercle. Enfermé dans un «tabernacle», le Graal est caché dans une salle particulière du château de Montsalvage, «la salle du Graal». L’accès au château est conditionné par le passage à travers la forêt, parce que c’est justement la forêt qui est sans cesse surveillée par les chevaliers du Graal afin d’empêcher les intrus d’entrer dans le royaume ensorcelé.

 

Le trésor de la franc-maçonnerie ne s’apparente-t-il pas pour toi à un graal ?

 

 

Poursuivons l’histoire.

 

Si Perceval parvient sans grande difficulté jusqu’à la frontière de la forêt ensorcelée, l’ayant franchie, il doit affronter la dernière étape de sa quête pavée d’épreuves, cette fois non plus d’ordre physique, mais d’ordre spirituel, en direction du Graal. Cependant, si l’existence du Graal n’est pas mise en doute par les protagonistes du drame, l’estime qui lui est réservée dépend des pouvoirs que ces derniers lui attribuent.

 

*                    Pour Perceval, sa quête y est considérée comme un comble des aventures terrestres, ce qui réduit la coupe précieuse à un trophée désignant le meilleur chevalier du monde.

 

Aux yeux des compagnons le récipient mystérieux se matérialise dans l’objet oscillant entre un talisman féerique et une sainte relique qui permet, grâce à ses propriétés miraculeuses supposées, de parvenir, ici-bas, à «la terre promise»,

 

à «un paradis sur terre». C’est Perceval, chevalier de la Table Ronde , qui récite la somme des caractéristiques, traçant des contours du Graal arthurien: «Il est dans le monde un trésor captif dans un château enchanté, un objet de grande merveille, le Graal. Pour qui le voit, ses yeux s’ouvrent et ses oreilles entendent, il comprend le choeur des mondes et le langage des oiseaux. Le Graal est suffisance, extase et vie meilleure. Il est soif et étanchement, dépouillement et plénitude, possession et ravissement ».

 

C’est pour se voir décerner ce prix du meilleur chevalier que Perceval entre sur le terrain interdit du royaume du Graal, espérant, dans la bataille suprême de sa vie, une fameuse victoire de sa force virile.

 

 

*                    Pour le royaume du roi pêcheur, il s’agit d’un Graal différent, un Graal aux pouvoirs mystérieux, éteints toutefois par la faute du roi indigne. Le pays entier agonise avec son souverain, il pourrit, lentement mais inexorablement, comme la blessure d’Amfortas.

 

L’existence déplorable du royaume d’Amfortas se pose ainsi comme une antithèse d’un âge d’or perdu, mais qui a la chance d’être retrouvé. L’heure de la délivrance doit venir avec l’arrivée d’un nouvel Élu, d’un nouveau Pur, qui rallumera le feu salutaire du Graal et deviendra le nouveau roi du Graal.

 

Une image évangélique du Graal est esquissée par le jeune chevalier qui dit : « A un seul il est donné de conquérir le Graal, s’il est assez pur et assez sage, et si parvenu après de longues aventures en sa présence, il sait poser la seule question qui délivre. Je veux être celui là ! ».

 

 L’exclamation passionnée du jeune chevalier met le vieux roi en colère: «La gloire du Christ n’est pas remise entre tes mains, qui que tu sois, Perceval. Il commande que chacun fasse son salut, humblement, à la place où le sort l’a mis. Le christ a pris le sort de tous en charge dans ses bras ouverts sur la croix. Ce n’est pas pour que le premier aventurier venu cède aux imaginations de sa cervelle vide, et se croie personnellement chargé de faire lever le soleil sur l’humanité. Tous sont appelés, Perceval, et non point toi singulièrement ».

 

 

Le Graal demeurera éteint, Perceval n’ayant pas osé prononcer la question magique, par manque de simplicité.

 

Perceval quitte à la fin du dernier acte le château de Montsalvage, frappé par les révélations brutales d’Amfortas, mais non écrasé. Quittant le château, en hâte et discrètement, il laisse derrière lui la bataille la plus rude de sa vie.  Cette fuite du jeune chevalier, peut-elle être interprétée comme un échec, comme un nouveau naufrage, provoqué par les charmes du Graal?

 

Il paraît être son contraire, un triomphe sur le Graal, pourtant discret et sans pathos, qui provoque l’éruption des passions incontrôlables, retirées sous le seuil de la conscience maîtrisée.

 

Perceval vit devant nos yeux sa maturation difficile et, en acceptant ses limites, sa condition, il découvre en lui, non plus un dieu, mais rien moins qu’un homme.

 

L’enfant est mort pour revivre en homme.

 

 

Voilà, jeune chevalier S., il en est de même ici. Les épreuves proposées ne semblent des victoires ou des défaites que dans un temps et un espace mythique où tout est symbole, et la voie que tu as choisie n’a pas, cependant, aboutit dans un royaume fermé.

 

La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos ; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité. L'initiation fonde la fraternité. En effet, c'est par la réalisation de la construction d'un temple que se fait la fraternité des compagnons et le compagnon lui-même.

 

C'est en travaillant sur lui-même et par ses actes que le FM construit une fraternité opérative qui le relie à ses Fet S et qu'il peut, à partir de là, poursuivre la construction de la fraternité des hommes, où chaque homme est un vecteur de la vérité universelle. Les hommes sont irréductibles dans leur singularité et là il y a une égalité absolue en dignité. C'est en affirmant cela que la FMaç affirme en même temps que la personne est porteuse d'universalité. Le FM est celui qui est capable de reconnaître l'universalité en tout autre. Pour un FM la différence  n'est pas revendiquée pour elle-même (cela porterait en soi le risque d'une barbarie sauvage) mais la différence est, pour lui, les aspects différenciés de l'universalité.

 

Ici, une loi nous est donnée, pour renouveler en ce sens notre  liberté : c’est la constitution de l’Ordre qui nous propose des catégories de pensées pour nous organiser en groupe, œuvrant aux progrès de l'humanité.

 

 

 

 

Nous venons de te reconnaître comme FM, mon bien aimé FN., mais c’est dans le monde profane, que tu seras un homme, un frère en humanité avec tous les hommes, là où tu rencontreras tous les autres dont l’humanité a besoin pour que se lève l’aurore de la lumière que tu appelles l’espoir.

 

 

 

 

 

par Solange SUDARSKIS publié dans : planches maçonniques
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Vendredi 5 octobre 2007

Le zéro est la fonction numérique définissant mathématiquement le néant qui est utilisé non pas comme un échappatoire mais comme une aperception de la réalité.

 

 

 

Le zéro est un nombre terrible engagé dans une lutte étrange pour engloutir tous les nombres à moins que ce ne soit pour tout générer.

 

Avant d’être un nombre il fut un chiffre et avant il n’existait pas même parmi les autres chiffres dans la conscience humaine. L’usage des chiffres semble si évident que nous le considérons comme une aptitude innée de l’être humain.

 

J’appelle « nombre » les valeurs qui mesurent une grandeur et j’appelle « chiffres » les caractères, les marques, les signes calligraphiques servant à écrire les nombres.

 

Il y a donc une histoire universelle des chiffres, car toutes les sociétés, de la préhistoire à l’ère des ordinateurs, ont essayé de représenter les quantités et les ordres, autrement dit les nombres. Cette histoire, hésitante et discontinue, est celle d’un événement aussi révolutionnaire que la maîtrise du feu, l’invention de la roue et de la machine à vapeur ou la découverte de l’électronique.

 

 

Le premier chiffre fut sans doute une taille sur un bâton qui, répétée, indiquait le nombre d’éléments à dénombrer. Puis, par commodité de perception de grandeurs importantes, les sociétés primitives en firent des paquets. À partir de ce principe, les hommes ont pu concevoir des assemblages-modèles auxquels ils pouvaient se référer. Ainsi, un os sur lequel on avait pratiqué vingt entailles pouvait servir à dénombrer vingt hommes, vingt chèvres ou vingt fourrures. A cette fin, les hommes, sous divers cieux, ont usé de coquillages, de perles, de fruits durs, d’ossements, de noix de coco, de bâtonnets, de boulettes d’argiles, de graines de cacao et même de bouses séchées. L’impôt, autrefois, prélevé par les seigneurs et rois français, fut appelé taille car leurs collecteurs avaient l’habitude de marquer ainsi sur une planche de bois ce que donnait chaque contribuable. Le même système servait encore au début du 19ème siècle en Angleterre pour certifier le paiement des impôts ou pour comptabiliser les rentrées et sorties d’argent. Curieusement ce système survit, de nos jours, dans un article du code civil[1]

 

Pour compter plus vite, les premières sociétés eurent l’idée du regroupement par paquet de 5 (l’homme des cavernes), ou par 10 (le scribe égyptien), voir par 60 (le babylonien). Dans chacun de ces systèmes des signes différents sont utilisés pour exprimer les valeurs de chacun  des groupes[2], souvent des lettres de l’alphabet comme chez les hébreux, les grecs, les romains. Ainsi 1, 5, 10, 50, 100 et 1000 chez les romains furent représentés par I, V, X D, C, M. Et par combinaison des symboles et de leur place les uns par rapport aux autres, on obtient un nombre.

 

On comprend dès lors la difficulté mathématique d’additionner de grands nombres en chiffres romains.

 

L’écriture des chiffres la plus extravagante fut celle des mayas qui utilisaient 20 glyphes différents, têtes grotesques dessinées représentant 20 valeurs différentes.

 

Et pourtant au commencement, le zéro n’existait pas : Il s’agissait de compter, d’énumérer, d’évaluer des choses du réel, et l’on n’a pas besoin du zéro pour dire qu’il n’y a pas de cette chose. Le Zéro n’existait donc pas. Le zéro n'est jamais utilisé dans la Bible. En Égypte, aucun hiéroglyphe ne lui correspond.

 

Tout d’abord, les égyptiens surent se passer du zéro parce que l’utilité de leurs mesures était essentiellement tournée vers le comptage des jours et vers le bornage des terres. Chaque année, le Nil, en inondant le delta, dépose une couche d’alluvions qui efface les limites des propriétés, empêchant de reconnaître les parcelles des fermiers. Or, en Égypte, s’approprier le sol d’un voisin était un crime aussi grave que se parjurer, tuer quelqu’un ou se masturber devant le temple. Des contrôleurs étaient chargés par Pharaon de rétablir le bornage, les mathématiques ne visaient donc qu’à délimiter les surfaces de terrain, à des fins cadastrales. Cela se faisait à l’aide de cordes nouées pour marquer les angles droits, divisant les parcelles en triangles et rectangles ;  ainsi naquit la géométrie qui marqua profondément la civilisation du bassin méditerranéen. Les grecs s’en inspirèrent ; on sait que Pythagore et Thalès étudièrent en Égypte. Et dans ces mathématiques pratiques, point besoin du zéro, qui en tant que rien est un pur concept.

 

Le zéro fut découvert par les Chinois. Les inscriptions sur os et écailles  nous apprennent que, dès les 14ème - 11 ème siècles av. JC., les Chinois utilisaient une numération décimale de type « hybride », combinant dix signes fixes pour les unités de 1 à 9, avec des marqueurs de position particuliers pour les dizaines, centaines, milliers et myriades.

 

La première apparition du zéro, à Babylone, semble remonter au 3ème siècle av. J.-C. mais il n'était pas utilisé dans les calculs et ne servait que comme marquage d'une position vide dans le système de numérotation. Les babyloniens avaient commencé à utiliser une marque (deux coins inclinés) pour indiquer une colonne vide sur leurs tables d’abaque. Ce marque-place permettait de donner aux autres chiffres leur place exacte et par là de définir la valeur du nombre représenté 

 

Il sera également utilisé par les Mayas durant le 1er millénaire, mais de même, uniquement comme chiffre, dans leur système de numération de position et non comme nombre.

 

Son usage moderne, à la fois comme chiffre et comme nombre, est héritée de l'invention indienne des chiffres nagari. Vers le 5ème siècle, le mot indien désignant le zéro était śūnya, qui signifie « vide » « espace » ou « vacant ».

 

Ce mot, traduit en arabe par « sifr » qui signifie également « vide » et « grain », est la racine du mot chiffre, et zéro vient de ce que Fibonacci a traduit l'arabe Sifr par l'italien zephirus, à partir duquel il a formé zevero qui est devenu zero.

 

Curieux paradoxe ! Nommer le rien, c'est pourtant lui donner une existence, une valeur. Parvenir à concevoir que le vide puisse et doive être remplacé par un graphisme ayant précisément pour signifiant le vide,  telle est l’ultime abstraction qui a nécessité
beaucoup de temps, beaucoup d’imagination et certainement une grande maturité d’esprit. Certes, au début ce concept ne fut que le synonyme de la place vide ainsi comblée. Mais on s’aperçut peu à peu, par la force de l’abstraction, que « vide » et « rien »,conçus d’abord comme des notions distinctes, étaient en réalité deux aspects d’une seule et même chose. C’est ainsi que le signe-zéro a fini par symboliser la valeur du « nombre nul ».

 

 

La graphie du zéro c’est d'abord un cercle ; elle est inspirée de la représentation de la voûte céleste. En effet le zéro se vit attribuer toute une panoplie de synonymes qui désignaient littéralement le ciel, l’espace, l’atmosphère, le firmament ou la voûte céleste (je vous fais grâce des mots en version originale). Ainsi, en sanskrit, infini, voyage sur l’eau, pied de Visnu, plénitude, infinité, achèvement, sont aussi des termes qui évoquent le zéro dans la poétique indienne de cette époque. Il en est de même pour le mot « akasha », qui évoque l’éther, le dernier et le plus subtil des cinq éléments de la philosophie hindoue, l’essence de tout ce qui est supposé incréé et éternel, l’élément qui pénètre l’immensité de l’espace, voire l’espace lui-même. L’identification de l’éther au vide ne posa pas de problème du fait qu’il était considéré comme la condition de toute expansion corporelle et le réceptacle de toute matière se manifestant sous la forme des 4 éléments (terre, eau, feu, air). Autrement dit, une fois que le zéro eut été expérimenté, on s’aperçut que le « akasha » remplissait dans l’existence un rôle majeur comparable à celui tenu par le zéro dans la numération de position, dans le calcul,  pour les mathématiques, pour les sciences et pour les techniques.

 

Les mots symboles du zéro, évoquant principalement les idées de ciel, d’espace, le cercle fut naturellement la première représentation graphique du zéro. Sunya chakra

 

Le point en fut aussi une représentation,  parce que c’est un objet sans dimension,. Sunya bindu.

 

Au-delà de son aspect géométrique, le bindu était pour les hindous le symbole de l’univers dans sa forme non manifesté, et donc une représentation de l’univers avant sa transformation en monde des apparences. Selon les philosophies indiennes, cet univers incréé est doté d’une énergie créatrice capable de tout engendrer : le point causal.

 

Le mathématicien et astronome indien Brahmagupta est le premier à définir le zéro en tant que nombre. En 628, dans un traité d'astronomie appelé le Brahma Sphuta Siddhanta, Brahmagupta (598 - 660) définira le zéro comme la soustraction d’un nombre par lui-même (N - N = 0). Brahmagupta donnera dans son ouvrage les règles des opérations effectuées avec le zéro, appelant « biens » les nombres positifs, « dettes » les nombres négatifs et le zéro[3] pour le nombre nul.

 

En occident,  l’introduction du zéro est consécutive à la traduction des travaux des mathématiciens musulmans, vers le 8ème siècle, notamment ceux d'al-Khwārizmī (L’algèbre ou science des équations vient du titre de son livre al-Jabr). Les chiffres arabes sont importés d'Espagne en Europe chrétienne aux environs de l'an mil par Gerbert d'Aurillac, devenu le pape Sylvestre II. Le zéro ne se généralise pas pour autant dans la vie courante, les chiffres, dits arabes, servant surtout... à marquer les jetons d'abaque de 1 à 9 ! Certains calculateurs préférèrent utiliser des jetons avec des chiffres romains ou des lettres grecques plutôt que d’utiliser les « signes diaboliques » de ces « suppôts de Satan » qu’étaient alors les Arabes. Gerbert lui-même n’échappa pas à cet esprit d’arrière-garde : on en vint à murmurer qu’il fut alchimiste et sorcier et qu’en allant goûter à la science des « infidèles Sarrazins », il avait sûrement dû vendre son âme au Diable. Grave accusation qui poursuivra le savant plusieurs siècles à tel point qu’en 1648 l’autorité pontificale jugera nécessaire de faire ouvrir le tombeau de Sylvestre II pour vérifier si les diables de l’Enfer ne l’habitaient pas encore…!

 

Et oui, le zéro provoqua des conflits meurtriers. Le zéro était le symbole de nouvelles théories, du rejet d’Aristote et de l’acceptation du vide et de l’infini. Les camps philosophiques  punissaient leurs traîtres. Par le bûcher chez les chrétiens, tandis qu’en Orient, au 11ème siècle, persister dans la doctrine d’Aristote entraînait la peine de mort pour les penseurs musulmans.

 

La chrétienté rejetait le zéro mais le commerce le réclamait.

 

Et ce fut Léonard de Pise, dit Fibonacci qui eut une influence déterminante. Il reste plusieurs années en Afrique du Nord et étudie auprès d'un professeur local. Il voyage également en Grèce, Égypte, Proche-Orient et confirme l'avis de Sylvestre II sur les avantages de la numération de position. En 1202, il publie le Liber Abaci, recueil qui rassemble pratiquement toutes les connaissances mathématiques de l'époque, et malgré son nom, apprend à calculer sans abaque.

 

Et c’est ainsi qu'avec le retour du commerce intensif, consécutif aux Croisades, que les Européens généralisent, au 12ème siècle, l'usage du zéro. Le zéro arrive, enfin, en occident. Mais comme pour les autres chiffres, le zéro fait une entrée laborieuse dans le langage mathématique. Il souffre des vestiges de la pensée de l’antiquité, mais aussi de la méfiance de l'Eglise.

 

Cela nous paraît si évident aujourd’hui, qu’il est plus facile d’imaginer Sisyphe heureux qu’un monde où le caractère zéro n’existerait pas.

 

Alors essayons de comprendre pourquoi les égyptiens, les grecs et les romains détestaient le zéro.

 

Les peuples de l’Antiquité avaient peur du zéro ! Peur du nombre zéro et donc de sa représentation en chiffre. Dans les Traditions les plus anciennes, le tohu bohu, vide et désordre, était la constitution primordiale du cosmos.

 

Symbole du Néant, du Vide Absolu, du non manifesté, du Chaos originel, le zéro inspirait l’effroi d’un monde qui pourrait retourner à son état naturel primitif.

 

La crainte du zéro allait plus loin encore que ce malaise face au vide. Pour les anciens, les propriétés du zéro étaient inexplicables car il ne se comporte pas comme les autres nombres. Au royaume des nombres, des lois s’imposent à tous, sauf à zéro.

 

Additionnez un nombre avec lui-même, il change : 1 + 1 = 2 ; mais 0 + 0 = 0.                 

 

Non seulement le zéro refuse de grandir mais il empêche les autres nombres de grandir : 1 + 0 = 1. Zéro nie les jeux de l’addition et de la soustraction (1 – 0 = 1).

 

Et surtout, ce nombre sans substance réussit à saper les plus simples calculs, comme ceux de la multiplication et de la division.

 

Zéro multiplié par n’importe quoi donnera toujours zéro. Ce nombre infernal télescope la ligne des nombres en un seul point. Il anéantit les nombres en les retirant à l’existence, pour en faire du rien, du vide. Multiplier une valeur par zéro revient à retirer cette valeur d’elle-même : 0 x N = N – N = 0

 

Des choses encore plus étranges apparaissent dans la division par zéro : Elle est un non-sens.  Si l’on s’obstine à diviser par zéro, on détruit toutes les fondations de la logique et des mathématiques.

 

Plus que vous soumettre à une épreuve de mathématique, je souhaiterai vous amuser avec une apagogie (démonstration par l’absurde).

 

Prenons a et b tel que a = b = 1

 

Nous pouvons écrire que  a2 = a2

 

Nous pouvons aussi écrire que  b2 = ab

 

En soustrayant les deux équations cela donne  a2  -  b2  =  a2  - ab

 

Une classique mise en facteur nous donne :

 

 (a + b) (a – b) = a (a – b)

 

Divisons chaque côté par (a - b) ; (c'est-à-dire divisons par zéro), on obtient  a + b = a.

 

En ôtant a de chaque côté, l’équation  devient b = 0 et donc avec b = 1  Þ 1 = 0 !!

 

 Quelque soit la valeur de b, nous pouvons ainsi montrer que 1 ou 20 ou 1983 sont égaux à zéro!!!! Que celui qui a 2 bras et 2 jambes n’a pas de bras!!!

 

Diviser par zéro détruit la charpente des mathématiques. Souvenons nous de ce que l’on appelle le domaine de définition ou l’existence d’une courbe : un monde dans lequel on exclut la division par zéro. Un des premiers ordinateurs, grilla toutes ses ampoules, s’extermina en somme, parce qu’on lui demanda d’effectuer un calcul dans lequel lui fut soumis une division par zéro.

 

Ainsi le zéro est puissant parce qu'il triomphe des autres chiffres, rend folles les divisions. Il est le frère jumeau de l'infini.

 

C’est en tant que représentation du vide que le zéro fut rejeté par la pensée grecque. Pour Aristote, il n’y a rien qui soit rien, rien ne naît de rien,  il n’y a pas de vide. Le cosmos est "prisonnier" dans des sphères de différentes tailles qui émettent de la musique : l'harmonie des sphères

 

Ce n’est pas l’ignorance qui conduisit les grecs à rejeter le zéro mais leur philosophie. Le zéro était en conflit avec leur croyance fondamentale. Au cœur de leur philosophie, le point le plus important tenait dans cette révélation : tout est nombre. Et c’est en géométrie et en termes de relations des nombres que se posaient les grands problèmes de l’époque.  Dans les ratios, le zéro est un nombre qui n’a aucun sens. Le zéro creusait un gouffre dans l’ordonnancement de l’univers pythagoricien ; il ne fut donc pas toléré. (Un autre concept dérangeant, le nombre irrationnel Ö2)

 

 

L’univers grec, créé, notamment par Pythagore et Aristote survécut, dans la pensée occidentale médiévale. Pour eux, tout l’univers était réglé par des proportions et des figures géométriques. Le cosmos était fini et entièrement rempli de matière. Il n’y avait pas d’infinité, il n’y avait pas de zéro. Cette manière de penser avait une autre conséquence - ce qui explique pourquoi la philosophie d’Aristote perdura si longtemps. Son système prouvait l’existence de Dieu.

 

Dans leur quête de sagesse, les érudits médiévaux ne se tournaient pas vers leurs pairs, mais vers les Anciens, vers les néoplatoniciens et surtout vers Aristote. Ce que je retiens de l’œuvre d’Aristote, c’est une espèce d’encyclopédie présentant ses observations, dans des domaines du ciel et de la terre, l’astronomie, la physique, la biologie, qui pose en toute chose le questionnement du « pourquoi cela existe » et qui conclut à chaque fois par l’éternité en soi des choses subordonnée à une énergie initiale créatrice : Dieu. Il affirmait de plus que la terre était unique et au centre de l’univers

 

Au 13ème siècle Thomas d’Aquin christianisa cette théologie[4]. L’enseignement du « Docteur Angélique » sera retenu comme la plus solide, la plus sûre  et la plus sobre des doctrines catholiques.

 

Les penseurs considéraient le vide comme … le diable, et le diable comme le vide!

 

Pour cette raison, l’Occident ne put accepter le zéro jusqu’au 16ème siècle. Les conséquences en furent un ralentissement des progrès en mathématiques et un étouffement des innovations scientifiques.

 

Le point de fuite dans la peinture de Brunelleschi, cette singularité qui ramasse l’univers dans un espace minuscule et donne la perspective, le système cartésien, les expériences de Pascal sur le vide, le calcul différentiel de Newton, les mesures quantiques de Planck participèrent, depuis, au triomphe du zéro.

 

 

Alors, aujourd’hui, la question essentielle du zéro peut se ramener à ceci : comment du zéro, du rien est sorti quelque chose. Si on vous demande qu’est-ce qui vous intrigue dans la cosmologie, vous pourriez répondre : La réponse est dissimulée dans la question : « l’intrigue » !

 

A quel genre d’intrigue doit-on alors s’attendre en étudiant la cosmologie ? Un numéro du Scientific American en propose une excellente : comment peut-on comprendre la succession des phénomènes survenus pendant l’âge sombre de l’Univers, avant son passage de l’opacité du néant à la transparence de la création? Comme nous ne disposons pas de données observationnelles pour cette période, comment peut-on aussi rétablir cette chronologie ? Et bien c’est grâce au zéro !

 

L’Univers est-il éternel ? Existe-t-il depuis toujours ou, au contraire, a-t-il eu un commencement ? Et dans ce cas, y avait-il « quelque chose » avant sa naissance ? Ces questions, les physiciens les connaissent depuis longtemps, mais les redoutent : ils savent combien il est difficile, voire impossible, d’y répondre.

 

C’est à une longueur extrême (d’une taille de 10 -33 centimètres, la plus petite longueur physique qui puisse exister) appelée « le mur de Planck » que la cosmologie moderne fait démarrer le Big Bang et la fantastique expansion qui a dispersé la matière, marquant l’origine physique de l’Univers.

 

Or, pour la première fois, grâce à des instruments mathématiques très puissants que l’on appelle les « groupes quantiques », il devient possible de lever un coin du voile « avant » le Big Bang, sur le mystère originel de l’Univers. Dans l’abîme vertigineux qui commence derrière le mur de Planck, au cœur des ténèbres, les calculs montrent qu’à cette époque, où rien de ce qui nous est familier n’existait encore, une sorte de « tempête » primordiale faisait ployer la gravitation, mélangeait l’espace et le temps eux-mêmes en d’effroyables tourbillons. Cette immense tempête se déchaînait à l’aube des temps, entre l’instant zéro et l’ère de Planck ; elle déferlait sur tout le « paysage » primitif de ce qui n’était pas encore le monde. Si nous avions pu assister à ce qui se passait à cette lointaine époque, nous aurions « vu » une sorte d’océan immense rouge et bleu sombre, creusé de vagues violettes, d’écumes et de tourbillons. Dans ce monde-là, nous n’aurions fait aucune différence entre le futur et le passé, et nous aurions été incapables d’évaluer la moindre distance dans l’espace. Par exemple, il deviendrait impossible de donner rendez-vous à un ami : en imaginant qu’il soit juste devant vous, l’instant suivant il se trouverait à 1000 kilomètres ; et au lieu d’être « stable dans le temps », il surgirait soudain dans le passé ou dans l’avenir, de façon totalement imprévisible.

 

Pourquoi ces incroyables phénomènes ?

 

Parce que « là-bas », ce qu’on appelle notre « métrique », c’est-à-dire ce qui nous permet de mesurer les choses et de distinguer naturellement le temps de l’espace, n’est plus valide. A l’échelle de Planck et en deçà, le temps et l’espace « fluctuent », se déforment, se trouvent superposés pour finalement former un mélange complexe impossible à concevoir. Les photos, prises par la sonde W.m.a.p., qui ont permis de réaliser la première carte complète du fond diffus cosmologique, sont les premières confirmations de ces fluctuations primordiales de l’espace-temps[5].

 

Mais y a-t-il encore un autre monde « en dessous » du monde quantique ? Un univers « plus petit que tout » et qui aurait une taille nulle ? Ce monde-là, ce troisième monde, existe bel et bien au-delà de la tempête quantique, tout au fond du cône de lumière. Là-bas, la matière, l’énergie, toutes les forces qui nous sont familières ont disparu. C’est le point zéro de l’Univers. Ce point mystérieux qui, au début du 20ème siècle, avait hanté Einstein et le mathématicien russe Alexandre Friedmann, l’inventeur du Big Bang. Depuis les années 70, l’existence de ce qu’on appelle aujourd’hui la« singularité initiale » a été prouvée par Stephen Hawking, de l’université de Cambridge, et Roger Penrose, de l’université d’Oxford. Sans dimension, hors du temps, la singularité à l’origine de notre Univers représente un état d’information pure. Invariant, immuable, reflet de l’ordre le plus élevé que puisse concevoir l’esprit humain, ce point fantastique ne peut être décrit que par ce que les mathématiciens appellent un « invariant topologique ». En imaginant, encore une fois, que nous puissions nous rendre sur ce point zéro, ce que nous verrions alors serait très surprenant. Nous serions d’abord sidérés par le silence absolu. Ce monde très étrange nous paraîtrait totalement figé, immobile comme pour l’éternité.

 

En fait, au point zéro, il n’y a plus de forces, plus d’énergie, plus de matière, et même plus d’espace ni de temps. Il ne reste qu’une seule et ultime chose : une information. Cette même information dont Stephen Hawking reconnaissait l’existence au fond des trous noirs. Contrairement à ce qui se passe chez nous, le temps à l’origine ne s’écoule plus : il est « figé ». Plus exactement, comme l’indiquent les équations d’Einstein, sous l’action de la gravitation alors immense, le temps qui nous est familier n’est plus réel (comme chez nous, avec un avant et un après), mais purement imaginaire (au sens que les mathématiciens donnent à ce mot : au point zéro, en raison de la courbure infinie, la droite du temps réel a pivoté de 90 degrés dans le plan complexe et est désormais imaginaire). Ce temps étrange, sans avant ni après, ne peut donc plus se comprendre comme marquant une évolution des événements en mouvement, mais comme portant une information étendue sur une réalité globale et immuable. C’est dans ce sens que ce monde-là n’est pas encore un monde d’énergie : c’est une essence mathématique.

 

Tout ceci est tellement éloigné de notre expérience et même de nos intuitions les plus folles qu’il nous semble difficile d’y croire. Et pourtant, la « réalité » de cet univers commence aujourd’hui à être décelée à la faveur de deux théories toutes récentes :

 

la théorie des groupes quantiques et la théorie topologique des champs. Grâce à ces deux approches, il nous devient progressivement possible de mieux comprendre la nature profonde de ce qui peut exister au temps de Planck. Les groupes quantiques, ces algèbres « déformées » comparables à une sorte de « loupe » qui viendrait agrandir la surface d’une page écrite pour mieux en distinguer les détails, nous ont permis de plonger au cœur du Big Bang et de traverser la barrière d’énergie qui surgit au mur de Planck. Et derrière ce mur, la théorie topologique des champs - qui ne « mesure » plus l’évolution d’un système en temps réel mais en temps imaginaire pur - nous a permis de « voir » la réalité ultime de la fantastique information qui précède notre univers physique.

 

Finalement, l’idée d’une information mathématique à l’origine des choses nous est proche, étrangement familière : la graine minuscule ne contient-elle pas toute l’information nécessaire au développement d’un arbre gigantesque ? Un être humain n’exprime-t-il pas, dans toute sa complexité, une information génétique seulement visible au microscope ? De même qu’il existe un « code génétique » à l’origine des êtres vivants, nous pourrions imaginer un « code mathématique » à l’origine de l’Univers tout entier. Et si le cosmos qui nous entoure a bien un sens, alors c’est que - peut-être - il contient en lui, dès l’origine, une information incroyablement complexe, une essence non physique qui le travaille, l’oriente, le réalise. Et c’est peut-être ce qui a fait dire au physicien Neil Turok, l’un des plus proches collaborateurs de Stephen Hawking, « l’Univers tout entier a jailli, de manière splendide, d’une seule et unique formule", d’un code mathématique engendrant la Création.

 

Alors le zéro, ce rien ne peut-il pas tout ? Parce que si un tel code mathématique existe, forcément  il est enfoui dans le zéro.

 



[1] Taille, coche échantillon.

[2] Il y a 5000 ans les égyptiens utilisaient un bâton vertical pour l’unité, un os de talon pour 10, une lanière ondulante pour 100…

[3] - Zéro soustrait d’une dette est une dette.
- Zéro soustrait d’un bien est un bien.
- Zéro soustrait de zéro est zéro.
- Une dette soustraite de zéro est un bien.
- Un bien soustrait de zéro est une dette.
- Le produit de zéro multiplié par une dette ou un bien est zéro.
- Le produit de zéro multiplié par zéro est zéro.
- Le produit ou le quotient de deux biens est un bien.
- Le produit ou le quotient de deux dettes est un bien.
- Le produit ou le quotient d'une dette et d’un bien est une dette.

 

 

[4] Dans « Les commentaires philosophiques sur Aristote »

par Solange SUDARSKIS publié dans : planches maçonniques
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Lundi 27 août 2007

- Le retour

 

Ma sœur R.,

 

Comment ne pas penser à la parabole du retour de l’enfant prodigue, comment oublier la scène du retour de la femme du boulanger. Oh non ma sœur, tu n’es ni Pomponette, ni davantage l’enfant puîné !

Une démission en franc-maçonnerie est un acte de liberté, le retour un engagement tout aussi libre, sans jugement moral, sans reproche fussent-ils affectueux. Ce n’est pas le même qui revient, ce n’est pas le semblable qui revient, mais le même est le revenir de ce qui revient. Seul revient l’affirmation, seul revient ce qui peut être affirmé, seule la joie retourne.

As-tu fait une école buissonnière, ma sœur, cet écart potentiel inscrit dans le compagnonnage ? Dans ta séparation du temple, as-tu mesuré ce qui te fonde et te construit, au point d’avoir à nouveau besoin de retrouver une loge pour féconder ta part de fraternité et de symbolisme ontologique ? Quel dépôt si précieux avais-tu laissé ici pour venir le rechercher ? Est-ce cet immense trésor d'expériences, d'idées, de témoignages, de réflexions que l'esprit humain a produits au cours de tenues maçonniques. Les planches sont destinées à l'ensemble des Frères et soeurs présents dans le temple. Leurs contenus sont de susciter un dialogue lumineux dans la conscience entre le "je" et le "nous".  On peut comprendre combien cela fut un manque pour toi.

Tu avais choisi, en entrant une première fois en franc-maçonnerie, la responsabilité d’un engagement. Responsabilité a deux sens : res-ponsa que l'on peut rendre par "quelque chose qui a du poids, du prix, de l'importance", et res-ponsa qui est "ce que l'on épouse, ce à quoi l'on est uni par amour".  Au cœur de la responsabilité, il y a donc le prix et l'amour, la valeur et la joie. Ta famille a eu un temps plus besoin de ton amour, et en avait, de ce fait, davantage de valeur pour toi.  Le Temple te manquait car il est l’endroit idéal pour aller à la rencontre des questions. En ce lieu, nous mettons en marche la pensée qui révèle que l’homme doit accomplir un voyage parmi les questions afin que se réalise son destin intellectuel et moral. Le monde profane t’est redevenu insuffisant.

Que je dise tout de suite que ce qui me paraît en jeu n'est rien moins que ta liberté, non pas d'abord la liberté des choix, ni la liberté d'expression, mais une liberté encore plus fondamentale qui est la liberté de pouvoir penser par soi-même, la liberté de l'esprit.

Je sais combien la construction d'un langage qui rend possible la pensée est difficile, combien son acquisition progressive est ardue et combien sa préservation est précieuse. L'intelligence spirituelle vient ôter le voile de la lettre, ou le voile qu'est la lettre, afin d'en dégager l'esprit.

Quand une chose n'est pas nommée, elle reste insaisissable, invisible, impossible à penser. Pour commencer à l'appréhender, les cherchants, dans leurs longues quêtes n'ont d'abord d'autre ressource que d'employer des périphrases, et il peut arriver que de telles périphrases représentent des centaines de pages de texte. Voici ce qu'il en coûte quand les mots manquent encore, et que l'esprit est réduit à tenter de penser sans les mots. Au contraire, quand après de lentes décantations, qui dans l'histoire prennent parfois des siècles, des mots apparaissent qui permettent de saisir les choses dans leur être, il arrive que certains résultats qui avaient d'abord demandé des livres entiers, pour être énoncés et expliqués, s'expriment enfin en quelques formes d'une clarté aveuglante. C'est que la pensée, grâce aux mots, est devenue libre: elle était paralysée par l'impossibilité du dire et voici que, par le progrès de la langue disponible, elle se trouve enfin déliée. Le symbolisme est ce langage d’une nouvelle parole qui donne prise sur les choses. Le mot prononcé est la matrice qui nous fait accéder au monde de la chair et de l’existence.

 

 

Aussi croyons-nous à la vérité et à la beauté exactement comme Platon.

 

Je viens de prononcer le mot “beauté” en association avec le mot “vérité” et ce sont bien des mots de notre quête. Nous croyons que la vérité existe, indépendamment de nous et de tous, mais nous croyons aussi qu'elle nous attend et qu'elle fait partie de notre vocation de la chercher. Nous savons aussi que, dans cette quête, la beauté est le plus sûr critère de la vérité, une lumière qui la signale dans la nuit, et quand enfin nous atteignons une vérité, sa récompense consiste à en admirer la beauté.

 

Le monde profane n’a pas réussi à te donner suffisamment l’apprentissage du sens et de l'amour de la beauté et ici tu viens renouer les fils du tissage pour ton vêtement de vie. Tu as choisi de te replacer dans l’arc tendu entre les deux pôles du ciel et de la terre en exerçant la fonction de médiateur, entre équerre et compas.

Ici c’est un lieu symbolique où sous le signe d’un temps abstrait, se trouvent représentés en creux l'Unité et l'Infini, comme à l'encre sympathique sur un support d'absence.

C'est un espace qui vide le temps profane et dont cependant découle l'efficacité des effets du discours de chacun à condition qu'il ait bien voulu franchir le seuil de la mort symbolique. C'est l'endroit où se trouvent archivés à foison tous les outils nécessaires à la construction. C'est la demeure des trois grands "A". L'Art, l'Autre et l'Amour.

 

Ta vérité et ta liberté furent de revenir, que cela soit pour la beauté de notre fraternité et de notre joie de t’accueillir !
par Solange SUDARSKIS publié dans : planches maçonniques
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Lundi 11 juin 2007

 

 

 

 

C’est dans le silence et dans les ténèbres chtoniennes, sous le linceul, que s’est germinée ton élévation, vénérable maître G., ma bien aimée sœur C. Ce silence, comme celui de l'Apprenti, est un voyage invisible des  cérémonies d'initiation tout autant que le viatique des Maîtres ...

Cette cérémonie est centrée sur l’assassinat d’un personnage mythique, Hiram, et sur son relèvement.

Le premier problème est celui du choix du personnage Hiram comme désignant l’architecte dont le drame nous est révélé, en franc- maçonnerie, dans la fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, La Maçonnerie Disséquée publiée à Londres en 1730.

Vient ensuite le problème du lien de ce drame des Maîtres Maçons avec les anciens mystères. On peut naturellement assigner à cette légende des sources mythologiques diverses et trouver, en cherchant un peu dans l’histoire des peuplades anciennes et des religions antiques, égyptienne, gréco-romaine, voir celtique, nombre de récits sacrés et de mythes pouvant constituer autant de modèles.

Les rituels correspondants à cette Mort-Resurrection étaient appelés, dans l’ancienne Egypte  « La Porte de la Mort ». Dans les rituels maçonniques modernes, Osiris est remplacé par Hiram qui reste néanmoins très porteur des mêmes significations solaires… Inventeur ou expert dans les arts, forgeron, bâtisseur, archétype de l’Homme Créateur et dont le nom même signifie « élevé », « grandeur ». Tuer Hiram et le faire renaître signifie que le Soleil perd sa force en Hiver pour revenir au Printemps... Le cycle des naissances peut alors reprendre… Un mot en remplace un autre, un souffle en remplace un autre… et le « sacrifice » est consommé… HRM est l’archétype de tous les sauveurs de l’humanité, de même, il est aussi celui de la continuité humaine et de son esprit créateur. Comme Odin, c’est le Dieu crucifié sur l’arbre du Monde ou endormi au cœur de ses racines.

On s’est du reste interrogé sur ce qui serait advenu si la légende ne s’était pas conclue, telle que Prichard la rapporte, par un mot perdu, un mot substitué et un architecte tragiquement disparu. On voit en effet sans difficulté la faille de ce schéma : il faudra bien retrouver le mot perdu et remplacer l’architecte. Voici de quoi écrire cinq ou six autres légendes et autant de nouveaux grades. Si la maçonnerie se lança aussitôt, et pour plusieurs décennies, dans une prodigieuse et parfois folle entreprise créatrice de grades à la recherche de la Parole perdue, n’est-ce pas simplement parce que les auteurs de la légende fondatrice l’ont construite comme un récit ouvert et inachevé ?

L’élévation, en faisant passer du plan au volume, opère sur le voyageur en quête de vérité une transformation du sens. Celui qui est au fond de la vallée en a une représentation. Quand il monte sur le flanc de la montagne, le spectacle devient très différent. Chaque fois qu'il fait une station à une hauteur plus élevée, son panorama se modifie. De même, nous pouvons comprendre que d'un point de vue plus élevé, le monde des objets de la veille entre dans une perspective radicalement nouvelle. Le silence qui entoure le tombeau du Maître, au delà de la Mort , offre le renouveau du langage, le partage de termes inédits, une autre forme de rupture du silence.

« Si je me sentais aujourd'hui le même qu'hier, je perdrai l'envie de vivre. » comme le disait le Rabbi Nahman de Bratslav

Le relèvement, l’assomption voudrais-je dire est l’œuvre du respectable Maître de la loge aidé par les deux surveillants.

 Après avoir été littéralement assommé par le coup fatal du maillet du troisième compagnon, l’enterrement sous le tertre, puis retrouvé, le maître est relevé à la vie, exalté. Alors peut-on parler d’assomption ? L’étymologie nous le permettrait à partir du mot somme et de ses différents sens :

 

1.     Le somme provient comme son cousin sommeil, du dieu Somnus, l'équivalent romain du grec Hypnos, frère jumeau de Thanatos, le dieu de la mort.

2.     La somme, dérivée de summus, le point le plus élevé, désigne le résultat d'une addition, et s'apparente à sommet, sommité, summum.

3.     la somme, issue de sagma, la charge, le bât, désigne, sous l'expression bête de somme, l'animal qui porte les fardeaux.

4.     Le verbe assommer s’apparente au somme-sommeil. Assommer quelqu'un c'est le faire dormir. Sauf que le mot avait au départ le sens d'abattement moral, et n'a pris qu'ensuite le sens de tuer, puis celui d'endormir brusquement. Certains pensent qu'il provient en fait de sagma, la bête de somme. Assommer ce serait alors accabler sous un fardeau. Le mot aurait dérivé de sens par contagion étymologique avec le somme-sommeil.

5.     L’idée de sommeil se retrouve depuis les premiers siècles de l’église, tant chez les Latins que chez les Grecs dans l’expression dormitio pour signifier le trépas, et même… la fête de l’Assomption de la Vierge.

Assomption provient de ‘ad+sumere’, prendre avec soi, s'adjoindre quelqu'un, quelque chose. On retrouve cette étymologie dans assumer.